‹ Histoire des ItaliensChapitre 12 sur 150 · SIXTE-QUINT · texte numérisé non relu

SIXTE-QUINT

Après sa mort, les bandits reparurent partout, et commirent avec audace toutes sortes d'iniquités. Les moines du couvent de Popolo , révoltés , se défendirent contre -les sbires appelés par le prieur, en tuèrent quelques-uns^ puis s'enfuirent après s'être emparés des objets les plus précieux. Désolé de voir une chapelle de la Minerve dépouillée des riches ornements dont il Tavait couverte , le père directeur en mourut de chagrin ; cinq maisons de cardinaux furent pillées, et même celle de Farnèse, bien qu'il y eût six gardes et plus de trente courtisans. Quelques nobles , avec des bandes de soixante^ de cent individus, volaient, ravissaient des femmes et les violaient , si bien que Rome paraissait une forêt. Les vice-légats , les gouverneurs et les auditeurs profitaient de la vacance pour extorquer de l'argent aux provinces, délivrer les criminels, vendre la justice, accorder des induits. *585. Réprimer tant de désordres fut le but principal du nouveau

pape Sixte-Quint , de Montai to près d'Ascoli, et nommé Félix Peretti ; il était gardien de pourceaux, lorsqu'un (}e ses oncles, franciscain ^ se chargea de son éducation et le fit moine. Associé aux hommes pieux qui travaillaient à la restauration de l'Église, il parvint successivement aux postes les plus élevés. Inquisiteur sévère , chaud défenseur des droits pontificaux^ il secourait les pauvres, bien qu'il vécût d'aumônes comme cardinal moine, et sa conduite toute chrétienne lui acquit la vénération. Loin d'aspirer à la papauté, il semblait ne songer qu'à la mort ; dans les visites qu'il fit avant d'entrer au conclave, « il crachait à chaque pas, poussait tous les deux pas des soupirs arrachés par la douleur, et se reposait tous les trois pas, » comme dit Grégoire Leti dans une Fte sottement romanesque (1669). Dans le conclave, les suffrages s'éparpillaient; enfin, les cardinaux, à contre-cœur pour ainsi dire, votèrent pour lui. Alors Peretti , qui semblait d'abord n'avoir qu'un soufle de vie, rajeunit tout à coup, jeta son bâton, et répondit à ceux qui lui en faisaient l'observation : Jus^ qv^à présent, fai marché le corps incliné, parce que je cherchais les clefs; les ayant trouvées, je regarde le ciel.

Il parlait sans ménagement de ses prédécesseurs , surtout de Grégoire XIII, et citait le mal qu'ils avaient fait (i); n'ayant pas à

la loger.,. Ses réponses sont courtes et résolues, et perd-on temps de combattre sa réponse par nouveattœ arguments. En ce qu'il est juste, il se croit; et pour son fil mesure, qu*il aime furieusement ; il ne s'ébranle pas contre cette sienne justice. Montaigne.

(t) Voiries iiuportanles dépêches vénitiennes publiées par Mutinelli.

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