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Ô6 SES DÉFAUTS

tioguer du vulgaire par F'élévation de Vàtne «et les ouvrages^ sur lesquels la fortune a peu de pouvoir^ et les grands aucun^ t> il ne se sentit pas la force d'abandonner les princes (i) et de se recueillir dans la dignité du grand homme. S'il se sentait las de ses efforts continuels pour plaire, il se trouvait sans affections domestiques, sans une patrie, sans une demeure fixe, et il errait à l'aventure^ reçu partout avec distinction. Les évéques se faisaient une gloire de lui offrir l'hospitalité, et les villes enregistraient son passage dans leurs fastes (^). Gènes lui offrit, pour faire un cours de philosophie, a un traitement fixe de quatre cents écus d'or et pareille somme à titre de récompense extraordinaire ; lo néanmoins, il se croyait toujours malheureux^ et se plaignait de rindiscrétion des libraires (3) ; à Tentendre, il^ ne pouvait satisfaire les désirs les plus innocents, et se voyait contraint de vendre ou d'engager les dons qu'il avait reçus (4).

Il continua ses plaintes et ses prières jusqu'au moment où le pape l'appela pour recevoir au Gapitole la couronne qui avait honoré Pétrarque. Il se rendit à Rome, mais la santé entièrement ruinée, bien qu'il ne fût pas encore très-âgé ; il ne logea point dans le palfûs des Aldobrandini, mais dans le couvent de Saint-Onuphre^

(1) Cela est expliqué par les conditions sociales d'un temps où Chaudebonne disait à Voiture : Vous êtes un trop galant homme pour demeurer dans la bourgeoisie; il faut que je vous en tire.

(2) Voir le .recueil des lettres fait par Guasti, ¥ol. Y, p. 97.

(3) « Je n^ai Jamais songé à faire imprimer mes œuvres à mes frais, parce que, K excepté les cent écus qui ne me suffiront pas cette année pour m'habiller et « me nx)uirrir, j''ài peu d^argent. Je suis dépourvu de toutes les choses néces- « saires. J'aurais Toula (parce que les imprimeurs n'ont ni discrétion, ni pitié, « ni conscience ) qu'un de mes amis fit la dépense, et puis recouvrât le pro- « duit,M -^ A Constantin!, 12 septembre 1590.

(4) ((A peine, cet été, j'ai acheté, pour satisfaire mon goût, deux couples de » melons; bien qae j'ai été presque toujours malade, je me suis contenté souvent » de viande de bœuf pour lii'épargner la dépense de poulets; j'ai mangé avec ju délice, quand j'ai pu en avoir, du: potage à la laitue et à la courge. » .^ A CouRtantini, 12 septembre 15^0.

« A Mantoue, j'ai vendu par nécessité, au prix de vingt écus, un rubis que « la duchesse d'Urbin m'avait autrefois donné, et qu'on avait estimé soixante- « dix écus, et trente-cinq au moins... tes Irenle-deux écus ne m'ont pas été « donnés en payement d'|]n. anneau, mais pour acquitter le prix d'un collier K que je lui avais doi^é à vendre, et qu'il a vendu quatre écus au-dessous du « poids de l'or. » A Curzio Ardizio, 1581.

« Je soussigné déclare avoir reçu de M. Abraham Lévi 25 livres, moyennant « lesquelles il gardei en gage une épée de mon père, six chemises, quatre draps de « lit, deux nappes. Le 2 mars 1570. » — . Tobquato Tasso.

idtf^IMMMAi

SA MORT. MARmi. 307

sur cette hauteur si favorable pour contempler la cité des gloires éteintes; se sentant près de mourir, il écrivait : a Le monde a voulu se donner le plaisir de me conduire mendiant au tombeau lorsque je pensais recueillir' quelque récompense de la gloire que mes écrits^ malgré ceux qui ne le veulent pas^ feront rejaillir sur ce siècle. Je me suis fait conduire dans ce monastère... comme pour commencer de ce lieu élevé, et grâce à la conversation deâ bons pères^ ma conversation dans le ciel. » Il mourut corùme un saint à cinquante et un ans, et le laurier ne put orner que. son cerciieil. ' t

Meurs en paix^ âme plaintive^ et laisse la scène au grand charlatan qui, à la symétrie de Virgile et de Pétrarque, substitue la bizarrerie mêlée d'audace et de pédantc^sque.

Jean-rBaptistéMarini de Naples, renonçant au barreau pour sui« 1509-1025. vre le génie poétique, c'est-à-dire la mobilité de son caractère, imita les Espagnols dans leur style comme il les imitait dans leurs actes ; il aimait le style ampoulé, pompeux, madrigalesque, et la poésie, selon lui, avait pour but d'exciter Tétonnement (i); du reste, des gens pour qui la pureté était tout, trouvèrent ces évolutions gymnastiques pon^seulement excusables, mais belles. Ses compositions, tout afféteries et prosopopées , il les intitule Poésies amoureuses , lugubres , maritimes, polyphémiques, risées, moqtùeriesy baisers, larmes, dévotions.., La politique^ le courage, la morale, la juste mesure dans les sentiments ou la phrase, il ne s'en inquiète pas. Courtisan joyeux, il ne songe à réformer ni Fart ni Topinion ; il donne à son esprit la livrée du temps, et naviguant à fleur d'eau sur le courant, il trouve tous les sujets bons pour sa muse sonore et vide ; n'observant jamais le côté sérieux de la vie, il préconise une volupté systématique, sans transports de courtisane, il est vrai, mais sans pudeur. Avant tocrt, il. sait se mettre en scène lui-même, se signaler par des amitiés et des inimitiés, escroquant la gloire, comme d'autres escroquaient un emploi.

Lorsqu'on est curieux dé connaître les caprices de la mode, on cherehe à trouver pourquoi l'amour du futile et de Tampdulé, dans la littérature comme dans les arts, devint alors épi-

(t) ' È del poetà il fin' la meraviglia :

.V Chi non sa far stupir vada alla striglia.

La un dû poëte est rétonaement ; quHl aille prendre Tétrille, celui qui ne sait pas exciter la surprise.

308 LA. PJLÉtABE FRANÇAISE.

démique. L'école de Lohenstein égara TAllemagne; TAnglelerre tomba dans Teuphuisme, et l'Espagne surtout dans le style affété de Gongora. Julie Savelli^ marquise Pisani, et Catherine de Yivonne, née à Rome d'un Pisani, puis devenue marquise de Rambouillet, étaient le centre des beaux esprits parisiens ; dans leur palais construit et disposé à l'italienne, elles introduisirent l'art de vivre avec élégance, selon les traditions de leur pays natal ; adoptant un nom particulier et un langage conventionnel, prétentieux^ quintessencié^ elles se firent les législatrices d'un goût frivolement cultivé^ pédant esquement ingénieux. Si nous y ajoutons l'action de la reine Marie de Médicis, entourée de courtisans florentins, il est facile de comprendre la prédominance que l'italien dut acquérir dans ces réunions.

Selon les idées d'alors, on appelait pléiade l'élite des esprits français, qui se traînaient sur les traces des classiques italiens non moins que sur celles des anciens : on disait de Ronsard qu'il pindarisait et pétrarquisait; nous avons de Voiture des vers italiens; Balzac, l'auteur alors le plus renommé, est rempli de choses et de phrases italiennes; on trouve dans Racine et Boileau de fréquentes citations de vers Italiens. Ménage^ le coryphée d'une réunion qui affectait d'imiter les auteurs italiens, commenta VAminia et les poésies du cardinal Délia Casa ; aidé par Redi et Dati, il chercha dans la langue italienne des étymologies, la plupart extravagantes et ridicules; avec Chapelain^ qui faisait espérer à cet ûge l'auteur épique, il envoyait à la Grusca l'interprétation de quelques vers de Pétrarque. L'abbé Reigner Desmarets italianisa Anacréon, et, sans parler d'autres travaux, fit une canzone que l'on crut de Pétrarque et qui lui valut d'être nommé membre de la Crusca; Redi, avec la complaisance d'un ami, disait : « Il écrit la prose et les vers avec tant de propriété , de finesse et de pureté, que le critique le plus clairvoyant ne pourra jamais croire qu'il ne soit pas né et n'ait pas grandi dans le centre de la Toscane. x>

Sous la régence de Marie de Médicis, dans l'intervalle entre la puissance de Concini, membre de l'académie de la Crusca, et celle de Richelieu, la fureur des romans s'empara des esprits français ; à la tête de ce genre d'écrits apparaît VAstrée de d'Urfé, lequel avait vécu longtemps en Savoie, où il entretenait des relations avec saint François de Sales; il disait : « J'ai fait le manuel des courtisans, comme ce saint a fait celui des dévots. » Après lui, une foule d'imitateurs jouirent d'une renommée éphé-

pierre' CAMUS. 309

mère, mais en exerçant une grande influence sur la société ; après avoir abandonné le vrai dans Tinvention, ils s'en détachèrent facilement dans l'expression, hérissée de concetti et pleine d|afféterie.

Pour trouver le pire des auteurs du dix-septième siècle, il suffirait d'examiner l'un des plus célèbres, Jean-Pierre Camus, évéque de Belley; ce prélat crut servir la piété non moins par le zèle ardent qu'il déploya pour convertir des protestants, que par la publication d'une cinquantaine de romans : de ce nombre sont les Mémoires de Darius, où l'on voit l'idée d'une vie dévote et d'une mort religieuse ; VAgathonphile ou les Martyrs siciliens, où l'on découvre l'art de bien aimer comme antidote aux attachements déshonnêtes; les Spectacles d'horreur, V Amphithéâtre ensanglanté, le Pentagone historique, dont les cinq côtés montrent pareil nombre d'événements remarquables (1). Que dire de Bartas, qui appelle les vents postillons d'Éole, le soleil duc des chandelles P les montagnes de sa Gascogne sont enfarinées d'une neige éternelle.

Le Tasse était allé dans cette France, dont il avait observé les mœurs avec finesse pour les dépeindre avec vérité. Marini s'y wi».

(1) Dans un sermon,- il disait que, après leur mort, les papes devenaient des papillons, les sires des sirons, les rois des roitelets ; à propos du nouveau titre d^èminence donné aux cardinaux, il dit que ceux-ci avaient laissé aux évéques Villustrissime et le révérendissime, comme ils donnaient à leurs camériers leurs vieux habits violets et leur linge sale. Le père Pasquier de Mons, prédicateur, fit le Petit Rasoir des ornements mondains , le Fouet de VAca" demie des pécheurs, etc. Voici d^autres litres de sermons : Fusil de pénitence pour battre le caillou de V homme; Petit Pistolet de poche pour tirer aux hérétiques ; la Douce Moelle et la sauce friande des os savoureux de VA' vent. Parmi les Allemands, le prédicateur Abraham de Sainte-Claire, mort en 1705, est fameux par de pareilles sottises.

Gay de la Brosse, en 1628, dans la dédicace à Richelieu de son Dessin d'un jardin royal, disait : Encore que le temple de votre vertu incomparable ne soit honoré que de vœux d'un grand prix, et qu*une petite offrande aurait mauvaise grâce au rang de celles de valeur; sans vanité je ne laisse d'espérer que ces nouvelles pensées des plantes y pourront trouver quelque place sortable à leur bassesse, . . Les plantes, pour être filles de la terre ne sont tant abjectes qu'elles ne méritent la faveur des dieux : Pambroisie, le nectar et la panacée chérie des immortels sont de leur famille, . « Ainsi que le soleil qui ne reluit pas seulement sur les hauts pins des montagnes, et sur les chênes les plus élevés des forêts, mais encore sur les plus basses, il se pourra faire que vous, soleil des esprits, après avoir dissipé par la force de votre splendeur les épais nuages de la faction rebelle, que couronné de lauriers immortels et la palme à la main, vous rayonniez sur cette œuvre des plantes, sur les fleurs et les fruits [de votre humble créa' ture, etc.

3i0 MARINI EN FRANGE.

rendit également, mais ne comprit rien à la Fronde^ cette grande intrigue de mensonge et de fourberie, ni à cette société où tous les vices se voilaient de toutes les grâces ; où les * soulèvements étaient un intermède des galanteries; où, au milieu du' profond désordre amené par le manque d'institutions, les Français se mon*traient insolents alors môme qu'ils s^humiiiaient ; et respectueux jusque dans la rébellion. Marini n'y trouve que rtiatière à des sottises de charlatan : « Je me suis entièrement adonné au langage français, dont je n'ai appris du reste, jusqu'à présent, que huy et neni; mais cela ne me semble pas peu, attendu que tout ce qu'on peut dire dans le monde consiste dans l'affirmative ou la négative. Quant an pays, qu'en dire ? c'est un monde, je dis un monde, moins pour l'étendue, la population et la variété, que parce qu'il étonne par ses extravagances. Les extravagances rendent le monde beau ; en effet, comme il se compose de contraires, cette opposition constitue un assemblage qui le maintient; ni plus ni moins, la France est toute remplie de contraires et de disconvenances, lesquelles forment un état de choses dissemblables mais concordantes qui la conservent : ce sont des mœurs bizarres, des furies terribles, des changements continuels, des guerres civiles perpétuelles, des désordres sans mesure, des extrêmes sans moyen, des bouleversements, des troubles, des discordes, de^ confusions, des choses en un mot qui devraient la détruire, et qui la tiennent debout par miracle; c'est un monde vraiment, bien plus un grand et vilain monde plus extravagant que le monde iui-niéme.

« Commençons d'abord par la manière de vivre : toute chose va au rebours, et les femmes sont hommes, ce qu'il faut entendre dans un bon sens ; je veux dire que celles-là ont soin du gouvernement de la maison, et que ceux-ci usurpent toutes leurs broderies et tout leur luxe. Les dames recherchent la pâléûr, et presque toutes parai^çent journalières; afin d'être plus belles/ elles éè mettent sur le visage des emplâtres et des mouches; elles répandent sur leurs bheyeux une certaine poudre de Zanni qui les fart devenir blâûcs, de telle sorte que je croyais d'àbofd que totftièis étaient vieilles. . . •■

c( Parlons des vêtements. On porte autour du corps des cercles de futaille formant berceau, qu'on appelle vertugadins ; cela regarde les femmes; quant aux hommes, ils vont en chemise, même durant les plus grands froids; mais il y a une autre extravagance plus belle, c'est que quelques-uns mettent le pourpoint sous la chemise ; voyez quelle nouvelle mode de l'hypocrisie des cour-

MAflÇlNI, ,EN FRANGE. SU

tisans? L'échiné est ouverte de haut en bas, absolument comine les tanches que Ton fend depuis la. tête. Les manchettes sont plus longues que jes manchçs, et, compie on les relève sur les bras, il semble que la chemise reçQuvre le pourpoint. Les hommes ont toujours des bottes avec éperons, et c'est là une des extravagances notables, pa'rce qu'on trouve en tenue de chevalier tel individu qui n'eut jamais de cheval à Técurie, et jamais ne chevaucha^ Si ces gens sont appelés galH, je pense que c'est uniquement parce qu'ils ont à toute heure, comme autant de petits coqs, les éperons aux pieds; quant à moi, ils devraient être appelés pappagaUi (perroquets) plutôt que galli; çsly, bien qi^e la plupart portent la cape et les chausses d'écarlate, le reste de ThabiHement a plus de couleurs que la palette des peintres. Outre des panaches longs commes des queues de renard, ils mettent sur la tète une autre tête postiche faite de cheveux, et qu'on appelle perruque.

c< Pour me conformer à l'usage, j'ai dû m'affubler des mêmes habits; ô Dieu ! Si vous me voyiez empêtré, dans ces dépouilles de mamelouk, je sais que je vous jff êterais à rire pour longtemps. D'ahord 1^ pointe de mon pourpoint, sur le ventre, confine avec les fesses; la largeur et la profondeur de mes culottes, fortifiées par des lacets, ne sauraient être calculées par Ëuclide ; il a fallu deux pièces entières de taffetas pour ipe faire une paire de bandes qui me battent le corps, et me tombent jusqu'à mi-jambe, avec la musique du (iftaf,

« L'inventQur de ces colliers eut plus de génie qu^ celui qui fit le trou de l'aiguille ; édifiés dans le styledorique, ils ont leur contrefort avec une demi-lune, et sont justes, tendus, tirés au niveau ; mais, jl faut avoir la tête dans un bassin de faïence et tenir la fraise toujouca eropç^éç cpmme .si. ellq était de stuc .

« Je porte des cliaus.sures qui semblent être, celles d'Énée, comme je l'ai vu.peipt dans les figures de mon vieux Virgile; pour les faire entrer, il n'est pas besoin de se fatiguer à remuer le$ pieds, parce qu'elles ont des fjjeux côt^s l'ouverture si large, qu'il me faut presque les traîner par terc^ ; en guise de rubans, elles ont aurJessus certaines rosaces, ou plutôt des qhouy-pommés , qui me font les pieds emplumés comme les pigeons pattus : ce sont tout à la fois des souliers et des socques, et les semelles ont sous le talon un petit tabouret, pour lequel on pourrait prétendre au titre d'altesse. Puis, je ressemble à Gybèle avec sa tête surmontée d'une tour, parce que je porte un grand chapeau couleur fauve qui projetterait de l'ombre à Maroc, outre qu'il est plus

312 MARINl EN FRANGE.

pointu que l'aiguille de San Maguto ; enfin^ toutes les choses ici tiennent de la forme aiguê^ les chapeaux, les pourpoints, les souliers, la barbe, les cervelles, et même les toits des maisons. Peuton imaginer de plus grandes extravagances ? Les chevaliers se promènent nuit et jour, et pour chaque mouche qui les pique^ ce sont des défis et des duels... Les cérémonies ordinaires entre amis sont en si grand nombre, et les compliments tels que, pour arriver à savoir faire une révérence, il faut aller à Técole de la danse afin d'apprendre les cabrioles, parce qu'on joue un ballet avant de commencer à parler.

c< Les dames ne se font pas scrupule de se laisser embrasser en public, et l'on se traite avec tant de liberté, que chaque berger peut dire sans gêne son fait à sa nymphe ; du reste, on ne voit que jeux, festins, et chacun se Hvre à la bonne chère au milieu de la danse et des banquets... L*eau se vend, et les apothicaires tiennent boutique de châtaignes, de câpres, de fromages, de caviar. L'abondance des fruits est extraordinaire ; il se fait une grande consommation de vin, et l'on voit continuellement trafiquer de la bouteille à tous les coins de rue. La noblesse est splendide; mais la plèbe ne vaut rien. Il faut surtout se garder du courroux des seigneurs, créatures fort extravagantes aussi, et d'une insolence extrême; je me figure qu'ils sont une espèce de gens différente des autres hommes, par exemple comme ,les satyres ou les faunes...

«'J'allais oublier les importuns mendiants. Oh ! quels moucherons fastidieux ! pour les chasser, il faut autre chose que l'éventail ou Teau bouillante. Ces coquins sont en si grand nombre, et ils gueusent auprès des églises et dans les rues avec tant d'importunité , qu'ils en deviennent insupportables. Tout cela n'est rien en comparaison des extravagances du climat qui, pour se conformer à l'humeur des habitante, n'est jamais solide ni stable. Le soleil se montre toujours masqué, pour imiter probablement les demoiselles qui sont aussi dans l'usage de sortir avec un masque. Quand il pleut, c'est le meilleur temps qu'il puisse faire, parce qu'alors les rues se lavent; lorsqu'il ne pleut pas, la boue vous monte jusqu'aux mains, et c'est une terre plus visqueuse et plus tenace que le mal des lupanards de Paris.

« Voulez-vous autre chose ? Enfin, le parler est plein d'extravagances ; l'or s'appelle argent y et déjeuner se dit digiunare (jeûner) ; on dit encore m7/0 pour cité, médecin pour médico, maquereau pour ruffiano^ femme galante pour meretrice (prostituée), bouillon

MÂRINI EN FRANGE. 3J3

pour brodo, comme s'il était question d'un individu de la race de Godefroy; une bûche signifie un morceau de bois, une boite un stivale (1).

(I) Un homme fin décrivait Paris à la même époqae avec de pareilles arguties, mais avec un autre esprit d^observation ; c'est messire Jean Sagredo, duquel nous parlerons ailleurs, et dont on a publié à Venise, en 1839, quelques lettres inédites. Il écrit à George Gontarini :

« Me voici en France : Paris est un petit monde, ou le monde est un grand Paris; il n'y a pas de paradis sur la terre, ou Paris est le paradis terrestre. Deux grands fleuves le traversent ou plutôt rapprovisionnent; c'est une ville comparable à une province, au point que si quelqu'un commet un délit dans un quartier de cette grande métropole et ' s'enfuit dans un autre, il n'est pas plus connu que s'il avait passé dans un autre pays.

« Le soir, vers le coucher du soleil, je fus conduit au Gours, où vinrent leurs Majestés Royales, et qui, pour cela, est couvert d'innombrables carrosses. Avant d'y entrer, on traverse une armée de pages et de laquais avec des livrées de diverses couleurs, armée turbulente sans chefs qui la dirigent, et, pour ce motif, fort insolente.

« Le Gours est garni d'une verdoyante tapisserie naturelle, formée par un grand nombre d'arbres plantés par rangées, qui, s'étendant pendant un tiers de mille, forment des allées ombreuses et très-longues, sous lesquels on jouit d'une fraîcheur délicieuse et d'un air agréable. Que vous dirai-je des femmes qui s'y promènent ? Elles font entendre leur voix et enchaînent par leurs chants, oiseaux par les sons, anges par le visage. On entend les plus beaux airs du monde, et ces femmes ont un air céleste.

« Le jour suivant, je fus introduit dans le salon d'une princesse, fréquenté par les beautés les plus distinguées ; on n'y voyait qu'or et peintures, et les lumières brillaient avec tant d'abondance à travers les cristaux que la salle semblait un ciel éclairé par des étoiles.

« Que dirai-je de l'afTabilifé, de la liberté, de la grâce, de l'esprit vif, prompt et versatile des dames? elles parlent de tout, ont ou prétendent avoir une notion de toute chose ; souvent, pour vous parler franchement, ce n'est qu'une simple teinture, et parfois elles disent des bévues, mais avec des paroles si belles qu'on les croirait de belles choses. Elles discourent sur la guerre comme si elles avaient commandé des armées, et parlent de politique comme si elles s'étaient consumées dans les cabinets. D'un autre côté , celles de la cour pénètrent dans les secrets les plus cachés, et parfois, au milieu des divertissements d'bn bal, elles trament de fameuses révolutions, se forment un parti pour abattre les fa* voris ; on en a vu même se rendre en Espagne pour demander au roi de ce pays d'appuyer leur faction .

(i II y a les femmes qu'en français on appelle coquettes, lesquelles veulent qu'on les amuse par de joyeux récits, que chacun soit épris de leurs charmes, et qui recherchent les louanges et la flatterie. Toutefois, rusées et raffmées, il faut être bien sur ses gardes pour résister à un mélange de vivacité et de beauté ; or, malheur à qui cède à un cœur qui parait de feu et n'est que de glace; souvent l'orgueil seul et parfois l'intérêt changent le feu en glace, la glace en feu.

« Quelques autres, plus sérieuses et plus graves dans leur maintien, sont appelées les précieuses ; elles ne prononcent que des sentences, se donnent un air magistral et abhorrent d'entendre parler d'amour, bien que parfois elles fassent

314 • M Aiam EN PRâRGE.

La futilité ne pourra* jamais parvenir à la grandeur ^<s!èpendaDt^ Marini se fait adînirer en France; courtisé par la société de Ranif^ bouillet, il sait la captiver et former une école de galantes vo«>

Tamour pins que les autres; chacune de leurs seuteoces est un aphorisme. J'ai visité, il y a peu de jours, une de ces femmes, et comme d'ahord je ne savais sur quoi Tentretenir, informé d'ailleurs que son mari remph'ssait au camp une fonction inpiportante, je lui demandai si elle avait de récentes nouvelles de Tarmée; elle me répondit que le roi était près de ses troupes afin de provoquer les .Espagnols à un engagement ; j'ajoutai que là où se trouvait le roi, entouré de sa noblesse généreuse et brillante, la victoire ne pouvait faillir à ses drapeaux. La précieuse, pcenant un maintien grave, répliqua que Tissue des batailles était incertaine, que la fortune y avait une grande part, que le commencement des entreprises dépendait de la .volonté de Thomme, et la fin, de Dieu. Dans une autre occasion, je lui dis: a Comment vous êtes- yous trouvée de la chaleur « excessive qu'il fait ? » Elle me répondit que, dans le théâtre du monde, chaque saison de Tannée fait son carnaval, et joue le rôle que la nature lui a assigné; que si l'hiver se travestissait en été, et l'été en hiver, Tautomne en printemps, el le printemps en automne, sans conserver leur caractère propre, la représentation se dérangerait, et rarchitecttire de l'univers se décomposerait. » , ,

« Par cela, vous pouvez comprendre que pour ne pas. être mal avçc les premièces, il suffit de leur débiter des compliments et d'avoir parcoi^ru quelques romans; pour réussjr auprès ^es secondes, il faut un bagage plus lourd, c'està-dire beaucoup djB savoir et P^ une teinture seulement. Parmi les femmes des parlementaires et des autres fonctionnaires de palais^on trouve de rares beautés et des esprits élevés; celles des marchands tiennent les écritures, trafiquent et dirigent les capitaux comme les négociants les plus habiles parmi nous. En un mot, leB femmes ici ont un caractère plus viril que les nôtres, et parfois elles ne le cèdent point aux hommes.

*i Les chevaliers et la noblesse s'exercent dans les académies, s'instruisent par des voyages dans des pays lointains, et il en est peu qui ne sachent dresser un cheval, jouer du luth, manier Tépée ; embrasés parmi les femmes, ensan^leu^tés au milieu des, armées, leur esprit est dirigé par TAmour et Ma^s; au bruit de la trompette, ils^ dépouillent TAinour de ses plumes pour les mettre. sur leur chapeaUf et, lorsqu'ils ont pris les armes, ils oublient les délices des ,l)oudoirs ; car alors les armées et les batailles sont leurs délices» ^

ic J^allai visiter le Palais, qui se trouve dans une grande salle, et qu'on peut comparer à notre Jfercma. C'est là qu'il faut bien fermer sa bourse si Tonne veut pas faire de dépenses.. Vous êtes séduit par cent modes, attiré, par mille objets charmants et bizarres, et des femmes attrayantes vous contraignent à leur acheter leurs nMircbandises par <}es assauts de courtoisie et de galanterie, à tel point que Tavarice elle-même est obligée de. se rendre.

« Les divertissements ne manquent pas. Les portes sont toujours ouvertes aux visites, les réceptions et les paroles courtoises abondent, même alors qu^on se hait ou qu'on est brouillé ; on ne voit que promenades, soirées, réunions, bals, violons, joJis villages autour de Paris, de manière que les femmes font toujours carnaval, et sortent toujours masquées.

« Paris est le ciel des femmes, l'enfer des chevaux, le purgatoire des bourses. Et je vous salue. »

^N AfiOMI£k dis

luptés : il célèbre en six cents vers les merveilleuses beautés cot" porelles de la reine; de sa fine chevelure èa^mûssaMimde; le néz^ mur de confins entre deux pré&dè brillance pourpre et 'de^nei^ purpurine; la forêt très4égèrè de la lèvre supérieure., ei lèB pru'-' nelles où Von voit écrit en noir'^ le soleil est ^; lé sein, inMée. dttê lis où se promène avriL

Tandis que le Tasse était pai^ti dé Paris avec le même vêtement qu'il y avait portée n'ei]t pas de quoi acheter un melon, et dut se faire prêter un écu, Marie assigne à Marini deux mille écus^ et arrête son carrosse quand ^e le rencontre dans là rue. Goncini l'ayant autorisé à se faire payer cinq cents écus, il en demande mille, et, comme le ministre lui dit : a Diable^* toussâtes bien Napolitain! » il lui répondit : a Excellence, il. est heuteux que je n'aie pas entendu trois mille, tant je' comprends mail votre 1924. français. » Lorsqu'il revint à Naple^, les lazzaroni allèlrent à «a rencontre en dansant et en répandant des roses; lés gentils-hommes le reçurent à cheval ; 'les dames étaient- aux balcotiàs , et? on lisait sur une bannière des louanges à Marini : « Mer de Urtcomparable savoir, esprit des lyres, but des plilmes, matière des écritoires, d'une grande faconde, très-fécond, hc^^'eux pkénix; honneur diï laurier, prince émérite des cy^neé pares^ux. »

Gharles^Ëmmànuel P' de Savoie, après l'avoir d'abord fait ar-' rêter parce qu'ilse croyait insulté dans la C'ucagnayle protégea ensuite , et lui suggéra une épopée sur les'amôurs à' Adonis et de Vénus. Adieu donc à toute moralité, à toulsentiment généreux ; adieu même à' l'intérêt, qui ne pçut naître de la dottVeur ou de la joie d'êtres surnaturels, ni de situations qui ne nous amënëntpaâr à faire un retour sur nous-mêmes; il faudra tout^feOutenirpar:le talent, et, renonçant à Ja spontanéité instinctive ,• sacrifier le beau au magnifique , la pureté au brillant. Marini en fit m poëme plus long que le •Roland furieux y puïsqu''il avait quarahte^cînq tHiite

vers ; chaquie chant forme un tableau complet, avec un titre'*s-

Ce même Sagredo, arriFé en Angleterre au moment où GromwQU«iv4iit fermé le par/emej)t, parce qoe liii-mème parla e mentie abbastanza (parle et ipe;)t assez), écrit qu'on ne voit pas à Londres « de dame à la cour, mais des daims (damme) chez les chasseurs; il n*y a plus de chevaliers, mais des chevaux et des fantassins; on ne parle pas d'amour mais de Mars; la comédie a fait place à la tragédie, et il n'y a plus de mouches ( mosche ) sur les visages, mais des mousquets (moschetti) sur les épaules; au lieu de hais, on trouve des ministres sévères qui font danser ceux du parti contraire. En somme tout est plein àedisp€tU,ùe sospetli, ôe brutissimi aspetti (haines, soupçons, tiideux as-' pects). » ■ ..:!-.• -

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