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SON ADONIS

tinct, comme le Palais d* Amour, la Surprise d'Amour, la Tragédie, \e Jardin. Colovisie ÛmAe y harmonieux, riche, ses vers sont faciles, ses cadences mélodieuses^ ses phrases légères, et il a l'art d'exprimer les choses les plus rebelles ; toutefois ^ il ne créa point une forme nouvelle , et pas un de ses vers n'est resté dans le discours. Cette trame fragile et monotone ^ il est obligé de la relever par de continuelles descriptions, faites uniquement pour décrire ; puis, au milieu d'un labyrinthe d'amours , de voluptés > d'images^ de peintures , il faut qu'il multiplie les faciles détails arbitrairement et sans choix ni pureté ; cent strophes sont consacrées à décrire une partie d'échecs entre Vénus et Mercure, et le poète fait ^consister le mérite dans les antithèses pour y trouver des contrastes et des jeux de mots.

A peine l'eut-il publié, et il avait cinquante-quatre ans , que V Adonis fut porté aii ciel; Charles-Emmanuel le fait chevalier; tous sont fascinés par cette peinture voluptueuse , et tous adorent le poète qui avait su associer le type italien au type espagnol, l'harmonie musicale au discours : c( Dans la plus pure partie de mon âme est une forte opinion que vous êtes le plus grand poète de tous ceux qui ont vu le jour parmi les Toscans et les Latins^, ou chez les Grecs, les Égyptiens, lesChaldéens, les Hébreux, » lui disait Achiliini, qui sans doute avait lu les poètes égyptiens et chaldéens ; poète lui-même des plus extravagants , il était porté aux nues, et il obtint de l'université de Bologne une inscription comme Musagète omniscient] Louis XIII lui donna quatorze mille écus pour une canzcme dans laquelle il disait que le monde sert de boulet à ses canor^y et pour le sonnet qui commence par ce vers : Suez, 6 feux, pour fondre des métaux.

n faut songer que, avant l'irruption des journaux, la renommée ne se répandait pas au loin ; car les auteurs pensaient à bien faire plutôt qu'à se faire préconiser, et l'on ne voyait point d'individus trafiquant par profession de louanges et de critiques. Christophe Colomb ne se trouve nommé par les contemporains que dans une lettre de décembre 1493, de Pierre Martyr d'Anghera ; en 1520, des Espagnols même ignoraient s'il vivait encore. Voilà pourquoi on caressait les écrivains qui élevaient la voix, comme nous l'avons vu de l'Arétin et d'autres misérables pareils ; il en était de même alors de Leti, de Marini et de tous ces fanfarons de la littérature, qui se conformaient aux goûts du jour en élevant l'édifice de leur propre gloire au moyen d'une coterie dévouée , en flattant les bas instincts, en célébrant eux-mêmes leurs triom^

QUERELLES LiTÎÉRAlRES. 3i7

phes personnels^ en voulant occuper le premier rang sans souci des moyens; ils obtenaient ainsi une existence vantée^ qui Unissait tout entière au cercueil.

Toutefois^ les outragea accompagnaient les applaudissements ; si le Tasse se contentait d'en gémir, d'autres répondaient par des critiques violentes . Des querelles bruyantes s'élevèrent entre le père Noriset le père Macedo, entre Moneglia et Magliabecchi, entre Yiviani et Alexandre Marchetti^ entre Borelli et d'autres; Segardi en vint aux coups avec Gravina; les démêlés entre Tassoni, Brusantini et Aromatari , à l'occasion d'Aristote et de Pétrarque, furent accompagnés de procès et d'emprisonnements ; le cardinal, Pallavicino fut l'objet d'attaques scandaleuses ; Géminien Montanari, philosophe modenais, soutint une lutte orageuse contre Donato Rossetti à propos de la capillarité, reçut et donna plusieurs coups de poignard (1).

Marini, dans un sonnet sur les travaux d'Hercule, ayant confondu le lion de Némée avec Thydre de Lerne, se vit reprocher cette erreur comme s'il avait péché contre un dogme^ surtout par le Génois Gaspard Murtola, secrétaire de Charles-Emmanuel et auteur du Monde créé; de là^ des épigrammes^ des sonnets , des libelles , des Murtoléides et des Marinéides, des ordures et des infamies. Murtola tira un coup d'arquebuse à son rivale et sans les démarches de Marini en sa faveur^ il serait mort sur le gibet ; mais, comme le bienfait lui pesait, il le dénonça comme ayant médit du duc. Thomas Stigliani de la Basilicate, dans le Nouveau monde , étalage de caprices merveilleux, malmena , sous le symbole de Yhomme mariny le poète en renom, qui se vengea par des sonnets intitulés les Mignardise^ , et par des lettres , puis dans V Adonis. Épouvanté d'une immortalité de vilenies, Stigliani s'humilia ; mais aussitôt que son adversaire fut mort, il déchira V Adonis dans les

(1) Marini exprime sur ses contemporaios des jugements qui portent le cachet de son extravagance ordinaire. Il fait dire à Franco qui fut pendu :

Tentai farmi eminente, Ë in altro monte ove di rado nom sale £ in altra pianta OTe volai senz'ale Restai, canuto il pel, cigno dolente, Spettacolo pendente.

Je tentai de me faire éminent, et sur une hauteur où l'homme monte rarement, et sur un arbre où je volai sans ailes, je restai, les cheveux blancs, cygne dolent, spectacle pendant.

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