IB LES ÉCRIVAINS VV. J^IX-8B9ZÙM£ SIÈCLE
Lunetk&j oi^ Koa ne ti^ofiive pas même une bonne cisti(|iie contre le poète qui méritait un si grand blâme. ^
Tout le monde s'indigna contre Stigliani, qui osait jeter des' pierres sur l'auteL de l'idole; Angélique Aprosio de Yentimiglia écrivit •contre lui les Lunettes cassées et le Crible (1) ; Stigliani lui répondit par le Moulin, qui fut relevé* par le Blutoir d' Aprosio. Mais niiles Injures ni les éloges n'ont sauvé Marini du jugement qu'il méritait^ et ce poète est resté comme le type du goût des écrivains du dix- septième siècle ; au lieu de s'opposer h la littérature espagnolesquej au moins par haine contre les dominateurs , les prosateurs et les poètes de cette époque s'efforcèrent de l'imiter, courant par calcul après l'originalité, quMls ne cherchaient pas dans le sentiment et le vrai, mais dans les formes et les mots, d'où naît la manière ; ce fut alors un cliquetis d'expressions oiseuses au lieu de pensées et de sentiments, une enflure continuelle, une profusion de superlatifs ; en effet, de toutes les corruptions, celle qui séduit le plus est Id recherche de la pensée , et lorsqu'une fois on a pris ce goût, il devient fort difficile de s'en débarrasser.
Jean-Baptiste des Grottaglie près de Brindes/lié avec les meilleurs écrivains de l'époqae , vanté pour ses Poésies mélodieuses , et plus encore pour les Epifièdes remplis d'enflure et de transpositions hardies , répondait à quelques amis qui lui conseillaient de s'en tenir à PéU*arque : «Je ne veux pas édifier sur le vieux, mais faire à ma fantaisie le style , et un style qui soit de moi seul ; il n'y auraitrien de nouveau si tous îàutaient Pétrarque; d'ailleurs, si ce grand maître eût vécu de notre temps, il aurait changé de manière pour obtenir des érudits applaudissements et gloire. »
La littérature italienne était née au quatorzième siècle , mais d'une autre déjà décrépite ; elle joignait donc à Tînexpérience des premières années les anrasementsfrtvolesd'une littérature tombée dans l'enfance. Il ne faut donc pas s'étonner si nous trouvons à cette époque le style à contrastes et l'antithèse ; on peut même signaler dans Pétrarque de pareilles afféteries soit dans le sens ou les mots. Ses imitateurs prétendirent les faiçe .passer pour des beautés, d'autant plus quQ, en.aocuni^ulant des vers sur des sentiments qu'ils n'éprouvaient pas^ et* se bornant à étudier les mots, ils devaient suppléer par des artifices de tête à la froideur du cœur. Au seizième siècle, les meilleurs écrivains nous offrent des
(i)'Aproàio, âamie' Bouclier de Renaud, critique les modes d'alors,' et, dans V Athènes italique, il met en scène les hommes ïei plus célèbres de Tltalie.
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traces de ces défaiitsy qui abondent dans le Tasse j mais, avec les Marinistes, Tantithèse ne fut plus un mo^en, mais le but, non un ornement^ mais la substance. Alors , on n'étudia la géographie , l'histoire et Tunivers que pour y butiner des métaphores , chacun se preoCcupant.de Téclatde l'image, non de sa finesse et de sa propriété. Dans toute chose, le terme direct fut négligé, pour faire place au mot qui exprimait son rapport ou son opposition avec d'autres ou leurs effets; l'écrivain associait confusément deux termes de comparaison, dont il tirait des similitudes ou des dissemblances extérieures et apparentes; prenant une expression ou un mode dans un sens métaphorique^ il hii faisait produire un sens réel ; c'était donc au moyen de phrases boursouflées qu'il parvenait à remplir son maigre sujets battant l'enclume à coups redoublés jusqu'à ce qu'elle s'échauffât.
Après le naturel^ pris en horreur^ après la langue, très-négligée^ l'ingénieux seul resta de mode. Les grands seigneurs du style et de la métaphore^ comme leurs confrères qui couraient le •monde, étalaient de l'or sur leurs habits, et n'avaient pas de chemise; ils prenaient la manière pour la grâce, le boursouflé pour le sublime, l'antithèse pour l'éloquence^ les jeux de mots pour la gentillesse; flottant entre une insipide affectation et des trivialités, voulant fuir le monotone au. moyen du bizai^re^ ils regardaient comme un mérite d'associer les idée^s les plus disparates; or, comme la vulgarité s'accorde très-bien avec l'emphase^ les images les plus extravagantes et les plus frivoles se revêtirent de métaphores. Les étoiles sont des narcisses du ctW„ des lucioles éternelles, et les lucioles des lumignons éclatants, des chandelles rouges ; le soleil est un bourreau qui eovpe avec la hache de ses rayons le cou des ombres; l'Etna neigeux est Varchiprêtre i des montagnes qui, en tunique blanche y encense le ciel. Pour Giro de Pers, les calculs sont les marbres^ qui lui naissent dans les entrailles pour former son tombeau ; Marini voit dans les crachats de sa belle de f écume de lait, des flocons de neige; les insectes dé la tête de son amante sont pour un autre 4es chevaliers d! argent en champ d'or; un troisième coippare les âmes aux chevaux : leur course terminée, elles trouveront au ciel une provende d'éternité, une* écurie d^étailes,
liO ton était donnépar les écoles et les académies, oii Ton proposait dessujets spécieux^ paradoxaux et le plus souvent ridicules : « Démontrer que le vice et la vertu ne peuvent être cachés ; vaut-il mieux pour une femme vieille avoir été dans sa jeunesse
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belle ou difforme? » puis venaient des harangues sur des sujets fictifs, des ambassades supposées, des accusations et des défenses de délits imaginaires^ et par cela même extravagantes, des matières où Ton soutenait le pour et le contre ; en un mot, il fallait toujours se battre les flancs pour exciter la surprise par des tours de force d'esprit.
Cet esprit devait briller dans les recueils, et même dès le titre : Les petits ruisseaux du Parnasse , L éclipse de la lune ottomane. Les fuggilozio (qui fuient l'oisiveté). Le Milanais Charles Pietrasanta fit les Avortements de Clio ; Guasco Annibal^ une Toile changeant en madrigaux; le Vénitien Marc Boschini écrivit en quatrains La carte de la navigation pittoresque,,, divisée en huit vents... par lesquels la nef vénitienne est poussée dans la haute mer de la peinture comme dominatrice absolue , à la confusion de quiconque n* entend rien à la boussole de l'aiguille aimantée; le Bolonais Jean François Bonomi, poëte impérial, publia les Rejetons de laurier, divisés en feuilles, branches , graines, sucs, écorces ou racines. Le Florentin Alexandre Adimari, indépendamment de recueils sous le nom d'autres muses^ publia La Polymnie, ou cinquante sonnets basés sur des sentences de Cornélius Tacitus, avec un sujet pour chacune d'elles, lesquels sujets unis ensemble forment un bref discours politico-moral.
Nous avons le Masque ïatropolitique aspirant à la monarchie du microcosme, jeu sérieux d'Eureta Misoscolo. Le dictionnaire des pseudonymes d'Aprosio est intitulé La visière levée, hécatoste d'écrivains qui, désireux de porter le masque hors le temps du carnaval, sont découverts par etc. etc.; à la suite, il publia une Pentecôte, Bien plus, les savants eux-mêmes tombaient dans ces déplorables écarts. Toricelli dit que « la force de la secousse porte dans la scène des merveilles la couronne de la principauté, et que le fameux Galilée travaillait ce joyau pour en enrichir le collier de la philosophie toscane, Montanari mit pour titre à un traité contre l'astrologie La chasse à la fouée; à un sur la foudre. Les forces d'Éole ; à un autre sur les monnaies, la Monnaie en conseil d'Etat. Charles Moraschi tit la Céleste anatomie des comètes ; Conrad Confalonieri composa la Cometa decomata ( la comète sans chevelure) ; Charles Manono, la Longue vue historique, qui fait voir depuis l'année 1668 jusqu'au commencement du monde, et met sous les yeux les choses les plus mémorables qui sont arrivées jusqu'à ce jour.
Les institutions canoniques de l'éminent théologien Chiericato
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de Padoue portent le titre de Voie lactée; au Genitus columbœ de Bellarmin, le père Gravina opposa la Vox turturis pour la défense des moines; comme il lui fut répondu par le Cave turturi malecontragenitum columbœexultanti, il répliqua parla CongemU nata vox turturis , réimprimée sous le titre de Resonans turturis concentus. Emmanuel Tesauro, le Marini de la prose, publia dans ce style un long traité de philosophie morale. Le fameux père Lana en écrivit un De la beauté dévoilée oit se découvrent les beautés de l'âme, et chaque chapitre présente une métaphore : le sixième est La reine au balcon, c'est-à-dire Tâme qui fait voir ses ^beautés par les yeux ; le dixième a pour titre Les breuvages qui inspirent V amour donnés à l'épouse par son serviteur pour la rendre adultère. Enfin ^ le célèbre Lancisi publiait à Rome^ en 1720, De natura et prœsagio Dioscurorum nautis in tempestate occurrentium ; ces Dioscures sont les parotides critiques qui apparaissent dans les fièvres malignes.
De pareilles métaphores pullulèrent surtout dans les thèses et les dissertations académiques. A l'université de Turin, Jean-An- «sqii. dré Negro, aspirant au titre de docteur en droit, soutenait pendant quinze jours neuf cent quatre-vingt-dix-neuf thèses dialectiques, physiques, magiques, médicales, philosophiques, théologiques^ morales^ de droit civil et canonique^ outre les mathématiques ; Pio Appiani, pendant neuf jours, soutenait quatre cents ^ propositions légales.
La chaire fut également infestée de ces charlatanerîes. Panigarola de Milan^ qui eut pour maîtres dans sa ville natale les illustres recteurs Natale Conti et Aonio Paleario, et pour modèle Gornelio Musso, jouit d'une réputation proverbiale ; après une jeunesse dissipée, il prit Thabit de franciscain et se rendit célèbre dans les chaires principales. Catherine de Médicis le fit venir à Paris; quand il arrivait dans une ville d'Italie, il était accueilli par des applaudissements, et souvent il fallait qu'il prononçât un discours avant de se reposer. Promu à Tévêché d'Asti et envoyé par Sixte-Quint en France pour assister les catholiques dans leurs querelles avec les huguenots, il publia contre les derniers les Leçons calviniques ; il se glorifiait d'avoir associé la prédication à la théologie, parce que celle-ci lui avait enseigné à rendre les sermons plus solides, celle-là à rendre les leçons plus claires. Le cardinal Frédéric Borromée, non content de le louer sans cesse, lui emprunte le modèle de l'orateur parfait. Sa Retorica ecclesiastica fut imprimée plusieurs fois, et, dans les sermons^ il neman-
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que pas d'une certaine chaleur, bien qu'elle soit entretenue par des figures plutôt que par une vigueur intime ; toutefois, dans le style, il flotte entre le grossier et Taffecté, et c*est en vain qu'on y chercherait cette connaissance du cœur qui découvre le vice dans ses replis cachés, et cette pratique des livres saints qui là seulement puise des beautés ; personne ne lit aujourd'hui les quatre-vingt-seize ouvrages qu'il a laissés.
Bientôt, du reste, on ne crut pouvoir atteindre à cette éloquence, dont le premier mérite est la simplicité, qu'avec le bras tendu et les cheveux hérissés. Les titres même des sermons d'alors trahissent cette déplorable manie : le Milanais César Battaglia, parmi beaucoup d'autres panégyriques^ composa la Sainte Tour du Phare pour sainte Catherine, VEscarboucle dans les cendres et la langue immortelle pour saint Antoine, les Trésors du néant pour saint Gaétan, le Briarée de V Église pour saint Nicolas, VArchimède sacré ^ \e Modèle et le diadème du prince; Mario des Bignoni, capucin de Venise, intitule son carême Splendeurs séraphiques des opaques des plus célèbres académies, brillant au milieu des ombres de vagues hiéroglyphes; Alexandre-Marie ^vxBXiiQ^iY Antiparistasis du saint amowr; Thomas Caracciolo^ archevêque de Tarente, VHélius clerius^ c'est-à-dire le soleil du bienheureux Gaétan Tiene^ composé par un serviteur dévoué du saint; le père Épiphane, le Baume de la renommée Mamertine, discours pour la sainte lettre de la vierge Marie aux Méssinois.
Les rapprochements offrent en outre une extrême bizarrerie; un prédicateur trouvait dans saint Antoine les métamorphoses d'Ovide, et un autre les travaux d'Hercule dans saint Dominique. Joseph-Marie Fornara, dans le Nouveau soleil de Milan caché sous le saint clou, prouvait en six discours que cette relique était un soleil qui naît, éclaire , réchauffe , dessèche , a son cours, se repose. Le Jésuite Ignace Del Vio fit Les luttes d'amour réciproque entre la rose virginale sainte Rosalie^ les lis royaux de Philippe F, notre seigneur^ et Palerme le jardin de la Sicile, composées dans la fête solennelle de sainte Rosalie ( 1702). Lemcne, dans l'éloge funèbre de Philippe IV, démontrait qu'il avait éiémagnum pietate, et magnitudine pium.
Nous avons du père Annibal Adami de Fermo Le saint parmi les grands d'Espagne, grand de quatre grandeurs, c'est-à-dire saint François Borgia, exprimant dans sa sainteté et son nom les vertus de quatre saints François, d'Assise, de Paule, Xavier et de Sales, selon les paroles de TEcclésiaste Fuit magnus juxta no*
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LE PÈRE ORGUl. 333
mm suum ( Rome^ 1672 ). » Jacques Lubianî publiait le Solstice de la gloire divine, le chiffre de la divinité dans le très^augmle nom de Jésus; dans saint Ignace, il célèbre Vépée enflammée , et le présente comme V Hercule de la Biscaye, qui porte dans les flammes de son nom Tarmure des Séraphins^ rattirail des épouvantes miraculeuses dans la foudre de son épée, sur laquelle on pourra graver plus de victoires que ne le fit Roger sur la sienne; » il s'excuse même de ne pouvoir en dire suffisamment, « parce qu'il lui manque l'algèbre de l'innombrable. » Paul Arese, auteur de sept volumes de sermons très-vantés, écrivit pour la défense de ce travail La plume taillée et V arrière-garde de soi-même. Le Gomasque^ frère Joseph-Paul, commence ainsi son carême : « Pour rassembler une armée nombreuse contre les vices/ légionnaires de Satan, la pénitence bat le tambpur ce matin. »
Le père Emmanuel Orchi, également de Côme, fut un grand maître dans Tart d'entasser les choses les plus disparates; c'est avec des lambeaux d'érudition profane, des citations, des épigrammes, des enfilades de proverbes, des divinités païennes, de l'astrologie , qu'il soutient l'échafaudage de sa grandeur boursouflée : on trouve chez lui les ingénieux tiriliri d'un oiseau ; les vers à soie qui mangent et dorment avec une savoureuse saveur et une saveur savourée; la Madeleine «oZ/evaifa di fronte, sfrontata di faccia, sfacciata d'aspetto ( hardie de front, effrontée de visage, impudente d'aspect); mais ayant entendu le Christ, le vent pluvieux de la tendre componction se lève au midi de son cœur, et chassant les vapeurs de^ pensées confuses, pousse dans le ciel de V esprit les nuages de la douleur. Sans se respecter lui-même, ni ses auditeurs, ni Dieu (1), il est toujours préoccupé de la peinture et de l'image; il compare l'homme à l'orgue, ou bien le pécheur à la blanchisseuse : « le coude nu, le jupon retroussé, elle prend le linge sale, se met à genoux près d'un ruisseau, se courbe sur une pierre inclinée, trempe le linge dans Teau, le frotte avec les poings, le bat avec la paume de la main, le rince, le tourne, l'enroule, lé ramasse, le tord et l'exprime ; puis, après l'avoir entassé dans une cuve, elle met au feu un chaudron , prépare un lessif mordant avec des cendres et le verse bouillant sur le linge; elle fait alors jouer l'échiné de nouveau, et recommence le travail des
(i) c^est maintenant, s'écrie Dieu, que tu me fais tomber dans lesorniè^ tes..— Mais, Seigneur, à quel jeu jouons-nous ? — O Seigneur, vous avez appris à vos dépens à faire ainsi ; combien de fois vous avez été bafoué I