‹ Histoire des ItaliensChapitre 13 sur 150 · SIXTE-QUINT · texte numérisé non relu

SIXTE-QUINT

subir l'influence de parents^ écoutant le peuple qui demandait abondance et justice^ il appliqua son vigoureux génie , son caractère impérieux et violent à relever la papauté, même extérieurement. Il licencie une grande partie des troupes et des agents de police; mais il veut que a les décrets soient exécutés sans égard pour qui que ce soit , et que Ton comprenne que Sixte règne».

Avant tout , il fallait remplir le trésor et détruire les brigands. Chaque nouveau pape était dans l'usage de gracier un grand nombre de coupables, de sorte que durant le conclave les contumax se constituaient prisonniers, certains d*obtenir leur pardon. Malheur à eux ; car cette fois le pontife voulut exercer une justice sévère^ et le jour de son couronnement, la foule qui se rendait au Vatican par le pont Saint- Ange vit pendus aux créneaux du château quatre jeunes gens coupables d'avoir porté des armes courtes. Dans la cavalcade de possession à Saint-Jean de Latran , il menaça de châtiment quiconque la troublerait par ses prétentions ; tout individu qui susciterait du scandale par des rixes, des paroles, des injures, une insolence quelconque, devait être puni : le noble de trois ans de prison ; la personne ordinaire, de cinq ans de galères; la femme, de la fustigation.

Le chanoine Carelli , auquel il devait sa première élévation , avait un neveu poursuivi pour rapt; Sixte fit pendre le coupable devant la maison de sa victime, permit à» l'oncle de l'ensevelir en terre sainte, et lui donna l'évêché d'Amantea. 11 fit dresser une liste de tous les vagabonds, gens de main, spadassins, oisifs, et renouvela les bans qui mettaient à prix la tête des brigand^ ; mais ce fut la famille ou la commune, et non la chambre qui dut payer la récompense ; il voulut encore que la commune ou le seigneur sur les terres duquel on commettrait un vol réparât le dommage occasionné.

Le gouvernement napolitain , sur les frontières duquel les brigands avaient coutume de chercher un refuge, le seconda efficacement; l'impunité promise à quiconque livrerait un de ses camarades, mort ou vif, répandit la terreur parmi ceux qui faisaient trembler auparavant. Le prêtre Guercino, qui se faisait appeler le roi de la campagne , écrit à monseigneur Odescalchi de lui envoyer trois cents ducats, le menaçant, en cas de refus, de ravager ses terres; monseigneur a recours au pape, qui fait arrêter et mettre aux galères le messager. Aussitôt arrive une autre lettre de GuercinO; qui menace Odescalchi de cent coups de poignard,

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ses domaines de dévastation et d'incendie^ ce qui l'oblige à supplier le pape de rendre la liberté au messager. Non content d'obtenir cette faveur, il s'efforce d'apaiser le pontife , qui finît par absoudre Guercino de quarante-quatre assassinats; mais le misérable vient à peine d'être pardonné^ qu'il tue quatre de ses ennemis (1). Sixte alors eut sa iéie, payée deux mille ducats^ et la fit exposer couronnée sur le pont Saint-Ange.

Un certain Délia Para attire les gardes hors de la porte Salara^ les bàtonne et les charge de faire ses compliments au pape ; Sixte ordonne à ses parents de le lui livrer^ sous peine d'être tous pendus ; et comme il parle sérieusement, il est obéi. Trente in->dividus s'étaient réfugiés près d'Urbin. Le duc de cette ville lèulr envoya une charge de vivres , mais empoisonnés. Le comte Jeati Pepoli de Bologne fut étranglé en prison^ pour avoir laissé échap-^ per un bandit de son château ; des mères et des femmes de brigands subirent la peine de mort, comme coupables de les avoir abrités. Un Transtévérin était trop jeune pour être envoyé au supplice: Eh bien y dit Sixte-Quint ^ je lui prête quelques-unes de mes années.

L'adultère et la connivence des maris furent punis de mort : il voulut que les nobles payassent les vieilles dettes aux marchands^ et défendit aux seigneurs de recommander les criminels; les juges durent s'acquitter de leurs fonctions avec zèle, lui adresser des rapports sérieux et lui fournir même la liste des fainéants y des vauriens et des querelleurs qui se trouvaient dans leur juridiction; il songeait encore à expulser de Rome quiconque ne justifierait pas de moyens légitimes d'existence. Il défendit les vivat que la plèbe faisait entendre derrière les papes; mais il punit sévèrement les pasquinades. Pasquin disait un jour qu'il avait la chemise sale depuis que sa blanchisseuse était devenue princesse ; Sixte voulut connaître l'auteur de cette pasquinade, et comme il ne le pouvait autrement, il promit la vie sauve et mille doppie s'il se révélait lui-même. L'avidité trahit le poëte ; Sixte lui fit compter l'argent, mais couper les mains et percer la langue. Ce fut avec cette sévérité orientale, qui, selon le dicton vulgaire, n'aurait pas fait grâce à Jésus-Christ lui-même, qu'il parvint en moins d'un an à rendre la tranquillité au pays ; on lui frappa des médailles avec les mots : Perfecta securitas, et Vade, Francisée, repara domum meam quœ lahitur.

(1) Dépêches vénitiennes du 16 janvier 1584.

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Inexorable pour les fautes individuelles et la violation des lois, il se montrait indulgent dans les actes généraux , et bienveillant pour quiconque obéissait. Non content d'offrir pour les disettes d'alors deux cent mille écus, fruit de ses épargnes selon sa déclaration, il établit des greniers de réserve pour maintenir Fabondance à Rome. Tous les ans il affectait trois mille écus au rachat de chrétiens chez les Turcs. Il fonda Thospice près du pont Sixte^ c( afin de réunir ensemble tous ceux qui mendient sans qu'on sache s^ils ont un motif légitime pour le faire ; là, en examinant dans chacun Tétat du corps et la force de Tesprit, on pourra découvrir les paresseax non malades et faire disparaître des rues les fainéants qui^ par des maladies et une pauvreté dissimulées, s'abandonnent à la paresse, enlèvent les aliments aux véritables besoigneux et, après avoir feint d'être malades pendant quelques heures , se livrent dans d'autres moments à la bonne chère , sains et robustes (1) ». A la pieuse confrérie instituée par Grégoire XTII, pour assister les détenus, il permit de choisir un visiteur des prisons , qui aurait le droit, tous les premiers lundis de carême, de délivrer un condamné même passible de la peine capitale.

Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux à soixante-douze, dont sept évêques suburbicaires, c'est-à-dire de Velletri, Porto Santa- Ruffina, Civita-Vecchia,Frascati, Albano,Palestrina, Sabina; cinquante cardinaux-prêtres, les autres diacres. On distinguait les cardinaux princes, qui vivaient avec un grand faste et regardaient les autres conime inférieurs; les cardinaux politiques, qui s'enrichissaient en dirigeant les affaires; enfin, les cardinaux pauvres, la plupart moines, entretenus par les papes ou les cardinaux supérieurs, et qui se livraient à l'étude et aux exercices de piété. Sixte, bien qu'il rehaussât leur dignité en face des potentats, désirait les soumettre aux décrets comme les autres; en un mot, il voulait qu'ils fussent princes ailleurs, mais sujets à Rome.

Leurs sept congrégations de l'index, de l'inquisition, de l'exécution et de l'interprétation du concile, des évêques, des ordres réguliers, de la signature et de la consulte, accrurent d*importance, et huit autres leur furent adjointes, une pour fonder de nouveaux évêchés, une autre pour les rites; les autres étaient chargées de matières temporelles, les subsistances, l'entretien des routes , l'allégement des impôts , les constructions

(1) Bullarium romanum; tome II : ConsL Sisti Y, 56.

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