CAMPANELLA
rationnelle et théologique, quoiqu'il restât loin d'une solution ; admirateur de Galilée, avec lequel il est toutefois en dissentiment sur quelques points, il Texhortait à faire un cours de philosophie rationnelle. Son type est le monde, et il blâme ceux qui préfèrent à Texpérience l'autorité et le raisonnement; mais, en voyant les phénomènes de l'aiguille aimantée et le sexe des plantes, il crut devoir affirmer, au nom de l'expérience, que tout est animé (1). Il décrit avec éloquence les sympathies de la nature, la diffusion delà lumière sur le globe, dont elle pénètre les parties au moyen d'opérations infinies, qui doivent nécessairement s'accomplir avec une immense volupté.
Les corps jouissent tellement de leur contact mutuel , que le vide ne peut se former que par des moyens violents. Outre la métaphysique, la physique, la physiologie , la philosophie sociale, il offre un arbre des sciences, et pose la métaphysique comme la science capitale et universelle ; au-dessous, il divise les autres en rationnelles et réelles, auxquelles correspondent les sciences actives, pratiques, l'érudition, les arts.
il communique aux êtres finis les trois qualités qui deviennent les iirincipes de Tunivers, sous la triple loi de la nécessité, de la Providence, de Pbarmonie.
Il édifie sur cette métaphysique une philosophie physique, une psychologique et une sociale. Dans la philosophie physique, il considère Tunivers comme un ensemble de phénomènes matériels, qui se développent dans le temps et l'espace. La matière mise en eux est un corps non construit, mais propre à la construction; elle opère au moyen de deux agent<:, la chaleur et le froid. Le premier forma le ciel, le second la terre, selon qu'ils dilatèrent ou condensèrent la matière, et tous les phénomènes naissent de leur combinaison. La lumière ne fait qu'un avec la chaleur, et leur dénomination ne diffère que selon qa^elies opèrent sur le toucher ou sur la vue.
Dans la physiologie, où il considère les êtres comme vivants et sensibles, Gampanella dislingue dans Phomme une triple vie, correspondant à une triple existence : l'intelligence; le corps, son véhicule; le corps, véhicule et organe de l'esprit et de l'intelligence. Comme les êtres tendent à se conserver, ils sont pourvus d'instincts et de la faculté de sentir à différents degrés. Si l'homme possède une intelligence immortelle, à plus forte raison le monde, qui est le plus parfait de tous les êtres créés : ses mains sont les forces expansives; ses yeux, les étoiles; son langage, les rayons mutuels qu'elles se renvoient, langage an moyen duquel, peut-être, elles communiquent entre elles , douées qu'elles sont d'une vie très-sensible. Les esprits bienheureux qui les habitent voient tout ce qui est dans la nature et les idées divines.
(1) [nveniemus inplantis sexus masculinum et/œmineum, ut in anima' libus^ et fœminam non fructificari sine masculi congressu. Hocpatet in sïliquis et in palmis, quarum mas fœminaque inclinantur mutuo aller in alterum, et sese osculantuff et fœnUna non impregnatur nec fructificat sine mare, immo conspicitur dolens, squalida mortuaquCf et pulvereillius et adore revivùdt.
3S8 CITÉ m SOLEIL.
Campanella, il est vrai, affiime beaucoup plus de choses qu'a n'eu prouve, et s'abandonne à son imagination;, excitée par b solitude et les souirrances. 11 s'applique surtout à op|>c>£>er au âcepUcisme un dogmatisme philosophique, en se fondarit sur Je besoin qu'éprouve la raison de parvenir à la vérité, besoin ^ grand que le sceptique même est obligé, pour le combattre, de s'appuyer sur certains postulats. Contre les partisans des doctrines de Machiavel, il défend la liberté du savoir et les droits de la raison; mais ensuite il se montre lui-même plus machiavélique que son siècle ; il voudrait faire dépendre la grandeur cJ^ l'Itâlie de celle de l'Espagne, et faire naître cette grandeuz* j^ar des moyens tyranniques et corrupteurs : périsse la patrie, pourvu que l'idée triomphe I
La philosophie réelle, il la divise en physiologie, éthique, f>olitique, économie et Cité du Soleil ; c'esi dans la dernière .surtout qu'il développe ses idées sociales; comme si le manque d'une palWe le poussait à errer dans les utopies , il se propose de réformer le genre humain en rétablissant l'intégrité et l'harmonie de la puissance, de l'amour et de la sagesse. Il trace donc ime société sur le type de sa métaphysique ; comme l'intelligence l'emporte sûr les autres facultés, ainsi le chef de sa république présidera à tout l'ordre politique et civil ; comme l'intelligence est un rayon divin, ainsi ce chef est presque une incarnation de Dieu ; comme l'intelligence est par essence bonne , sage, puissante, ainsi ce chef doit avoir trois ministres qui représentent l'amour, la sagesse, la puissance : le premier veillera sur la génération et l'éducation, le second s'occupera de propager la science, et le troisième sera chargé de l'ordre civil et de la subsistance.
Ne serait-ce pas la monarchie universelle réalisée dans le moyen âge par la loi? Comme il était moine, il prit pour type le monastère et la hiérarchie cléricale : tous les Solaires font vœu de fruga- Uté et de pauvreté ; quatre heures de travail quotidien suffiront pourleurs modestes besoins; ilsemploieront le reste du temps àl'étude de toutes les connaissances humaines ; communauté des biens et des femmes ; abolition de la famille et de la servitude ; le service domes^que devra se transformer en fonctions publiques ; que le pouvoir, ou plutât la direction des travailleurs, à tous les degrés de la hiérarchie, soit confiée à un homme et à une femme.
Les individus qui semontrent les plus capables dans une science quelconque ou dans un art mécanique sont nommés magistrats, et chacun doit les tenir pour maîtres et juges; ils surveillpnt teà