RÉNOVATION BE LA PHILOSOPHIE
rait déjà a que les êtres sensibles s'acheminaieDi vers la plus haute philosophie, » et Gampanella^ que ce le premier soin du philosophe était de composer l'histoire des faits » . Néanmoins, ils ne savent pas s'affranchir des préjugés invétérés; sortant de la voie du bon sens, ils s'égarent dans le paradoxe, et aucun d'eux ne fonde un système qui comprenne assez de vérités pour dominer rinteliigence, laquelle, si elle admire un moment les bizarreries , ne se reposé que dans Tordre.
Le Français René Descartes, à la vue de la masse d'erreurs ac- isge-iese. ceptées sur Tautorité des auteurs précédents, se proposa de tout désapprendre et de faire table rase, affirmant seulement ce qui est évident; en un mot^ il posa le doute comme la clef de la science, et dans les cent pages, gravement simples^ de sa Méthode il régénéra les écoles. La démonstration de l'existence, il la déduisit d'un fait de la conscience , en disant : Je pense, donc f existe (i). Il n'y a de vrai que ce qui est reconnu évidemment
et figuré, et ce fut sur elle qu'il fonda sa philosophie : de même que les yeux du corps voient par la lumière matérielle, ainsi ceux de l'Ame sont éclairés par la lumière intelligible ; ce moyen universel de connaître vient de Dieu, source de toute lumière.
François Georges, minorité vénitien, adonné à la cabale associée aux livres sacrés et aux raisonnements des péripatéticiens, composa V Harmonie du monde et les trois mille problèmes. De Dieu triple, qui est le ternaire le plus simple, dérivent par un ternaire carré trois novénaires ; d'où neuf sont les chœurs des intelligences, neuf les cycles, neuf les genres des choses générables et corruptibles; dans le ternaire cube s'accomplissent tons les novénaires. Les anges sont distribués selon le novénaire simple, correspondant au ternaire; d*oîi les plus rapprochés de Dieu ressemblent au ternaire le plus simple; les autres sont contenus dans le double, puis dans le triple : au moyen de cet ordre en trois parties nous pouvons atteindre jusqu'à Dieu, et Dieu descend à nous.
Brucker, De restauratione philosophiâs pytagoricx, platon, cabbal., paragraphe V.
(1) Le raisonnement de Descartes, Je pense, donc f existe, se trouve dans Bernardin Ochino, Catéchisme; Bâle, 1561.
Ministre, Je te prie, mon cher illuminé, de me dire s'il te semble que tu es ou non.
Illuminé, 1\ me semble que j'existe; néanmoins, je ne suis pas sûr d'être, parce que, bien qu'il me paraisse que je suis, je puis me tromper.
Ministre, Il est impossible que l'on ne soit pas, alors qu'il semble que l'on e^t; or, puisqu'il te semble que tu es, tu dois dire que tu es.
Illuminé. Cela est vrai. ^
Galilée avait annoncé la subjectivité de la sensation dans le Saggiatore, où il dit : « Qu'il faille dans les corps extérieurs, pour exciter en nous les saveurs, « les odeurs et les sons, autre chose que des grandeurs, des figures, des mou- M vements rapides ou lents, c'est ce que je ne crois pas; je pense que, si l'on
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tel par la rx>nscience; ou dont Tesprit se forme une certitude précise, indubitable : du simple^ que Ton saisit immédiatement; il faut remonter au composé, à Tobscur, au difficile; on doit réunir et distinguer les moyens qui mènent au vrai, en les débarrassant des obstacles interposés ; que Ton n'admette aucune idée sans raison suffisante^ et qu'une chose ne soit pas réputée vraie parce que d'autres la croient telle.
Rejetant ce qui n'est pas évident ou certifié par la conscience, raison individuelle ou démonstration géométrique , il concentre donc les sciences dansVétude des facultés intellectuelles ; comme il ne veut rien apprendre des autres^ il est obligé de refaire loute la vie de la pensée, et de puiser chaque science dans son propre génie; or, bien qu'on reste émerveillé à la vue des immenses travaux accomplis par un homme^ ce fut grâce au mérite de ceux-là même qu'il repoussait que Descartes put éviter de grandes erreurs.
Ainsi, toute cause métaphysique était exclue de la formation de la société, que Ton faisait produire et organiser par une seule puissance^ la liberté, le droit de Thomme. Dès le moment ou elle rejetait tout principe supérieur qui explique ce que la raison ne saurait expliquer, la philosophie cartésienne Jusqu'à sa dernière manifestation avec Hegel , était la théorie de l'omnipotence de la raison ; mais le rationalisme ne*'peut faire que des conquêtes précaires. Du reste^ ses premiers disciples sortirent des voies qu'il avait tracées; Malebranche introduisit les causes occasionnelles, et n'acceptant pas l'existence des corps, il ne reconnut que celle des esprits ; le juif Spinosa fit une science du panthéisme^ admettant un être unique, une pensée unique ; Locke popularisa la métaphysique avec des simplifications qui suppri-
« supprimait les oreilles, les langues et les -nez, il resterait bien les figures, les « nombres et les moayements, mais non les odeurs, les saveurs et les sons, « lesquels, en dehors de Tanimal Tivant, ne sont, à mon a?is, que des noms; « de même , je ne vois qu'un nom dans le chatouillement et la tiUllation, si « Ton retranche les aisselles et la peau autour du nez. »
Jean-Baptiste Vico, qui d'abord critiqua Descartes, tout en Tadmirant, fait la réflexion sagace que Taxiome je penscy donc je suis, ne prouve que le phénomène; or, les sceptiques ne nient pas le phénomène, mais sa réalité, et ne doutent pas de la conscience, mais, de sa validité ( De nosiris temporibus studiorum ratione; 1708). Il termine en disant que ce ne fut pas sa méthode, mais son génie qui éleva Descartes à une si grande hauteur : chez lui, Térudition apparaît à travers Paridité affectée de sa raison ; de même, alors qu'il abolit le passé, il laisse voir combien il était l'objet de ses méditations*
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maicnt les difficultés au lieu de les résoudre; Leibniz combattit le sensualisme y en soutenant que la foi seule peut concilier les deux termes de la connaissance^ le moi et le non-moi. Les Italiens admiraient^ imitant l'un ou l'autre.
Le Sicilien Michel-Ange Faldella- s'éloignait en plusieurs points loso-nis. de V Analyse divine de Descartes, notamment sur- la certitude , et ne croyait point que l'existence du monde extérieur fût démontrée; mais il opposait à Tidéalisme de Malebranche son propre argument, c'est-à-dire que l'existence du monde extérieur ne peut être démontrée que par la révélation. Les idées, selon lui, étaient la perception des choses ; toutefois, il en admettait quelques-unes d'innées, qui n'étaient pas néanmoins des images dans l'esprit, mais une disposition de celui-ci à les exciter sans impulsion extérieure. Cependant , pouvait-il se soustraire au panthéisme, alors qu'il posait comme unique substance l'être infini^ dont les au très n'étaient que des manifestations?
A Naples, l'académie des Investigateurs, protégée par le marquis d'Aversa, secoua le joug d'Aristote, s'éprit des doctrines de Gassendi, de la philosophie atomistique d'Épicure et de Lucrèce Caro, bien qu'elle fît des réserves en faveur des croyances catholiques. Plus tard, le médecin Thomas Cornelio y fit connaître Descartes, et ce philosophe devint à la mode. Les novateurs faisaient déserter les écoles des moines, qui les dénoncèrent comme dangereux à l'inquisition de Rome, laquelle commença quelques procès; l'autorité, non-seulement s'y opposa, mais lui relira la faculté d'exercer des poursuites dans le royaume. Jean-Baptiste De Benedictis, jésuite de Lecce, dans les Lettres apologétiques pour la défense de la théologie scolostique et de la philosophie péripatéticienne y flagella les nouveaux philosophes, et principalement Thomas Cornelio, Léonard de Capra^ François d'Andréa, qui lui répondirent. Le carme Élie Astorini de Cosenza, qui abandonna le péripatétisme pour la philosophie nouvelle, fut poursuivi comme hérétique ou magicien; il s'enfuit donc à Zurich, puis à Bâle, et parcourut diverses contrées de l'Allemagne, partout honoré et recherché comme professeur; mais, en voyant tous ces maîtres de théologie se combattre et s'excommunier les uns les autres, il se persuada que l'unité catholique pouvait seule satistaire l'esprit; il écrivit donc avec érudition et de solides raisonnements contre les luthériens et les calvinistes. Absous par l'inquisition, il fut chargé d'aller prêcher à Florence et à Pise, où il fit un cours de mathématiques, puis à Rome; enfin, fati-
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