JOURNAUX. ÉRUDITION
et communiquer les nouvelles; elle créa doqc les journaux poli* tiquesy qui .furent appelés gazsette du nom de la,ii\onQaie avec laquelle on les payait. ,Us se réfi^dirent, et.lfi mé^eçip Renaudot les imita çn F]ranoa on 1^1 ; d'auti^çs natbn^ en publièrent également ; mais Voltaire racontait,, comme une meryeîile que de son temps il panùssait à Londres djouze le^iiles par s^mîûae. Le Génois Jean-Pafil JMaraiyi publia à Paris l'Espion tfircy dans lequel il suppose qu'un scrupuleux musulman vi^ite^ trave^i^la capitale de la France (de. 1635 à i683^,et m écrit à.des conoi^triotesderangsdivers. Différents auteurs contii^uèrent cette oeuvre^ dont les^premjers. volumes . fuirent tradAV'ts en anglais,. comme les dernier^ d§ l'anglais en français. Vidée d'i^a.Turc qu^,j^f-it ta^t est fausse au fond; cependant on aimait la sérieuse indépendance avec laquelle un étranger jugeait les ridicules et les frivolités de notre société; les observations, faites d^m point de vue différent^ sur les événements, les an^dotes, la politique » les questions théologiques et métaphysiques d'alors.
En 1665 avait paru à Paris le Journal, des $avçi,nU^ q\x\ fut bientôt suivi du Mercure gafant^ puis de$ journaux de Trévoux et de Verdun, lesquels donnaient un résumé des nouveaux ouvrages plutôt qu'ils n'en faisaient l'examen critique. A leur imitar tion, le Bergamasque François. Nazzari commença à Rome, en 1668, le Journal des gens de lettres; interrompu en 1679, il fut repris en 4686 par Benoit Bacchini de San-Donnino, qui le remplissait presque en entier lui-même^ bien que les matières fussent très-diverses. «( . .
Alors on comprit. rim{y>rtance des vieux écrits : Jean-Pierre Puricelli com{)ulse les archives milanaises ejt publie Ambrosianse basiticâ^ monumeitfa; Félix Osio, égajeipent Milanais^ met m jour les chroniques d'Alberttn Mussato, de Rolandino, des Morena^ des Gortusi et d'autres. Camille Peljegrino en fait paraître beaucoup d'autres coQcernant le royaume de Naples; Caruso Jean- Baptiste, qui avait abandonné les scolastiquçs pour l'école de Descartes et de Gassendi» $e rendit. à Paris, où il connut les écrivains les plus distingués; sur les conseils de Mabillon, il se livra aux recherches historiques, et les étendit jusqu'à sa patrie (i).
L^histoire ecclésiastique devint l'objet d'études remarquables^ surtout de la part de BÎaronius. Ses Annales furent commentées
(1) Mémoires de la Sicile; Bisterix saracenosiculx varia monumenta; BibUùthêca historix siçili».
HISTQIAE SACa££. 39 J
par le franciscain Antoine Vb^. qui en corrigeait les erreurs
année par année. Od<^Hgo Rinaldi, Trévisan de TOratoire, les
oontînuft de H98..à 1565« puis les résuma^ dans un. style plus
correct que celui dont alors on faisait usage. Les Vies des papes
ei des eardémmc de Ciacconio furent continuées par le père Âu-^
gustin Oldoîni et André Vittorelli. Le Polonais Abrahaof) Bzovius,
venu en KiiUe comme dominicain, continua les vies, des papes et
BHronius(liV .auquel peuvent servir d'introduction les Annales
de V Ancien, TeMament du Navarais Augustin Tomielli. h" Histoire
générale des-concUes de monseigneur^ Mare BtltagVini est prolixe
et de critique inexacte^ comme celle des Hérésies de Bernini, fils
du scplpteur.
Ferdinand Ughelli, cistercien de Florence, donnai b^ série des évéques d'Italie, classés selon ses vingt-six provinces, en raccompagnant de documents. Mazarin lui envoya une riche horloge, et poussa . les Français à l'imiter dans la Gaule ehrétiennej dont le premier volume parut douze ans après la mort d'Ughelli. Le Vénitien Nicolas Coleti le oontinua jusqu'en 1733 ; Rocco Pirro y ajouta làSicife sacrée, et César Caracciolo, la Naples sacrée. La Mer océanienne de toutes les religions du monde de Sylvestre Maurolico( Messine, 4613 ) mérite à peine d'être nommée.
Henri Noris, de Vérone, épris de saint Augustin, entra dans son no^ ordre et. écviyitV Histoire du Pélagianisme. Les jésuites l'attaquèrent avec un éclat scandaleux, comme tombant dans les erreurs courantes relativement à la grâce; mais Rome le soutint, et le grand-duc Cosme ITI le fit venir à Pise pour une chaire d'histoire ecclésiastique; dans cette ville, il publia des travaux sur les céno- , \taphes de Caïus etXucius, fils;de Vipsanius Agrippa, sur les origines de la colonie fôsane, puis sur les ères de quelques villes de l'Asie. Innocent XII le nomma gardien de la bibliothèque du Vatican, puis cardinal ; loin d'être détourné de ses études par les distractions et les occupations de sa nouvelle dignité, il écrivit encore l'histoire des donatistes et celle des investitures. Anselme Banduri^ bénédictin de Raguse^ élevé dans lltalie qu'il ne quitta Jamais, (Miblia différents ouvrages sur l'histoire ecclésiastique, YImperimn orientale, les Numismata imperatorum romanorum. Le père Fortuné Scacchi, d'Ancône^ écrivit sur les saintes huiles
(1) Le 1S juillet, Pignoria écrivait : « Pour écrire Thistoire, il faut autre chose n que de fa vivacité de tète, et le père Bzovius aura beaucoup à faire pour ron- « llnuer Baronins, ^ Végard duquel longe, erif a primo quisç'ue secundus « erif. >' • ..•.•.■.'•
39â UtSTOlEK bACRÉ£.
{Sacrorum oleochrismatum myrotheciumsacroprophanum, 16:25»); Octa\i; Ferrari, sur les épttres ecclésiastiques (i61S], et les discours sacrés; Galantî, de Monza, elle Bassanais André Vîttorelli^ sur d'autres points de liturgie. Jean Macario fit une Hagioyiypta sur les peintures et les sculptures chrétiennes^ publiée nag^uère. Le cardinal Querini mit au jour des livret liturgiques grecs ; Alexandre Zaccagni tira de la bibliothèque du Vatican des docu-
17M. roents sur les premiers ftges de TÉglise ; le cistercien Jean Bona, de Mondovi, prieur d'Asti, puis cardinal, fit le remarquable ouvrage Rerum liiurgiearumy la Divine psalmodie , explicatioa de l'office avec de curieuses recherches sur sa signification , et les Principes de la vie chrétienne , livre comparé à Vlmitalùm de JésuS'Christ.
Joseph-Marie Tommasi, fils du duc de Palma et prince de Lampedousa, avait trois sœurs religieuses et un oncle moine ; il se fit lui-même théatin et parvint au cardinalat; après avoir étudié les langues orientales sous le juif Moïse de Calvi, il publia beaucoup de choses liturgiques fort rares (Codices saeramentarum nongentis annis vetustiores^ 4680), des responciers et desantîphonaires ; sa grande charité lui valut d'être béatifié. Clément Galano, deSorrento, qui passa douze ans dans l'Arménie, occupé de missions et de la recherche de documents historiques, fit paraître, en latin et en arménien, ta Conciliation de cette Eglise avec celle
1009, de Rome. Le Romain Jean Justin Giampini fonda une académie pour rhistoire ecclésiastique, puis une autre pour les sciences naturelles, sous les auspices de la reine Christine ; il recueillit une riche bibliothèque, des statues, des antiquités, et laissa trop de dissertations pour qu'elles puissent avoir un grand mérite; parmi ces dissertations, dont beaucoup roulent sur des matières ecclésiastiques, la plus importante est celle des Édifices sacrés de Constantin^ avec les Vetera monumenta, travaux où il donne Forigine des premières églises , la manière dont elles étaient construites et ornées de mosaïques; il discute même le point de savoir si dans k; principe on employait le pain azyme, question pour laquelle Bona et Mabilion avaient déjà engagé une lutte; en outre, il examine le Livre pontifical et les Vies des papes d'Anastase le Bibliothécaire.
Le Messînois Jean-Antoine Viperano, évêque de Giovenazzo, avait dès 1569 publié De scribenda historia, avec de bons préceptes ; puis le Ferrarais Ducci fit paraître, en 1604, un Ârshistorica, qui n'est guère qu'une traduction l'Art historique d'Au-
rRÉCElTKS HISTORIQUES. 393
gustin Mascardi de Sarzane (iôSO), si vanté par Tiraboschi. Selon lui^ il ne faut pas que le style en soit plus élevé que dans le genre délibératif; puis^ comme les guerres y jouent le rôle principal, la tragédie ne doit point être rapetissée par des récits détaillés ni par la minutieuse exactitude de la chronoloRie et de la géographie; il exige la vérité^ mais avec beaucoup d'égards pour les grands^ auxquels, il est vrai, il conseille d'être bons^ comme Punique moyen d'obtenir l'indulgence des historiens. Les écrivains qui, racontent leurs faits personnels lui inspirent peu de confiance; il voudrait que l'historien fût philosophe , versé dans la science so^ ciale, et digne d'exercer les arts éducateurs des peuples , qui sont la peinture, la poésie, l'instruction morale et historique ; comme tous les rhéteurs , ses pareils, il approuve les discours , mais à la condition qu'ils seront amenés par le sujet; il veut que le style historique soit tel qu'il conserve les images et Tharmonie de la poésie, non ses fictions et sa mesure.
Si l'on veut apprendre cet art^ il faut recourir aux historiens eux-mêmes et plus encore aux hommes^ au lieu de consulter cet écrivain et surtout les exemple^ qu'il a donnés dans sa Conjuration de Fiesque.
Le Mantouan Antoine Possevino, dans la Bibliotheea seleetay isM-idii. offrit; avec les règles principales et un jugement souvent sensé sur les écrivains des sciences, une espèce d'encyclopédie et une méthode pour étudier chacune d'elles. Ce travail est complété par VApparatus sacer, catalogue raisonné d'environ six mille auteurs de choses ecclésiastiques , avec beaucoup de manuscrits. Après avoir servi dans les cours, il se fit jésuite, et fut employé dans les affaires , surtout contre les protestants du Nord ; sa descri[)tion de la Moscovie (1586) est le premier livre qui nous fait connaître cette nation, encore isolée.
La Mappemonde historique du père Antoine Foresti , jésuite ( Parme 1600), doit être mentionnée comme le premier essai d'une histoire universelle. Il publia six volumes; Apostolo Zeno en ajouta quatre, dans lesquels il traitait de l'Angleterre, de l'Ecosse, de la Suède, du Danemark, du Holstein et de la Gueldre : dans le onzième^ Dominique Suarez parla des khalifes ; dans le douzième, Silvio Grandi^ de la Chine.
D'autres Italiens s'occupèrent de pays étrangers. Antoine-Marie Graziani de Borgo Saint-Sépulcre, accompagné du cardinal Ck)mmendone, parcourut pendant vingt-cinq ans rAUemagne et la Pologne, fut nommé secrétaire par Sixte-Quint et, par Clé-
3M Bi^NnyoGUo.
ment vm, éyfygae d'Amelia ^ oatmla gqeire de Gbypre» il raconta .( De êcriptiê ifwita Minerva ) les voyages de son frère Louis dans toute l'Europe, en Palestine, en Egypte, sans négliger de faire connaltro les événemenis et les mœurs de ces pays ; puis il exposa les faits qui lui étaient personnels, en s'étendant beaucoup sur la Pologne. Le Véronais Alexandre Guagnini combattit pour ce paysj où il fiit naturalisé ; il écrivit Rerum Pohnicantmr libri tresy oeuvra capitale par le style et les faits.
Le jéspite Pierre Maffei, de>Beif;ame, sollicité par. le prince Henri de Portugal, décrivit ea latin jtrès-pur. les choses des Indes orientales. Jean-François. Abela publia sur Malte, en 1647 , des travaux remplis d'érudition. Le Vicentin Guaido Priorato, après avoir combattu longtemps dans les guerres de TAllemagne, puis servi dans la diplomatie, fut nommé historiographe par Léopold Y^ : il écrivit les histoires de Ferdinand II et ill, de Waldstein,de Mazarin, des princes de Savoie, toutes remplies de vanité et de passion. Lb Ferrarais Jérôme Fallelti ( De beiio skamhrico) raconta les guerres de CharlesrQuint avec les Français dans les Pays-Bas, et contre la ligue de Smalkalde.
i57o-i(Mft. Le faste et la générosité du cardinal Guido Bentivoglio, de Ferrare, l'avaient contraint à se charger de dettes ; pour les éteindre, il ne rougit pas de vendre son palais et de cestreindre ses dépenses. Nonce apostolique dans les Pays-Bas pendant neuf ans, il .en raconta les guerres dans un italien dépourvu de finesse et de grâce , avec des remplissi^es inutiles» des phrases décolorées, des allures symétriques , une harmonie forcée , à laquelle il sacrifie la simplicité et la brièveté; lorsqu*il veut être ingénieux, ce qui lui arrive rarement, il tombe dans des antithèses et de fades jeux de mots; mais ses mémoires et ses relations des cours de la Flandre et de la France sont précieux, et il caractérise bien les hommes ; toutefois, dans le dessein peut-éitre de se montrer impartial, il s'arrête à la surface, et, se. complaît dans la partie la plus ftttile de l'histoire, la description des faits d'armes. Les six livres des guerres de Flandre de Pompée Giiistiniani ( 1609 ) n'ont de valeur que par ces mêmes faits; don François Lanerio, fils du duc de Carpi (1615), qui, bien que soldat^ n'assista point aux batailles, a résumé, dans un style faible, les guerres de Flandre.
Le Bolonais Guillaume Dondini,. jésuite» raconta en latin les expéditions d'Alexandre Farnèse; mais^ pour les choses de Bsl-
15^2.1649. gique, le père Famiano Strada, de Rome, obtint une plus* grande renommée. Le cabinet de Madri<i hiiiiournit beanmiip de docu-
SiaADAr DAVILA. 395
meiÉfcs; oéanmoins, jl ignore.. les .&its reteiifs aux protestants; Étranger à. la pi^Uique et à, Fart .militaire, il y supplée par une morale sévère mais générale, comme dans un livre destiné aux écoles. Admirateur de Tite-Live, il le surpasse en prolixité, et fait des digressions à tout^propos, ce qjui faisait dire à Bentivoglio : <i Le défaut de Strada est.de .sortir de strada {chemin), » Il est vrai qu'avec ces digressions il no^s <a conservé beaucoup de par* ticularités sur les personnages qu'il Récrit, ILn'acheva que deux décades ; à partir de 1590 jusqu'à l,a trêve de 1609 il fut continué par un autre jésuite, Ange Galluccio, de Maeerata (i).
Gaspard Scioppius, auteur d'une Grarntnatica philosof^hica^ brouillé avec les protestante), ^u'U avajt laissés, avec les jésuites, dont il repoussait les doctrines, avec les gens de lettres, qu'il censurait , lança contre Strada VInfamia Famiani, où il signalait beaucoup d'expressions barbares, qui du reste Toffensaient encore dans les écrivains les plus corrects, dans Manuceet Maffei. Cependant, Strada fit preuve d'une grande connaissance du latin dans les Proltisipnes, préceptes et exemples de rhétorique ; dans cette œuvre, eotre aiutres épreuvejs, il imagine, chose très-difHcile à réaliser, une académie où quelques écrivains fameux du siècle précédent lisent chacun une composition, en reproduisant la manière d'un des plus grands poêles latins : Liicain est imité par Bembo, Claudien par Castiglione, Ovide par Hercule Strozzi, Virgile par André Navagero, tandis que Querno, a instrument d'érudite volupté, » improvisa à Léon X des choses étranges. Quel qu'ait été le résultat de cette tentative, il faut être bien familiarisé avec les classiqpes pour avoir la prétention de contrefaire chacun d'eux.
Le Padouan Davila prit les noms de Henri Caterino du roi et 1575-1031. de la reine de France , qui avaient comblé de bienfaits son père après son expulsion de Chypre, où il était connétable. Il décrit les guerres civiles de la France, auxquelles il prit part, avec l'art et souvent l'esprit des anciens y avec une sage disposition et perspicacité ; exact dans les faits, ayant la connaissance des lieux , des mœurs , du caractère, il ne se laisse point égarer par les hypocrisies familières aux partis; réaliste pl^s que catholique, et apologii^ de Catherine de Médicis, il considère lu politique
(1) Notis utoDS encore Gverre de la "Germanie ' inférieure, de Jérôme C6- NESTAG610, de Gêne», 1634 ; Entreprise de Flandre d'Alexandre Farnese, de CésAR Camp\na, 1595; etc., etc.
396 VOYAGEUIIS.
comme ud jeu des forts et des fourbes, et ne condamne le massacre de la Saint-Barthélémy que parce qu'il n'a pas atteint le but. On a dit qu'il faut se défier de Davila quand il loue la cour^ et deDeThou quand il la blâme. D'un style incorrect, étranger à Tart de la période, il écrit avec un abandon prolixe, et se complaît aux minuties comme celui qui s'est habitué à observer dans les antichambres. Insulté par Thomas Stigliani , homme de lettres de Parme, il \p défie et le tue; alors il se met à la solde des Vénitiens, pour lesquels il combattit dans le Levant ; puis il fut nommé gouverneur d^ Brescia, où il publia son ouvrage ; quelque temps après, tandis qu'il se rendait à Gréme, dont il avait obtenu le gouvernement, il périt assassiné sur la route.
Les rapports des ambassadeurs, dont l'Italie offre une large moisson, surtout Venise et Florence, sont d'excellents matériaux pour l'histoire; simples avec gravité, marqués au coin d'un jugement solide comme émanés de personnes exercées aux affaires, ils apprécient les temps sans les idées préconçues des historiens.
Les résultats des voyages ne répondent pas à l'attente. Le Florentin Cosimo Brunetti, Jean-Baptiste Jérôme et Vecchietti de Gosenza firent des voyages et observèrent, mais sans publier leurs relations. Le Romain Pierre de la Valle décrivit, après 1614, la Turquie, la Perse et l'Inde dans des lettres prolixes, futiles, et se montre accessible aux fables; mais il offre d'érudites comparaisons et s'appuie sur des documents. Scipion Amato, jurisconsulte romain, donna l'histoire du Japon , où il avait pénétré comme secrétaire d'ambassadeur. Le Bolonais Hercule Zani, parti en 1669 pour un long voyage, dont la relation fut publiée après sa mort, trouva à Moscou beaucoup d'Italiens, occupés principalement à la fabrication du verre. Le Napolitain François Gemelli Carreri fit par terre le tour du monde en 1698, et sa relation, disposée avec méthode , fut traduite en plusieurs langues. Il ne connaissait pas les idiomes des pays qu'il visita> et s'en rapportait parfois aux relations des autres, fussent-elles d'un missionnaire qui lui parlât d'hommes pourvus d'une qneue ; s'il est encore vrai qu'il donna comme vu ce qu'il avait seulement ouï dire, les récentes investigations ont démontré son exactitude sur beaucoup de particularités; en effet, alors que des écrivains affirmaient légèrement qu'il n'était jamais sorti de Naples, Humboldt reconnaissait que Gemelli ne pouvait avoir décrit, sans les avoir vus, les pays visités par ce même savant , surtout le Mexique et les Philippines.
GÉOGRAPHES. RIGCIOLI. 397
Le Vénitien Livio Sanuto» aspirant à être le Ptolémée de sa ville natale, inventa des instruments afin de préciser les observations astronomiques, lut des voyageurs , des historiens et des journaux pour rendre les cartes plus exactes, et publia la Gëo^ graphie en douze livres (4588), en divisant la terre en trois continents, Ptolémaïque , Atlantique et Australie; mais il n'acheva point son ouvrage. Sa description de l'Afrique est surtout importante; il croit encore nécessaire de s'étendre longuement sur les preuves qu'il donne pour démontrer que le Mexique n'est pas le Cathay. Le père Vincent Coronelli, qui écrivit une foule de livres, fut appelé à Paris pour faire deux globes de douze pieds de diamètre, plus fameux par les inscriptions dont il les orna en l'honneur de Louis XIV.
Le jésuite Jean-Baptiste Riccioli, deFerrare, dansla Geographia i598-i67i. et hydrographia refarmaix, se proposa de faire.mieux que les anciens; il commença donc par comparer les diverses mesures, dont il se fit envoyer les types par ses confrères de tous les pays ; mais comme il les rapporta au pied romain, dont la longueur est incertaine, son travail resta sans fruit. Il tenta une mesure de la terre avec des méthodes qui ne pouvaient alors, à cause des illusions delà réfraction horizontale, donner un résultat rigoureux. Sa géographie contient environ deux mille sept cents positions, dans les ' longitudes desquelles il ne se trompe que de huit degrés ; Delisle (i ) coinmit donc une bévue inqualifiable en raccourcissant la Méditerranée de trois cents lieues, et l'Asie de cinq cents, tandis que, quarante ans auparavant, Riccioli avait réduit la Méditerranée de douze cent soixante lieues à huit cent quatre-vingt-deux, mesure qui ne diffère de la véritable que dé quarante-cinq. Voulant encore réformer la chronologie, il exposa les faits particuliers à chaque peuple ; après avoir examiné jusqu'à soixante-dix systèmes sur l'année de la naissance du Christ, il préféra l'année 5634, selon les Septante; puis, il forma une Chronique des principaux
(1) Cette assertion provient de l^éioge de Fonteoelle, et on la répète généralement; la Biographie universelle consieni elle-même des mérites de Riccioli. Les cartes de Delisle parurent en 1699, et l'ouvrage de Riccioli en 1666. Ce géographe place entre Gibraltar et Jérusalem la différence de 47° 37' qui sous ce parallèle valent 714 lieues marines, ou bien neuf cent quatre-vingt-trois lieues de vingt au degré. La différence n'est donc que de 40** 25' 40", équivalant à six cent six lieues marines, ou huit cent quarante-huit lieu<f8 communes. Si Ton supprime les onze lieues qui séparent Jérusalem de Jaffo, prise pour Textréffiité orientale de la Méditerranée, on aura huit cent quatre-vingt-deux lieues selon Riccioli, et huit cent trente-sept, qui sont la mesure véritable.
398 EAIMONIiI*
événements du noonde, depuis la création jusqu'en 4668, et 1^ Tables chronologiques des rois, des conciles, des hérésies. Toutefois^ ni lui ni Vecchietti^ De anno primUiw^ m Léon AUaoci, I>e mensura tempomm n'atteignirent au mérite chronologi<iife de Petau ou de Scaliger.
La littérature orientale fut l'objet d'études sérieuses, mais toujours au point de vue exclusif de la BiMe. Frère Mario, de Calusio dans les Abruzzes, outre la Grammaire et le Dictionnakre hébraïques, fit les Concordanceê bibliques, dans lesi]pielles il adopta la méthode suivie par le rabbin Isaac Nathan dans un ouvrage semblable^ imprimé à Venise en 1524 ; mais il corrige beaucoup d'erreurs de l'auteur juif^ et signale l'identité de plusieurs mots hébreux avec ceux d'autres langues orientales. Les coneàrdances furent imprimées après sa mort (1621).
Le Grémonais Jean-Baptiste Raimondi^ dans nn long séjour en Asie, se familiarisa avec les langues du pays; le cardinal Ferdinand de Médicis lui confia la direction de son imprimerie^ dans laquelle furent imprimés, avec quatre caractères arabes, les Évangiles en 1591, la Géographie d^Edmi en 1592, Avioenne en 1593, Ëuclide en 1594, impressions bien supérieures à tout ce 4]u'on avait vu jusqu'alors. Il mettait en ordre tous les livres orientaux que l'on envoyait à Rome; il prépara une Grammaire arabe et une Bible polyglotte, qui fut interrompue lorsque Ferdinand devint duc.
Philippe Sassetti, marchand florentin, versé dans les lettres, rempli d'allusions aux poètes et à l'histoire de sa patrie, voyagea dans les Indes de 1578 à 1588, et décrivit ces pays dans de bonnes lettres, pleines d'utiles renseignements, bien qu'il crût lui-même aux vertus mystérieuses des corps. Il parle souvent de l'ananas; le premier, il fit connaître à l'Europe le sanscrit, et trouva dans cettedangue de la ressemblance avec nos idiomes (1). Le missionnaire Robert Nobili connut si bien cette langue, qu'on lui attribua la contrefaçon des livres védiques. Le père Paulin, allemand d'origine ( Jean-Philippe Werdin de Hoff), italien d'adoption, s'appuyant de l'opinion de Marc de la Tomba, versé dans les choses sanscrites, niait l'existence des Yédas. Frère Basile de
(1) « La langue est agréable par eUe-méme et d^un beaa son, à cause de ses nombreux éléments qui vont jusqu'à dnqoante-trois, et tous sont justifiés; on les fait tous naître des divers mouvements de la bouctie et de la iaague... Dans eette langue, il y a beaucoup de nos mots. Dieu, serpent, et une foule d^aotrès, et, parmi les nombres^ le 6, le 7, le s et le 9... »
Lif
Oai£NTALIST£». 399
Glemoua, orientaliste de première force, qui aplanit la voie à rétude scientifique du chinois en Europe, fut regardé comme Portugais; mais il est démontré aujourd'hui que c'était Basile BroUo, né en 1^48^ à<Ylemona^ dans le Frioul. Après être entré dans Tordre des Minètirs observants, il partit comme missionnaire en 1680, et pénétra dans le royaume de Siam, où il se mit à étudier le chinois; nommé par Clément XI vicaire apostolique de Chen-si, il y mourut, en 1704 (1).
François Negri, de Raveûne, surnommé lé père des pauvres et le protecteur des orphelins , amena le pape et le cardinal Rasponi a fonder rhospice des Catéchumènes; la lecture d^Olaûs Magnus lui ayant inspiré le désir de Visiter les terres d'Europe les plus septentrionales , il arriva en 1666 jusqu'au cap Nord, à travers des périls qui étaient alors cent 'fois plus redoutables qu'aujourd'hui; il écrivit sur ces pays huit lettres (imprimées après sa mort), avec un style assez bon, des faits d'histoire , de nature et de politique conformes à la vérité, sans' négliger de corriger les erreurs des autres. Néanmoins, de nos jours, un Italien s'est vanté d'avoir le premier viâité cette partie extrême de l'Europe ; mais il laisse grandement soupçonner qu'il n'a fait ce voyage qu'en songe. Negri fut curé de Sainte-Marie in Cœlo eo , où il iHontra à Montfaucon, qui était alté le visiter, un rosier sous lequel quarante personnes pouvaient s'abriter.
L'érudition, en s*applîquaât à l'étude des antiquités , péchait encore par sa futilité minutieuse , mais elle faisait preuve d'une sagacité plus judicieuse; si, dans lé siècle précédent, on avait cru à'Annius de' Yiterbe, alors on convainquit de mensonge les Etruscarum antiquitatum fragmenta y publiés en 1632 par Curzio Inghirami, trompé ou trompeur. Jean-bominique Bertoli d'Udine traita, en 1676, des antiquités d'Aquilée, qu*il fut le premier à recueillir, en enipéchaifit qu'on les employât à des constructions ou bien à des fours. l<azare-Ângustin Cotta, d'Orta, organisa le musée de Novare (17ld], fit la description du lac Majeur et d'autres travaux d'érudition suffisante, en puisant dans la bibliothèque Ambroisienne. >
Philij^pe Paruta appliqua la numismatique à l'histoire dans la Sicile décrite avec des médailles (161^), ouvrage accru par d'autres, surtout par Torremuzza. Vincent Mirabella démontra la
(i) Mémoires du père Basile de Glemona rktr Vabbé Pierre de la Stua; naine, 1775.
400 FAlRKTTf.
haute antiquité de Syracuse, et Prosper Parisio celle des plus rares médailles de la Grande Grèce.
D'autres se fixèrent sur les inscriptions relatives à chaque pays^ bien que la critique , encore faible , fit tomber dans des erreurs , qui étaient ensuite copiées de confiance par les numismates postérieurs (i).
IS1I-17M. Raphaël Fabretti d'Urbin, auditeur du nonce en Espagne ^ se plongea dans les études classiques; il connut les savants de son temps, Ménage, Montfaucon, Hardouin, Mabillon. De retour à Rome , avec un riche emploi^ il traita des eaux et des aqueducs romains^ monuments qui offrent autant de merveilles aux curieux que de problèmes aux savants. Au-dessous des belles gravures de la colonne Trajane de Bartoli , Bellori avait placé des descriptions remplies d'erreurs, non moins que les éclaircissements latins de TEspagnol Chaccon. Fabretti , corrigeant et suppléant, fit sur cette colonne (4683) un des travaux d'archéologie les plus érudits et les plus sages; il fut l'un des premiers à établir des comparaisons entre les figures des divers monuments pour en déduire le caractère et la signification. Dans ses travaux sur la Table, iliaque du Gapitole , il se servit de ces comparaisons avec les monuments et leurs descriptions ; en parcourant la campagne de Rome avec un cheval qui avait contracté l'habitude de s'arrêter partout où se montrait une antiquité , il avait décrit un grand nombre de nouvelles épigraphes. Le cardinal Carpegna Tavait chargé de l'inspection des catacombes , et lui donnait toutes les inscriptions qu'il en retirait; il en tapissa sa maison , et en acheta beaucoup d'autres, toujours favorisé par les pontifes Innocent XI, Alexandre VIII , Innocent XII.
Il publia en huit classes quatre cent trente inscriptions, fruit
(t) Voici une preuve de l'état d'enfance où se trouvait la philologie. l\ y avait une inscription sur l'église de Saint*Georges in Pallazzo à Milan ; comme les Italiens ne savaient pas la lire, elle fut envoyée par Jean-Pierre Puricelli à Luc Holstenius {Holste)^ à Rome, où l'apporta Léon Âllaci; Puricelli croyait qu'elle était arménienne, russe, esclavone ou gothique, « langues qui ont des caractères semblables au grec ». Luc s^aperçut qu^elle était latine avec des lettres grecques très-grossières ( Lettre du 2 août 1647, dans le Catalogue de Crevenna }. Un autre savant milanais, Castiglioni, affirmait qu'il y avait eu à Saint- Vincent in Prato un temple de Jupit4>r, parce qu'on y trouva une pierre avec cetle inscription D. lOYI ET PROBO Y. Holstenius déclara que ce devait être un fragment, qu'il fallait compléter ainsi : arcaDlO. YI. ET. PROBO. V... con. ; c'est-à-dire Arcadius étant consul pour la sixième fois, et Probus pour ta cinquième.
de ces études et recherches; puis^ continuant ses travaux , il en fit paraître quatre mille six cents avec des notes érudites et sobres. C^est le prerxHer recueil qui ne fourmille pas d'inscriptions bâtardes; outre la correction typographique , chose de la ^lus haute importance en pareille matière, les épigraphes sont disposées de manière à s'aider réciproquement. Gronovio , dont il avait signalé beatioQupde bévues^ lui répondit aigrement^ et Fabretti lui répliqua dans un langage aussi peu mesuré.
Rome fut toujours le champ des plus grandes recherches^ et Fakonierf compila dans cette ville les InscripHones (Ubleticœ. Laurent Pignoria , Tun des hommes de Térudition la plus vaste , qui tenta de soulever le voile des hiéroglyphes égyptiens et d'expliquer la l'Me isiaque , écrivit sur les antiquités de Padoue (1). La plupart des érudits qui traitèrent de quelque partie des antiquités ont perdu toute valeur depuis les récites découvertes.
Le Véronais François Bianchini , bibliothécaire de la maison i6d2-i';ao. Ottoboni , tenta un mode particulier d'histoire universelle (1691) : là où les écrivains se taisent il a recours aux monuments pour déterminer la chronologie ; il explique beaucoup de symboles , et s'aperçoit que plusieurs regardés comme des faits , ne sont que des mythes ; la guerre ée Troie , il lui donne pour cause le comnierce , dont Hélène personnifie la liberté , et c'est ainsi qu'il poursuit l'explication de la mythologie. H n'arrive que jusqu'à la fondation de la monarchie assyrienne , et les découvertes postérieures fui ont fait perdre sa valeur. Très-versé dans les mathématiques, il fit diverses découvertes sur Vénus, et, a{H*ès avoir tracé un méridien dans la Chartreuse de Rome^ il se proposait de le prolonger jusqu'à l'Adriatique et à la mer Tyrrhénienne. Ces travaux ne le détournèrent pas de l'archéologie ; traitant du columbarium de la famille d'Auguste, alors découvert sur la voie Appienne, il jette des lumières sur les habitudes romaines ^ et signale dans la
(0 Characteres asçyptiit Venise, ie05 ; Mensa isiaca^ 1669. Le plus insigne . document égyptien que Ton possédât avant les récentes découvertes était la Table isiaque ôe bronzé, longue de cinq pieds et large de six, couverte d^un émail noir, sur lequel sont dessinées des figures à contours d^argent Après le sac de Rome, un forgeron la vendit au cardinal Bembo, du mufiée duquel elle pas»a à celui de Mantoue. Dans le sac de l63d, elle fut volée, et l'on ne sut pas ce qu'elle était devenue, jusqu'au moment où, un siècle après, on la trouva dan$ le musée de Turin ; c^est encore là qu'elle se conserve (après avoir été dans le musée Napoléon à Paris ). Les principaux anliquaires l'ont étudiée, bien que Ton croie aujourd'lmi qu'elle n'est pas un travail original, mais des tenf»ps de Temperear Adrien.
BIST. nBS ITAL. — T. IX. ?C
402 vifio. ,
maison de ce prii)ce environ six raille esclaves > dont le travail était trèa-subdivîsé : un ne faî&fiitque peser la laine filée pat Plmpératrice ; un autre gardait ses l>oucle8 d'oreille , un troisième soignait sa petite chienne.
Bien que ces études auxiliaires étendissent les connaissancps de l'histoire plutôt que ses points de vue, le monde se oonnaîssait mieux lui- méftie, et devenait toujours plus apte à comprendre cette continuité d'événements qui relie les générations anciennes I068-17M. à celles d'aujourd'hui. L'histoire fit donc un grand pas ; car elle s'élevait de l'art pur ou de la narration à la dignité de la phiiosophie, en dégageant du drame des événements Ja moralité supérieure , en considérant les hommes comme une seule famille, en .souniettimt les faits à une seule idée qui aidât à deviner ceux de l'avenir.
Dans cette voie figure au premier rang le Napolitain Jean-Baptiste Yico , auteur de livres dans lesquels on lit beaucoup plus que ce qui est écrit, et dont tous parlent avec admiration, bien que très- peu les connaissent. Né d'une famille pauvre, élevé comme on le fa'sait alors, à seise ans il. prononce, un discours pour défendre son père , et déploie tant de connaissances qu'il excite l'étonnement. Renonçant au barreau , il va enseigner la jurisprudence aux neveux de Tévéque dlschia dans le château solitaire de. Vatoila, où il passe à méditer sur quelquea livres les neuf. ans de sa jeunesse la.plus splendide. a La manière dont on versifiait alors » lui inspire du dégoût; mais, il réussit peu dans la géométrie ^ la physique , et les questiorjs socialea appliquées à l'antiquité deviennent pour lui l'objet d'une étade approfondie. « Il se félicite de ne pas avoir eu. de maître , et remercie ces forêts au milieu T desquelles, guidé par, son bon génie, il avait aobevé son instruction sans être troublé par les factions, au lieu.de suivre des cours dans la ville, oii, comme des vêtements, on changeait dégoût littéraire tous les deux ou trois ans. »
Yico en effet s'obstine à mareher dans une voie tont opposée à celle que suivaient les esprits de son temps : ils négligeaient la bonne prose latine, et il la cultivé assidûment; chacun tournait son attention vers la. France, (^t il ne voulut pas même en savoir la langue; aussi se trouva-t-il « comme étranger dans sa patrie, où non-seulement il était reçu comme étranger, mais encore nié- . connu. » En effet, il demanda le poste de secrétaire municipal, et un autre lui fut préféré ; toutefois, il eut une chaire de rhétorique avec cent écus de traitement, et l'occupaiCpiarante. ^n&;
pute, à Vige de soixante-dix ans, il obtint le titre d'historien du Cjpy^ufioe. Là il fai^ait^d^s vers au b^ia»4^s panégyriqqeg pouji* les viceHTP^, des diatribes contre, les ^ppr?i^és qiii ^'ipsuf geaient ; .c^p^4^pti,iJ[}^'éjliÇKait aiix p!m§ ^aut^ç conceptions, lîpn pas .en ^iMf^t UP pim arrêtée luaîs à tfttqnsi; U se:posaijt deç pffpblèmeSj, .4e,icbff<H)9 d^sqpiel^Jl en germait de iiwveauxj qiA l'ame«)ai^nt,,à de iPQuye^x inodes de solution ; c'est .<aiB|»i qu^ par des efforts îsolés^yil agi»ndiasai|L la sphère (}e ses propc^ ^^pnpai^sfinf^eset sa .m^theide) nonipus aa^moyen des Jiardic^ses aventureuses de ses compatrjotets^ mais .en prenant son. poijot (le. dép^t dan^^ rérudjr tîQn religieuse^ , . .
lÏM.Ïiyr^ hjim étude approfondie des ^ciens^; il appriond de l^Jiiton.l^ absitractions généralea^t lesiaspiriettiops 4vt,§en,tiaient, rhoQune philos€)|^i(C||ue ; de.Tapit^^.le langage concret^ qui l'har ]Qâtue4réfléchir s^ur cette nmnièred^s'eYprinier^ d'Qéroi^ote, un .pasif^g^ d^^ qui &iitiuire à ses yeux uaç histoire idéale en trois â|gf'8b{lhadi»ireOante> Leibniz^ Newto)iet \id^tr^ fois irèsrgrand Bacon ; mais, au lieu d'adopter pMœmilQt Jeups idée$> i^ies mâle «ux. siennes^ toujours occupé d'atteindre le certain de la.pbilplogie.parie t^rai .jde la] ptvUosophie.Grotîus et Descartes, vénérés adors comme^ies rt^isitaurateurs de la philosophie et de la jurisprudence, devinrent principalemeat Tobjet de3a critique;, au premier, qui eiipUque l'histoire par. l'individu et cherche à,|(Ki4er un droit jUniversel au moyen des faits particuliers et du langage, jil reproche d'avoir entassé des abstractions isoléesdes fait^^donoileatlejurisco9isuMe4ea philosophes^ mais nôa de l'histoire^ Descartea^ en tirant du plieoomène de la conscience la séri^ entière desconoaiS;saoçeathuipaiftest,. néglige également. le passé pour 3e <ïoncentrer dans la siiperbe éviflence de la méthode nJatbématique; Viçoracr cuse d'avoir mutilé rtûstoire» lea langues, l'érudition, pour lesréduire.À des jy^es géométriques, et d'inspirer, par le mépris de l^érudition, le mépris des hommes; en répudiant les moyens et les seeoqraque les tr^aditioos de l'âge écoulé offrent k la pensée, il avait prét^u à une évidence mathématique, pour des vérités qui n'en sont pas susceptibles î; aussi, dit*il, sa méthode pouvait produire de$ critiques, mais auenne grande découverte (1)^
t^!tioaun0-di)'est ni. uoe machine ni un chiffre; l'histoire,, la pc^ litique^ila morale, diéloqueftce ne se fondent pas sur, de purs calculs, mais ont besoin de conjectures, d'inductions, de ressem-
(1) De nostri temporis atudiorum ratione ; 1708.
40i HISTOIRE IDÉALE.
blances; le témoignage de la conscience^ l'immédiate perception ne suffit pas pour prouver l'existence, elle j> pense^ donc je su9^, se réduit à une perception qui ne comble nullement Fabîme entre la conscience et l'univers. Vico alors, combattant Descartes pour le motif qui faisait combattre à Cicéron les stoïciens^ atMindonne le procédé géométrique pour se jeter dans l'expérience historique et les libres inductions ; afin de remettre la tradition en honneur, il répudie le sentiment individuel; par contraste à cette' négligence des anciens^ il élève la philologie à la haateur d'une science, et en fait la philosophie de l'autorité, de l'ordre et de la raison des faits^ afin qu'elle féconde les idées lointaines en les rapprochant; non-seulement il embrasse les langues, mais les mœurs et les actions des hommes^ et, au moyen d^une critique qu'il appelle architecte, il entreprend de recomposer, de suppléer, de corriger, de mettre en lumière et à leur place les fragments de Vantiquité, En conséquence, il recherche les vestiges de la sagesse italique dans la langue (i), et attribue la métaphysique aux anciens Italiens.
Quelque disciple de Sigonio lui objecta dans le Journal des gens de lettres qu'il aurait fallu chercher les traces de la sagesse italienne dans TÉtrurie et les sociétés pythagoriciennes de la Grande Grèce plutôt que parmi les patriciens du Latium, lesquels avaient constitué par la violence un droit féodal qui tenait la multitude sous la domination d'un petit nombre.^ Vico comprit la force de cette objection mieux que le critique lui-même, et y appliqua la distinction qu'il avait déjà signalée entre l'homme des philosophes et celui des politiques, entre le sentiment commun des peuples et les vérités absolues des écoles^ entre la tyrannie des patriciens et l'équité des jurisconsultes, desquels était dérivé le droit moderne des gens, exposé par Grotius.
Vico se mit donc alors à étudier l'histoire de Rome dans ses lois successives, et comme la sagesse des Italiens, affirmée par lui. répugnait à la sévérité des Douze Tables, il recourut^ afin d'accorder l'autorité avec la raison, le droit romain avec le droit rationnel, à une harmonie préétablie en Dieu entre la matière et l'esprit :1a justice et la vertu émanent de Dieu; la nécessité et l'utilité, ou, comme nous disons aujourd'hui, les intérêts dégagent de la matière les idées de justice; ainsi, tandis que les hommes
(1) De antiqîiissima Italorum sapientia et originibus lingux latinx erftfnd.; 1710.
HISTOIRE II)JSÂI.£. 405
travaillent à satisfaire les besoins corporels, la Providence les amène à réaliser le type éternel de la justice.
L'histoire humaine conçue comme une conquête progressive de réquité , il résout les problèmes et répond au% objections des écrivains antérieurs, conciliant d'une manière inusitée le droit idéal de Platon et le droit politique de Machiavel ; mais, comme l'histoire ne commença point avec Rome, il dut chercher les causes qui, de Tétat ex lege^ avaient fait naître les aristocraties féodales; il imagina que l'homme, abruti dans le cours des deux siècles qui suivirent le déluge, au point d'oublier toutes les traditions et le langage, fut réveillé de sa torpeur par les éclats de la fou* dre, et qu'alors il soupçonna Texistence d'un Dieu. Aux bois incendiés par le feu céleste il ravit une étincelle pour ses besitins, pour les arts et pour brûler les cadavres -, honteux de la promiscuité, il enlève une femme et la transporte dans quelque caverne; telle fut Forigine de la famille, des refuges, de l'agriculture et de lapiAdeur dudel, desvivants, desmorts;\es pères se confédèrent, et le patriciat s'établit en conservant les privilèges de la famille et des rites (1). Les faibles recherchent la protection des forts, qui en font leurs serviteurs; mais, comme ils les tyrannisent, les faibles se soulèvent pour les contraindre à leur céder la possession bonitaire des champs, sauf à leur laisser le dominium optimum et les auspices qui sont indispensables pour rendre les actes légaux. Alors se fonde la cité iiéroïque, composée de patriciens éducables et de plébéiens inéducahles^ lesquels commencent des luttes interminables afin de participer au droit civil; ce droit triomphe , et produit l'âge humain des républiques libres, c'est-à-dire l'époque où Ton ne voit que la domination de la loi, domination suprême confiée aux libres opinions des jurisconsultes , qui au nom de la raison se substituent à l'arbitraire du privilège' et de la force. C'est ainsi que X^sitvtérétSy qui sont tout dans Machiavel, et la raisoUy exaltée par Grotius, viennent à se concilier dans le fait, qui efface l'antinomie et la philosophie.
Tous les faits partiels sont donc soumis à une vaste conception ; tous les actes violents, toutes les iniquités trouvent une explication ou une place dans cet optimisme. Cette trame, où la simplicité s'allie au sublime, Vico l'embarrasse de dissertations et de divagations, au milieu desquelles il répand des trésors de nou-
(i) De universijurispnncipio et fine uno, 1714; Deconslantia plùlologiêe,
406 UIâlt>ia£ UDÉALK.
veautés htstoriqiKes, 'i^(»6ophîques, philoloj^aëil. Ltt cblttiÊftêChi'^* gie commune des événements est due à Vôt^udl des'tttftièfls ëbdes éi'trdft^. Vteârt^d^nnut le pr(^mîer disd)^ fe'iriy<holbgî6 'M' séas caché, et) dtns ta'^poést«s fruit de'<VTvésM[iagtnràfkm$, la clèf'ilé^ rhistoite primHlve. Dans les tMaditiotfs {ybp(ilairPs,''H y'a déè^ lÀo^* tffs publics de vérité; les idioméSsont le^ témaignagei^^leâ plvti solennels des anciens usages. Le ^dévêloppementf' des'pedpSes et celui des' tactillés iiumaf neè - â'effècf uerit «pal^llèlemëtit, ' dé tell^; sorte que celles-ci sorti tou jbut^ en rftp(w!>rt avec rhîstoîre de-ceux- \h. Il est'dans la nature de» plèbesde préteMi^^qii^ l'Univers ^eur ressemble, d'imposer à tous ies peuples lelil^ j^ppecmgtne; l'esprft humain^ qili aime Ftmiformité^ •âM^pii^mières 'èhôses 'connues ralWdie le« nouvelles, et les'effets|ïarticulîërsà'dés'<»usesr comnidtaès. Au moyen de ces axiomes^ on ai*Hve à'découvrîr'qtié les phîl6so|pfees, cortime le voudrai Grbtîuë, n\Wt pai^^résidé à la civilisation ; Hercule, Thésée, Pyihagoî*è, Draci)tt,-€(ilon, Ésope sont des personnifications de leur temps, et des éentres autour desquels* la tradition agglomère la vie et les Actes de plusieurs; en un mot , c'est la signiBcalion coUecilvë des personnages éminents, puisque le sentiment commun précède et domine' le sentir ment hidîviduel. Homère lui-^mênàe, qu'il avait d'abord- accepté comme un poète aveugle, ses méditations postérieures Venirainèrentfle forcèrent à le croire «n mythe, non un poëte, itiais la poésie; jamais' il n'a été surpassé, parce qifàiï tte surpasse pas l'inspiration spontanée de tout un peuple. Les sept^rois deRomc, il les décompose même en caractères politiques; à chacun desquels le peuple attribua les effets de lentes révofutions, coname il fit remonter jusqu'aux Douze Tables des lois plébéiehnes, Obtenues plus tard par le triomphe de la démocratie.
Si les peuples à l'origine sont sauvages, l'idée de Tancienne sagesse dè^ Italfens s'évanouit, alors ménrie qu'il serait établi que les langues sont faîtes parles peuples, non par les philosophes, et que Rome ne fut pas gouvernée aii commeu'cement par un sénai de sages; ainsi, à mesure qu'il avance, Vico démolit cet édifice, dans lequel beaucoup d'Italiens, sans le connaître , idolâtrent encore l'orgueil national.
Voyant toujours des similitudes, Vico croyait que, à Tégal des Romains, tous les peuples avaient passé par trois formes de gouvernement : monarchie aristocratique fondée sur l'autorité divine, république aristocratique , république populaire, qui aboutit à une monarchie populaire; dès lors, on va d'un seul à quel-
SG11SNG& NOUVELLE. 407
qiiiis-uns, de quelques-uns à beaucoup, de beaucoup à un seul.
Il agrandit ces théorèmes: la eivilisation n'est pas Tœuvre de la philosophe; au ocxilraire ^ celle-ci jaillit avec le temps de celle-là ; Uhistoire.po&itive ne peut raconter les commencements du genre buniaiû, parce* quils ont précédé Tart d'écrire et tous les monuments ; mais si toutes les nations sont parvenues de la barbarie à Féquité, il y a une histoire idéale, éternelle , commune à toutes ces nations ; qui ne sont que des manifestations particulières; avec rhistoire idéale, on peut reconstruire la civilisation de chaque nation,.tPOu\'er les commencements des histoires qui en manquent , «I les faits particuliers de Rome , d'Athènes^ de Siparte, des hommes , des temps , des lieux sont absorbés en lois immortelles derakon. Dânseetle histoire le droit se réalise ; d'à* bord, il commence par la viotence, qu'il. sait ensuite voiler sous des.formules solennelles, et s'embellit de fictions qui les éludent ; ente /il devient équitable, toujours sous Pimpuûion préétablie deia nécessité et de Tutilité^ des passions et des intérêts, depuis la>grotte où le sauvage cherche un abri-contre la foudre^ jusqu'au trône sur lequel le pieuple assied, comme son représentant^ Tem^ p^peur qui nivelle le droit.
C'est donc là une scienee nouvelie de l'humanité entière. La Breividence> que Ton avait défmmtrée jusqu'alors par la merveilleuse architecture du monde, Yico veut la reconnaître aussi dans là monde^ des nations, non :pas fait par les hommes, mais par Dieu lui-même; il réduit tout à l'unité générale d'une Providence divine^> qui donne au 'monde des nations la forme et la vie.
A cette* bistonre idéale^ découverte par la méditation, il ajuste tous les faits humanas, dans lesquels, après l'élimination des pfirtieularités. des lieux et des hommes, apparaît toujours. un conseil étemel, qui ordonne les choses les plus grandes et les plus petites. Lainature humaiAe, dans ses manifestations, pro* cède en veft4i de certains principes communs; les éléments de la vie morale^ c'est à-dire la religion, la justice, l'utilité, le beau, la philosophie se manifestent collectivement sous certaines formes de rapports dans les diverses phases de l'humanité ; c'est pourquoi le mythe, l'étymologie, la tradition, le langage se prêtent un mutuel concours pour expliquer la manifestation du droit dans Thistoire et pour démontrer que les faits de celle de Rome se reproduisent partout. L*érudition ne possédant pas encore de données suffisantes pour le démentir laissait le champ libre à ses conjectures sur la iBylh(dogie, expression lyrique de l'histoire primitive ; sur le vo^