‹ Histoire des ItaliensChapitre 133 sur 150 · SCIENCE NOUVELLE · texte numérisé non relu

SCIENCE NOUVELLE

cabulaire, dépôt des conquélesde la vérité' et dn droit, feiles sous rimpulftion de la nécessité ; akisi» au moyen de la poésio^ t^i est le langage héroïque, et des phrases exprimées par des faite , il lut chez tous les peuples l'histoire de ,Rome : cette dernière fut consen'ée par les lois ; il eiiste à peine quelques fragments des autres^ mais elles pourront se reconstruire par analogie avec celle«là. Du reste, il n'y a pas de tradition qu'il ne ^ propose de ramener à la distribution systématique de son histoire romaine.

La narration biblique s'opposerait à cette marche de tous les peuples^ qui agissent également dans des circonstances égales^ au milieu de la famille, de la cité, de la nation. Vico, n^osant pas la remanier^ la met à l'écart, et reconnaît dans le peuple hébreu un développement particulier et indiscutable. Homère aussi offre un témoignage contraire^ puisqu'il chante des mœurs corrompues, de longs voyages, des divinités avilies qui n'ont aucun rapport avec le patriciat romain. Vico, pour expliquer ces différences, agrandit le cercle de son histoire ; il découvre alors un âge divin^ un autre héroïque et humain , les caractères doubles, et les poètes d'époque corrompue qui se posent eux-mêmes comme les guides de Tonivers^ attribuant aux pays lointains les noms des lieux où ils sont nés, et supposant des voyages absolument impossibles dans ces temps grossiers.

Dans la civilisation grecque ^ comme dans celle de Rome, la Providence fut adorée dès Torigine ; puis vint la fantaisie, enfin le raisonnement ; de là découlent Tftge divin , l'âge héroïque et l'âge humain, chacun doué d'idées et d*un langage propres. A ces âges correspondent trois espèces de moeurs, religieuses^ vio< lentes, humaines; trois jurisprudences^ la mystique, la prudente, qui fait consister l'efficacité de la loi dans sa forme matérielle, à laquelle elle s'attache pour sa défense, et la jurisprudence humaine ; trois espèces de langues , de caractères, de mœurs, d'autorité; trois temps, religieux, ergoteurs, sociaux; trois gouvernements, divin, héroïque, populaire libre, soit monarchie ou république , dans lequel pourtant les citoyens sont tous égaux.

Le hasard est donc banni de l'histoire, comme l'omnipotence des grands hommes, puisque tout est providentiel et déterminé, non-seul^ent pour notre monde, mais pour les monden in/hiis possibles. Il en trouve la preuve dans le renouvellement de la barbarie au moyen âge, où renaissent les symboles, le langage flgtiré, les clientèles , et un Homère de la seconde civilisation,

comme il qualifie hardimeoi. ce Dante que Gravina avait jugé comme lui. Le monde, qui a repris sa marche ancienne, retombera dans la barbarie à une époque plus ou moins éloignée.

Bien que la science et la l)eauté fussent pour lui une même; chose» qu^il admirât les classiques et leur style historique moitié vers et moitié prose et fût loué par les contemporains comme humaniste , il s'enveloppa d'une forme confuse et raboteuse, qui nuit beaucoup à ^on intelligence ; en outre, cette histoire, dont 1^ système se reproduit dans la littérature , le langage^ la géographie^ Tastronomie^ la cosmogonie, pouvait bien être embrassée par un génie puissant, mais elle ne devait pas se trouver accessible aux esprits habitués à la règle; les contemporains ne le comprirent donc pas^ et sa pensée ne fut entendue qu'au moment où d'autres arrivèrent au même point que lui, et plus loin.

Toutefois^ loin d'être un phénomène isolé au milieu d'un monde trop inférieur à $on intelligence, Yico puisa son instruction dans )a sagesse de son temps ; n'étant pas distrait par la cour et la mode comme les Français^ ni par les intérêts politiques comme les Anglais, il méditait les livres que d'autres se contentent de parcourir. Il réfuta Descartes et Grotius dans un langage respectueux, et le dernier lui fournit la justice abstraite ; peut-être le Novum organum de Bacon lui suggéra l'idée d'une science nouvelle; il mit à profit Gravina et Sigonio, mais surtout le platonisme de Leibniz; mais en critiquant le génie, il fit preuve de génie.

Les quelques pages qu'il appelle passages d^or, c'est-à-dire les vérités échappées aux anciens, un esprit comme le sien pouvait seul les apercevoir^ et pourtant il sut encore les interpréter et en déduire des lois générales. Machiavel , penseur si vigoureux, avait accepté l'histoire de Tite-Live comme indubitable et dans le sens vulgaire; Boccalini, Annibal Scoti et d'autres commentateurs de Tacite ne faisaient que délayer ses fortes réflexions dans des paraphrases languissantes et des explications qui n'apprenaient rien de plus que l'original; Grotius, Sigonio^ Gravina, comme les interprètes médiocres, ne voyaient que des faits dans la législation romaine ; Yico, au contraire , creuse en révélateur dans l'histoire comme dans la jurisprudence; jamais aucun écrivain ne réunit autant de vérités et de principes nouveaux, et ne sut comme lui convertir les faits en idées sans s'égarer dans les abstractions.

Dans tous ces travaux, il déployait une érudition , merveilleuse pour son temps, mais dont les découvertes postérieures ont dé-

HO > GAITIOUB De YIOO;

montré ritisnfltsànte. *Bfil aVâft'sa qoeledieu des sauvages est lé' complice des crimes et Vennemi d'une civiliïilition qui enoMtte les instînctëV il n'aurait f>as fait* défivef la reNgiKki de la cmotev Il montra daMids formules du droii romain la marche de lai 4civi- Iisation;'raàis'il lie's'aper^^at pas qu'elle était traditionnelle et aoQ spontanée , évolution et non passage de la barbarie à lacivilisatiofi, puisque le ghind peuple s*éleiraît au milieu des cités italiques. Aux commencements de sa société improvi^ , i% (yamè^Knie tes connaissances des sociétés déjà constituées ,> les tiesoins de pro-. prrété, defaînflle, de réRgfîon , d^esclavage. 'Substituant fes senlti^ memt comtiiun au sentiment individuel de Descartes, >tl ne \noît pas que souvent l'erreur domine des génératfeDs entières^ et îq^âe les améliorations naissent d'nfne raison individuelle qui précède ki raîÀon ^nérale; d'où il soit f[(ie le sentiment commun est l'expression d'une phase soèiale, non de la vérité et' de la raison; Il attribue la puissance de Rome à sa situation, et poui^tant'il avoue que les peuples ont les idées et les dérirs qtfe l'éducation leur donne.

L'éruditîon, qui Pavait porté à une tà grande hauteur, fut auisfei sa pierre d^achoppeniént , pui^ifelie le rejeta veille passée, ao point de lui faire renier dix-sept siècles de progrès, rindétectibi-lité du christianisme* et l'irrévocable émancrpàtion de l'esclave. L'admiration potnr les siècles écoulés Femp^ha de comprendre les âges modernes, et lui pférsuada que lé manàe de fer était en pleine décadence ; envoyant Tltalie décliner ^rès %m% d'éclat , il étendit cet éxehiple à toute^ ^humanité, dont il regardait, aj^rès l'élévation , la chute comme inévitable , et il chercha les causes du dépérissement générardans les événements partiels de la T)ation qui dominait sur la siériué. Mais le 'progrès des sciences physiques et h connaissante plus grande du monde vinrent^-ensiiite attester que lés lois de l'univers ne sont pais celles'de -Rome et de la Grèce; les pi^dentes inductions de inos jours, ei» ptrbu* vaut la parenté des idiomes , ont démontré que les tsjigties^niB naissent pas spontanément et isolément par un effort uniforme ée la nature humaine ; le grand nombre des peuples restés immo*biles dailsleur état de primitive sauvagerie, ou qui faisaient è peiné les premiers pas dans la voie de la civilisation , et le» nations stationnairés ont brisé le ceréle, daiis lequel il enfehnail inévitablement l'humanité : témoignage évident ^e le cathol{6i&me> l'affranchissement de l'homme, les grandes découvertes enipêclieht de rétrograder pour reconuttencer le f^Mi^rso^ e ricùfm^

cÉrtrouË DÉ vvi6. 4i#

'Toutefois, an milien de tant d'erretirsqa'utt Italien appeDe lë^ somnambùllshie du géhie, de iwi^vëttlpuses conquêtes' fiirènl ac^' cohipliés par dé*t 'homme ignoré; dominé' par cette w^/oncolfe'è ^ui donne de iagràndeiify il se fit entièremént'anfcrèfn, pfonW là pHii-^ Ibsophîe dans les fables, etpleuplâléà déserts •*antéhîfeM'΀jiieÀ> de^ fils dé ses pensées^ domînantle présent et Triveiiir; renouvelant la méthode des recherchés historiques^ fet^Ott jjlus grand me-' rite cdnsiitie en cela, il fut lé prerttièr ^ui étfîlift l'hié^oire selon l'idf^e qu'elle est soumise à tmelof'cei*ta1^,àiinè hiuttë moralité, indépendante des nations et du temps, et il chercha cette IcfiiTeû^ de temps avant, Bossuet, Tinsigne évéque de Meaux, dans le Discours sur l'histoire universelle, avait publié une philosophie de Fhistoire, lui donnant pour centre le calvaire, comme si toutes les vicissitudes du monde ^iVisient réglées dWance de manière à converger vers le Rédempteur à venir ou venu. Vico, qui probablement n'en eut pas'cohn&isfeance, considéra les nations en ellesmêmes, et les faits comme des phases de la vie, de manière qu'il n'en prenait que ce qui était propre à mettre en relief les desseins de t)ieu. Il trouva les types l'atîonnels, et posa les langnéé comme étant une partie intime de l'histoire civile. SU erra souvent en cherchant dans les racines des mots les racines des pensées^ il ouvrit la route à de nobles hardiesses, et devina ôe que d'auttés découvrirent ensuite; il agrandit le cercle de la philologie, eri là considérant comme une méditation deia parole en tant qu'elle exprime la pensée des peuples, et qu'elle est interprétée par les faits bien plus que par les commentateurs; la distinction entre le, peuple et la plèbe n'échappa point à son esprit. *

Le fameux passage de Clément d'Alexandrie sur l'écriture égyptienne, il en donna l'interprétation; dont se glorifient nos contemporains ; il réduisît à leur valeur les merveilles dé la Chine , et pressentit ^importance des races scylhiques ; en donnant quelques règles pour guider la raison , en soulevant le doute sur quelques préjugés, en posant beaucoup de questions, dont il résout quelques-unes , en découvrant souvent, en mettant plds sdtîvent sur la voie de découvrir, il devança de plus d'un siècle les hardiesses de la critique et la création d'une histoire idéale de l'humanité, où les siècles fugitifs se contemplent dans la lumière de l'éternelle sagesse. La lutte de l'intelligence avec la nécessité, de l'Orient avec l^Occident, de Tun avec te multiple^ l'idée se faisant objective dans (^histoire, la manifestation de l'absolu, les autres formés humanitaires de Schetling, de Hegel, dé Fichtè, de Cousin

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se reufermeoi toiyours dans la conception de Vico , Thotu me le plus à l'abri de rbumiliaDt corollaire de Tinévitabie décadence.

N*oublions pas que, bl&mant les investigations oiseuses, Vico dit que la philosophie nous est donnée a pour comprendre ce qui est digne et vrai dans ce que rhomme doit faire durant sa vie ; a à la différence des individus, si nombreux, qui ne s'occupent qu'à exagérer la dégradation, il déclare que a la philosophie , pour être utile au genre humain, doit relever et soutenir Thomme tombé et faible, au lieu de mutiler sa nature et de l'abandonner à sa corruption x>.

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