AU HEDI
la certitude que les vers qui se développent sur la première sont déposés par des insectes; mais il se contente de dire qu'il lui parait vraisemblable que les viandes putréfiées n'offrent qu'un lieu favorable à Téclosion des œufs, et un aliment aux nouveaux êtres. Il ne croit pas superflu de réfuter Topinion qui faisait naître les abeilles des viscères d'un taureau : les Grecs l'avaient affirmé, et Virgile l'avait merveilleusement chanté; c'était donc une vérité pour la foule des individus, dans l'opinion desquels la science se réduisait à une série d'actes de foi. Les savants opposaient aux sciences d'autres inductions, et quelques-uns prétendaient même s'appuyer sur l'expérience. Kircher affirmait avoir fait lui-même l'expérience suivante : prendre de la poudre de serpents, la semer dans un terrain gras et humide, arroser un peu avec de l'eau pluviale, et puis exposer au soleil de printemps ; au bout de huit jours, on y verra fourmiller de petits vers qui, nourris avec de l'eau et du lait, deviendront de petits serpents parfaits, capables de perpétuer l'espèce. Redi ne raille pas son adversaire; seulement, il déclare avoir fait plusieurs fois l'expérience, et toujours en vain.
Il fut encore bon poète et bon médecin ; venu dans un temps où l'on appliquait à chaque viscère un remède propre, un spécifique aux divers symptômes, dont la multiplicité entraînait des mélanges très-compliqués, il se propose d'éviter les expérimentations hasardées, afin de ne pas nuire par des remèdes trompeurs ; mais comme il n'était pas sûr de connaître les bons, il n'en employa presque aucun, s'en tenant à la médecine expectante. « Je « me réjouis (écrivait-il à Lenzoni) que vous soyez du nombre a des professeurs qui n'inquiètent pas les pauvres malades par <r des remèdes nombreux et divers ; car la nature aime le peu a et le bon, et on la soulage au moyen de médicaments simples « et par une diète bien réglée; au contraire, on aggrave beaua coup les maladies par tous ces sirops, pillules, électuaires et c( autres compositions galéniques, inventées, je crois, dans le but c( unique d'engraisser l'avidité des apothicaires. »
Bonomo, Lorenzini, Castoni, Sangallo et Del Papa furent des élèves dignes de lui; Lorenzini donna la première description exacte de la torpille, en signalant l'organe excitat^^ur. Au moyen du microscope, qui pourtant ne consistait qu'en une seule lentille, Malpighi, Leuwenhoek et d'autres avançaient la connaissance des animaux infusoires, qui semblaient dérober aux sens le mystère de leur organisme.