‹ Histoire des ItaliensChapitre 140 sur 150 · ANATOMISTES. VÉSALE · texte numérisé non relu

ANATOMISTES. VÉSALE

Le Vénitien Jean- André Délia Groce, dans la Chirurgie univer- 1575. selle ^ exposa les découvertes faites jusqu*alors dans l'anatomie. On doit à Benoit Alexandre de Legnano qui, comme médecin en chef des armées vénitiennes, décrivit les batailles contre Charles VIII, la première institution d^un théâtre anatomique, et les premières notions de l'anatomie pathologique et de la lithotripsie (1). Benivieni de Florence exécuta, bien avant Ambroise Paré, la ligature des vaisseaux, et fit des opérations difficiles avec prudence et bonheur; il analysa pathologiquement un squirrhe à l'estomac, l'ulcération de Tomentum, les polypes sanguins, les calculs biliaires {2). Cependant l'anatomie était si peu avancée, que Ton traitait avec des drogues et des sirops des contusions et des luxations. Les découvertes, à mesure qu'elles étaient faites, on les ajoutait en forme de commentaire à l'ouvrage du Bolonais Mondino, qui fut l'unique texte pendant trois siècles. Berengario de Garpi, professeur à Bologne, recommandait à ses élèves de ne pas se contenter des assertions des autres, mais d'observer par eux-mêmes; il put disséquer une centaine de cadavres, audace alors sans exemple hors de Htalie, et fit beaucoup de découvertes, entre autres celle de la membrane placée devant la rétine (3).

André Vésale de Bruxelles, disséquant tout animal qui lui tom- 1514-64. baitsousla main,puis des hommes dans les écoles et les cimetières, signala les erreurs des anciens, et découvrit que les observations de Galien avaient été faites sur des singes. Il enseigna à

(1) AUqui intus in veseica sine plaça lapidem contenant fen'eis instru' mentis. Benivieni raconte que, ne troayant pas le moyeu d'extraire à une femme un calcul Tolumineux, insolitum sed tamen opportunum consilium capiens.., ferramento priori parte retuso calculum ipsum percutio^ donec saspius ictus, in frusta comminuitur. Le premier moderne qui écrivit sur TextracUon de la pierre fut Mariano Scotto ; mais Tenflure et Tastroiogie gâtent son travail; pour opérer, il tient compte des saisons et de la conjonction des étoiles.

(2) De abditis nonnullis acmirandis morborum et sanationum, etc.

(3) Qu'il ait employé le premier le mercure contre la Syphilis , on ne peut plus le croire depuis qu'on a lu dans la Chronique de Pérouse de Matarazzo : - « Comme les Français étaient venus récemment en Italie, les Italiens croyaient que cette maladie venait de la ^France; de leur côté, les Français croyaient que c'était une maladie ordinaire en Italie, parce qu^ils en eurent leur part. Les Italiens rappelaient le mal français, et les Français, le mal italien, dout ils emportèrent la semence en France. » Après avoir décrit longuement cette maladie,

il indique le remède jugé le plus efficace, dont la base est le vif argent, deux onces. Benvenuto Cellini reproche à Berengario d^avoir, a avec son onguent soutiré plusieurs milliers de ducats à des seigneurs, qu*il a estropiés et réduits à un état pitoyable. »

426 FALLOPE. £USTAGH£.

Pavie^ à Bologne, à Pise, et publia à Ventse ^es planches anatomiques^ qui excitèrent Tadoiiration comme s'il eût révélé un nouveau monde; mais ses opérations paraissaient des assassinats, et banni de sa patrie, il se rendit à Venise; s'étant embarqué comme médecin militaire, avec Jean Malatesta de Rimini^ pour Chypre et Jérusalem^ il fit naufrage, à son retour, sur les côtes de Zante, et mourut de faim.

152^02. Le Modénais Gabriel Fallopej sans cesser de le respecter, le convainquit de quelques erreurs , surtout à Tégard des mivicles abdominaux; avec une fine sagacité, il distingua l'admirable système acoustique et la texture des fosses nasales , de la mandibule^ du sternum, du sacrum; il laissa son nom aux trompes de la matrice. Avec Galien, il crut que les nerfs dérivaient du cœur, et que les artères conduisaient les esprits vitaux de cet organe dans tout le corps ; mais il le corrigea quant au coecum et à la fibre musculaire, dont il exchit les nerfs , et démontra .que leur action cesse là où les fibres sont tranchées par le travers, ce qui n'a pas lieu si l'incision se fait en long. Il décrivit exactement l'épiploon, le pylore, et fit connaître la médiastine, la plèvre et la glande lacrymale. Chaque année, il pouvait disposer de six ou sept cadavres, et le duc de Toscane lui offrait de temps à autre un. condamné à mort, quem interficimus modo nosiro et anatomi^ zamus. Le médecin devenu bourreau (1) !

De la découverte de Tétrier de l'oreille,. Fallope cède le mérite au Sicilien Jean-Philippe Ingrassia, qui restaura Tanatomie dans l'université de Naples, se ^gnala dans la peste de 1575, et fut le premier qui établit des conseils de sëdubrité publique. Asselio de Crémone indiqua les vaisseaux lactés.

i5io-'7a. Barthélémy Ëustache de Sanseverino, professeur à la Sapienza de Rome, fit des études sur les reins, la veine azygos et la structure de l'oreille et des dents ; il détermina la direction de quelques nerfs, inconnue jusqu'alors, et vit l'origine du grand sympathique. Faute de ressources, il laissa inédites quarante-six grandes planches; lorsque Clément XI les fit publier par Lancisi en 1714, on acquit la preuve que, si elles avaient été connues, elles eussent réservé à leur auteur la gloire des Bartolini, des Bellini, des Pecquet, des Lavater et d'autres encore.

(1) On prétend que ce passage fut interpolé quarante ans après sa mort. Nous avons TU que la faculté de Payie demandait souvent les cadavres des suppliciés dans le Milanais.

ARANZI. FA9RIGS. 487

De rétude anatomique des parties , oa pa^sa à Tétude physiologique de leurs fonctions et de leurs rapports, travaux où se distinguèrent Redi,LiGeti^ Baglivi, Pacchioni^ De Marchettis. Jean- ' Baptiste Garcano Léon, professeur à Padoue de i573 à 1600, mérita un éloge de Scarpa. Au nK)yen du microscope et des injections, on connut l'anastomose des extrémités vasculaires , le passage du. sang des artères dans les veines^ Faction de Tair sur le sang, l'absorption chylifère, la digestion, la génération et autres phénomènes, expliqués diversement par les ïatrochimiques et les ïatromqcaniques.

Le Bolonais Jules César Aranzi étudia le fœtus et ses capsules, ouvrant la voie à cette organoigénie, qui est née à notre époque ; profitant des découvertes de Realdo Colomb sur la circulation , il fit passer le sang dans les poumons, non plus par les pores du diaphragme, mais par la veine artérielle; toutefois, comme Realdo lui-même, il s'arrêtait à l'opinion générale que le foie était l'or- . gane de la sanguifîcation.

Jérôme Fabrice d'Aquapendente continua la tâche de Vésale i557-i6i9. en généralisant les observations anatomiques de l'homme par la comparaison avec d'autres animaux ; il tirait encore les conséquences des similitudes et des diversités entre les espèces. Ses traités, qui sont des fragments d'un Totius animalis fabricâ^ iheairum, il les divise chacun en trois parties : description de l'organe, son action, son usage. Étudiant les veines avec un soin particulier, il observa que les valvules se dirigent vers le cœur ; il parait donc que cette découverte lui est due plutôt qu'à Sarpi, auquel on attribue le mérite d'avoir signalé la contraction et la dilatation de l'uvée. Refusant tout salaire des grands auxquels il donnait ses soins, il reçut de riches présents qu'il disposa dans un cabinet avec ces mots : Lucri neglecti lucrum. Les grandes richesses qu'il avait gagnées excitaient la cupidité de ses parents ; lorsqu'à l'âge de quatre-vingt-deux ans il tomba malade et guérit, ils ne dissimulèrent pas leur déplaisir ; l'illustre vieillard en fut désolé, fit une rechute, et déclara qu'on l'avait empoisonné.

Il eut pour élève à Padoue, jusqu'en 1602, l'Anglais Harvey, auquel on attribue le mérite d*avoir découvert la circulation du sang, bien qu'elle fût déjà connue en Italie, et qu'il ait appris d'Ëustache et de Rudio , qu'il copie sans les citer, les véritables fonctions du système vasculaire (i); seulement, mettant à profit les

(1) Sprengel prétend que Berengario niait la iranssudation du sang à travers

428 MALPIGHl. VÀLSÀLYA.

progrès de l'anatomie expérimentale^ il écarta les phrases vicieuses des anatomistes précédents, détermina plus clairemeat le mécanisme général de la circulation, et sut exposer avec cette précision d'idées et de mots qui avait manqué aux Italiens.

Le système de Harvey fut encore favorisé par la transfusion du sanfi^^ déjà mentionnée par Marsile Ficin et Cardan y et mise en pratique, avant qu'elle ne le fût à Londres, par Fracassati, Montanari, Manfredi, mais avec plus d'éclat par François Poppi, qui parvint à s'en faire croire l'inventeur ; puis, en 1661, Malpîghi, dont nous avons déjà parlé, confirma, au moyen du microscope, la circulation dans les petits vaisseaux et les anastomoses des artères et des veines. Ce Malpighi analysa mieux le sang^^ découvrit la structure du poumon et du foie, vit la langue et toute la peau couverte de papilles animées par des fils nerveux ; il révêla la substance du cerveau et l'ensemble de ses circonvolutions, la structure glandulaire des viscères, et celle du nerf optique, ce qui renversait la théorie de Descartes , selon laquelle les rayons lumineux arrivaient au cerveau par ce nerf; il déroula les spires du cœur, que Borelli (six ans avant Sténon) avait démontré être • déstructure musculaire; bien avant Albino, il annonça que la' couleur des nègres ne réside pas dans l'épiderme, mais dans Ja sécrétion du tissu muqueux qui se trouve entre l'épiderm^ et la peau. Il suivit l'incubation de l'œuf avec une patience admirable; mais il soutint fermement les préexistences et le développement centrifuge, bien qu'il cherchât un tissu primitif, dont les organismes ne fussent que des modifications ; du reste, les pépins ou follicules glanduleux dans leur structure intime lui semblaient réunir ces conditions. Il combattit ses adversaires, parmi lesquels Sbaraglia, en écrivant sa vie ; malheureusement, appelé par Innocent XII pour être archiatre, il interrompit ses observations, qu'on peut regarder comme autant de découvertes.

1725 Antoine-Marie Valsalva dlmola, son élève, analysa le cerveau ,

le cœur, l'appareil respiratoire, et mieux l'oreille, étudiée soixante ans auparavant par Jules Gasserio de Plaisance ; il améliora les hôpitaux et les instruments de chirurgie, et mérita d'être loué et défendu par Morgagni.

Je diaphragme ; mais, bien que Berengario la dise satis notaMlis substantix, quasest etiam satis densa, il admet les petits trous de Galien. Sprengel, au contraire, veut que Colomb ait supposé ce passage, tandis qu'il dit éyidemment que c'est errer que d'assurer cela : longa etrant via. Voir De Renzi, Bistaire de la médecine, vol. m, p. 307.

UTROMATHÉMATIGIENS. LÂNGISI. BAGtiVL 439

Lies analogies entre la structure du corps et la puissance des fonctions de la vie animale furent aussi admirées par les savants, qui s'appuyèrent sur la théorie des causes finales. Le Napolitain Marcaurelio Sanseverino donna, dans un style barbare, le premier traité d^anatomie comparée, en établissant que les organes des divers corps ne diffèrent que proportionnellement aux espèces. Tous ces travaux avaient pour résultat l'amélioration de la médecine : or^ comme il fallait du courage pour combattre des erreurs séculaires, nous ne voulons pas être trop sévère si Ton trouvait dans les bagages de quelques-uns des restes de méthodes scolastiques^ de qualités élémentaires; si l'on préférait les cas étranges; si la cure avait pour objet les symptômes; si Ton attribuait une importance excessive aux urines et aux cas critiques^ sur lesquels Fracastor donna une théorie très-ingénieuse, mais toute spéculative.

Les progrès des mathématiques firent naître la prétention d'expliquer les phénomènes de la vie par les lois de la statique et de l'hydraulique, d'où l'école des ïatromathématiciens. On peut dire que Santorio Santori de Gapodistria passa trente ans sur les balances i608-î9. pour évaluer la transpiration cutanée. Le Napolitain Alphonse Borelli traita des mouvements animaux, soit externes volontaires, soit (étude plus subtile et moins certaine ) internes spontanés^ créant la partie la plus belle et la plus solide de la physique animale; mais il soumettait à des formules algébriques non-seulement la contraction musculaire , mais tous les phénomènes de la vie^ prétendant établir une similitude entre l'équilibre des leviers et les mystères de la physiologie.

Le Romain Jean-Marie Lancisi , archiatre et l'oracle de son 1720. temps, traita du mouvement du cœur, de l'anévrisme et des morts subites, qui, au commencement du dix-huitième siècle, parurent devenir plus fréquentes; mais il réussit mieux dans l'observation pratique^ et rédigea pour ses élèves, dans l'archigymnase de sa patrie, un bon résumé d'anatomie. Le Florentin Laurent ^.^^^ Bellini publiait, avant l'âge de vingt ans, l'exercice anatomique sur la structure des reins, puis de la langue; mais, comme il ne sut pas dissimuler la haute opinion qu'il avait de son mérite, il s'attira des inimitiés qui remplirent sa vie d'amertume.

George Baglivi de Raguse, propagateur de la médecine obser- l'^œ, vante, surtout dans les cas épidémiques^ nia que les maladies dépendissent seulement des solides viciés ; en soupçonnant l'exislênce d'une force vitale^ il ouvrit la voie qui devait conduire à

physique au vitalîsine. Le système îatrophysique înlui et Pacchioni de Reggio, est certainement celui qui ! plus grand nombre de vérités. levers savants, miBi castor, Massa et André Trévisto traitèrent de la fièvre qui désola l'Italie en 150S, et que Jérdme Cardan emier décrite avec exactitude; d'autres examinèrent tnvulsive , le catarrhe épidénrique et le scorbut, qui aagé. La raphanie fut classée comme une maladie t. Les occasions d'observer la peste bubonique ne fuop fréquentes, et les causes qu'on lui assigna feraient ■e époque, en les ressuscitant, ne nous avàt pas appris lulgence.

)aciano de Tolmezzo, bon observateur, traita de la es pétéchies, avec beaucoup de sages observations lOnnelles; il fut un des premiers à distinguer la lique des fièvres contagieuses , avec lesquelles on la

Les plus intelligents considéraient les maladies non e des êtres abstraits, mais comme des modes de i'orës lors, ils étudiaient les rapports entre la machine

les agents extérieurs, dont la puissance se déduisait )ries déterminées, mais des efrets; puis, on acquérait < que les I(hs de ta matière inerte ne sont pas applica- 3 de la vie, et que l'expérience est l'unique systënle

)tiste Montano et le Véronais Marsile Cognati restauleurs écrits et la pratique, l'école d'Hippocrate. Jean de Chieri combattit Galien et les admirateurs des , bannissant les raisons sophistiques, et tes nombreux ]uels recourait l'école pour expliquer les fonctions. Il volonté de l'àme la force médiatrice, pour l'attribuer la nature, et discourut sur le sommeil avec bon sens ; ;s veines naissent du foie, et que chaque faculté inleljside dans une partie distmcte du cerveau. Cornelio (2) avait devancé Gall en soutenant la localisation des

iribui veterum medicorum, 1553; In artem medittnolem Ga- OporteH éail-ii) de scriploribus ita tendre uteos hominei et non tanquam deos veneremur; nobùcuitt anliguam liberiamui... pTobalionet ex nostris tensibui «oilroque ingénia mini CTedamtis, ted liberi contra omnes quod puUmui iwu» EûTwn opinionei refellamna qui in magna tunt prtcio, quotat infirmii ingeniis obease potest.

ta fyionomitia, 1673.

MÉDECINE THAUtfATURaïQUE. 43i

facultés, et la correspondance de leurs organes avec les protubérances du crâne.

Jérôme Capodivacca, professant à Padoue, combattit également Galien, mais ne sut pas toujours s'en détacher. Fortuné Fedeli signala beaucoup d'erreurs courantes , établit des règles de philosophie médicale, et recommandait de songer à conserver ou à rétablir la santé^ en laissant le reste à la philosophie abstraite ; il disait encore qu'il fallait employer peu de remèdes, ne pas s'inquiéter des prétendues facultés naturelles des médicaments ^ et bien moins des paroles mystérieuses et des amulettes.

En effet, les demi-savants^ blâmant ces réformateurs qui méconnaissaient la sagesse de Galien et des Arabes, niaient les vérités nouvelles parce qu'dles répugnaient aux observations des anciens (1), et persévéraient dans les vieilles prescriptions. On fit boire à Grégoire XIV pom* quinze mille écus d'or potable. L'individu atteint d'une maladie cutanée était introduit, après qu'on l'avait purgé, dans une grotte près dé Bracciano; là, on retendait nu sur le sol pour l'endormir au moyen de soporifiques, et les couleuvres, attirées par l'exhalaison de la sueur, s'enroulaient par centaines autour de son corps, qu'elles léchaient sans lui faire de mal ; au bout de trois ou quatre heures, on le retirait de la caverne, et Ton continuait ainsi jusqu'à la tardive guérison (2).

(t) On troave dans la bibliothèque de Parme un exemplaire de la Zelotypia ventatis in veterum fallacias, ouvrage de Jean Pani Ferrari de 1690. A côté des mots, page 26, guod evenit etiam in quibusdam antiquim-ibus^ cwdentihus colaphis alumnos qui verilaiem neotericatn convincert videbanturt se trouve manuscrite cette note ; « Le seigneur docteur Antoine Zanella, pro- « fcsseur à Parme, donna un soufQet à Jean-Baptiste Pedana de Parme, qui « suivait le cours public, parce quMl Tobligea, par la force des arguments, à « reconnaître la circulation du sang, que ledit professeur niait aigrement; puis, <( il alla lui demander pardon chez lui, etc. L'an écoulé 1690. »

(9) KiRCHER, De arte magnetica, livre III, part. 7. Il suffira de citer le titre d'un ouvrage de Marc-Antoine Zamara de Galatina du territoire d'Otrante , professeur de Padoue : Antrum magico-medicunif in quoarcanorum magicO' physicorum, sigillorunif signaturatum et imaginum magicarum, secundum Dei nomina et constellationes astrorum, cum signaturn planetarum, constitutarunif ut et curacionum magneticarum et characieristicarum ad omnés corporis humani af/ectus curandos thésaurus locupletissimus , novus recondilus; cui medicamenta etiam varia chimicaex mineralibus et vegetabilibus conficiendi modus, tractatus item de rébus quœ humano corpori eximiam et venustam formam inducunt, de variis etiam metallorum et mineralium prxparationibus et experimentis plurimis tractatio subjun giiur : accessit motus perpetui mechanicMy absqueuUoqua velponderis

432 BOTALLI.

Il était d'un usage plus fréquent d'associer à la médecine des recherches et des observations astrologiques. Le Napolitain Luc Guarico^ évèque, écrivit sur cette science, et beaucoup d'autres la mêlèrent à la pratique de la médecine. L'illustre Frac^astor fait dériver dinfluences d'étoiles les sympathies et les antipathies ; le Milanais Ludovic Settala met en rapport avec les planètes tous les organes, et même les lignes faciales^ les rides ^ les si^nes^ et prétend que le soleil agit sur la force vitale, la lune sur la végétative, Mercure sur Timaginative, Vénus sur rappétitive, Mars sur la répulsive, Jupiter sur la naturelle, Saturne sur cdle de la mé* moire (1). Nous ne rappellerons pas la longue série des secrétistes et des alchimistes, parmi lesquels Pierre de la Platea de Trapani^ recherché même hors de l'Italie, donnait ses secrets gratuitement.

1040. Jérôme Chiaramonti, auteur du Phénix de la médecine^ in-

venta la poudre de Baida, spécifique qui lui fit gagner beaucoup d'argent, après que le duc d'Ossuna Teut fait expérimenter sur douze malades pris au hasard dans l'hôpital de rÀmunziata, et qui tous guérirent. Le prince des remèdes était le quinquina, alors apporté du Pérou, et répandu en Italie parle cardinal de Lugo et des jésuites; il fut défendu parles praticiens italiens, plus attentifs à consulter l'effet qu'à en étudier la nature; après le Genevois Sébastien Bado, François Torti de Modène le proclama et l'employa même dans les fièvres pernicieuses; puis, il fut appliqué à d'autres maladies , surtout de langueur.

Les médecins français répugnaient è la saignée; par antipathie contre eux, Léon Botalli d'Asti la préconisait à l'aide de ce dilemme : Plus on tire de mauvaise eau d'une source, plus il en vient de bonne ; plus on suce de lait, plus celui qui se prépare

adminiculo confiàendi documenlum, Francfort 1625. Antri magicomedici pars secundo, in qua arcana naturas, sympathise et antipathûe rerum in plantis.., omniumque corporis humant morborum, imprimis podagrx, hydropis, pestis^ epidemiœ et cancri exulcerati cura hermetica, èpecifica, characteristica et magnetica continentur : accesserunt portx intelligentiarum... et canones hermetici de spiritu, anima et corpore majoris et minoris mundi. Ibid. 1626.

(1) Très-rare est son ouvrage De ratione instiiuendx et gubernandx familiœ. Son fils Manfred connut les maUiématiques et plusieurs langues, voyagea longtemps, s^occupa de construire des machines, surtout des microscopes et des miroirs ardents ; il fonda même un musée où il réunit toute sorte de raretés naturelles et des objets d'arts, dont une portion fut placée dans la bibliothèque ambroisienne.

CHÏRURGÎENS. HYGIÈNE. 433

dans les mamelles est bon ; ses disciples saignaient donc dans toutes les maladies et pour remédier à la corruption des humeurs. D'autres, au contraire, attendaient des miracles des eaux minérales, dont l'usage s'améliora^ et des bains, sur lesquels, en 1553, on imprima à Venise un recueil fameux. Les traitements par Teau glacée devinrent de mode à Naples, en Sicile, à Malle (1).

Le chirurgien, peu considéré encore, faisait son apprentissage sous les barbiers, balayant la boutique, coiffant, arrachant les cors. Dès 1400, on connaissait en Sicile la greffe des nez et des lèvres, ressuscitée par Gaspard Tagliacozzi (2). L'usage des armes à feu contraignit à faire de nouvelles recherches ; le traité du Napolitain Alphonse Ferri {De sclopetorum vulneritms, Lyon 1554), bien que peu connu, est une œuvre capitale. Un médecin turinois avait un secret pour guérir ces blessures ; il le vendit à Ambroise Paré , célèbre praticien, qui lui attribuait une valeur plus en rapport avec le prix d'achat qu'avec son efficacité réelle. César Magatli de Scandiano s'appliqua à simplifier la chirurgie. Jérôme Mercuri, auteur de la Commère et des Erreurs popu- wïb. laircs en Italie, quitta l'habit de dominicain parce que le peuple s'en moquait, et, sous le nom de Scipion, parcourut toute l'Europe; mais, dans sa vieillesse, il rentra dans son ordre.

Horace-Monti (Du gouvernement des armées et des navigaleurs, 1627 ) et, avec pkis d*étendue, Luc-Antoine Ponce ( De militum in castris sanitate tuenda, 1685), cherchèrent à améliorer le sort des soldats, que la société condamne à tant de souffrances, auxquelles personne ne compatit. Bernardin Ramazzini écrivit sur les maladies des artisans et des religieuses , ainsi que sur la conservation des princes.

Jean-Baptiste Selvatico, de Lodi, voulait que l'expérience fût toujours accompagnée de l'étude des médecins antérieurs ; il se moque de l'emploi des pierres fines comme remède, et ( Sur le moyen de découvrir ceux qui feignent des maladies ) il parle des grossesses simulées ou cachées , des possédés , de la fascination , de l'impuissance , de la virginité feinte et d'autres choses supposées, qu'il appuie d'historiettes curieuses. Le Sicilien Fortuné Fedeli , profitant des travaux partiels d'Ingrassia et de Selvatico,

(1) Voir Renzi, Hïst. de la médecine, \ol. III, p. 68. Turre de Padoue, goas le titre de Junonis et Neiei vires in humanas salutis obsequium iraductûs (Padoue 1668), traite des eaux minérales.

(2) Voir la Vie de Camille Porzio^écrite par Augustin Gervais, 1832.

UIST. DES ITAL. -> T. I\. 28

434 l'italie doxine en hédxgine.

toucha à tous les points de la médecine légale (1)^ et à quelquesuns qui appartenaient spécialement à son temps, coaiine les sortilèges et la torture. Le Romain Paul Zacchia ( Quœstiones fnsfdéeo^ légales y 1621 ) agita ces questions avec plus de savoir et de sens pratique.

Il n'existait pas un étranger illustre qui ne fût élève des miiversités de l'Italie , ce qui prouve que^ en fait de médecine, elle passait encore pour la plus avancée. Paracelse étudia à Bologne, à Rome^ à Padoue; Solemander, à Rome^ àPise, à Ferrare. Langius se fit recevoir docteur à Pise^ après avoir suivi les cours de Léonicène et de Yigo : Heurnius ( Van Heum) étudia à Padooe et à Pavie ; Théodore , Jacques et Boniface Zwinger, à l'université de Pavie et d'autres de ritalie ; Linacre, à Florence et à Rome^ comme Brucée ; à Padoue , Struzius Dessinius, le premier qui réfuta Paracelse; Ëraste suivit les cours de cette école^ puis se rendit à Bologne , où Ton vit également Monavius ^ de Pratis , Servet. Cornélius Agrippa combattit sept ans en Italie, et enseigna même à Turin et à Pavie. Yolcher Coitée fut disciple de Fallope et d'Eustache ; Joubert, d'Argen tien à Turin; Bahoin, d'Aquapendente, et son frère Jean étudia à Padoue, ainsi que Dodoens, qui revint plusieurs fois visiter les écoles d^Italie. Amato Lusitano fut élève et professeur à Padoue ; Rodrigue de Fonzeca, à Pise et à Padoue; Guilandin , délivré par Fallope de l'esclavage algérien , fut élève et puis maître dans l'université de Padoue, où étudièrent aussi Jean Schenk, Spigel, Gaspard Hoffmann et Fyens, disciple de Mercuriale, d'Arijinzi, d'Aldrovan^i, de TagUacozaâ. yafHuence des étrangers ne cessa point avec le siècle, et la seule université de Padoue compta parmi ses élèves Maurice Hoffmann , Posthins Gaspard le vieux, Thomas et Gaspard le jeune, Bartholin, Meibom, Rolfink, Sennert, Wepser, Jean George Wesling, etc., etc.

La chimie, au milieu de ses vains travaux pour trouver de For et le moyen de prolonger la vie, était parvenue à d'heureux résultats. Les Italiens préparaient des médicament^ , le sublimé corrosif, les savons médicinaux; les eaux distillées et les. quintessences sortaient exclusivement de Florence, comme la thériaque de Venise. Quelques savants fixèrent leur attention sur la chimie organique : Servio de Spolète, sur le lait; Barbato de Padouo^ sur

(1) De relationibus medicorum libri IV, in quibus ea omnia qux in forensibus ae publicis causis medici r^erre soient plenmime traimiur; Palerme. 1602. . . ,,•

CHIMIE. MATHÉMATIOnSNS. 435

le sang, ainsi que Bavigli et Malpighi; sans parier des autres , les Vicentins Ange Sala et Jean François Vigani brillèrent, le pretnier 1039. en Allemagne, et l'autre en Anglet^re. Sala combattit le charla- less. lanisme, les remèdes universels , la transmutation-; en traitant du sucre > du tartre, de la distillation , de l'antimoine, il se montre ncàanipulateur soigneux et fin observateur, et il touche aux confins de la science moderne , quand il dit que Thuile de vitriol n'est que c( la vapeur sulfureuse qui a pris quelque chose à Tair am^biaat Vigani><qui n'avance, lui aussi, qu^à l'aide d^expériery^es^ comprit qu^un composé déterminé (sel) résulte de la combinaison d'uoe quantité égale d'un même acide avec une chaux métallique (oxyde).

Quant aux applications, Antoine Neri, , prêtre florentin , dans V Art du verre (lèlSt), offrit d'excellents préceptes sur la fabrication des émaux, des verres colorés, des pierres artificielles et dés miroirs métalliques. Martin PolideJLucques inventa un moyen pour rendre les batailles très-meurtrières, et Louis XIY, auquel il présenta son secret, le comblait d^éloges et de dons, mais lui fai*sait promettre de ne jamais le divulguer. Vincent Casciarolo de Bologne, étudiant les pierres blanches qui se trouvent dans les environs de cette ville, et les calcinant avec le blanc d'œuf et d'autres matières organiques , obtint, dès 1602, un produit nouveau qui éclairait même pendant la nuit, et qu'il appela pierre . *o/m>e;'rl devançait ainsi d'un demi siècle la découverte du phosphore par Brandt.

Dans les mathématiques, quelques-uns s'occupaient des travaux de rantiquité pour en donner la synthèse , et d'autres perfectionnaient l'algèbre. Parmi les premiers, nous nommerons Frédéric Comandino d'Urbin, qui ne fit aucune découverte , mais 1509-75. hâta grandement les progrès de la science, en traduisant et commentant d'anciens auteurs. Sans lui peut-être, les Collections ma^ thématiques de Pappus seraient perdues , et avec elles tous les renseignements sur l'état de cette science chez les anciens ; il traduisit les Corps flottants d^Archimède, les Sections coniques d'Apollonius, les Éléments d'Euclidé , le Planisphère et VAna- Umme de Ptolémée, en rétablissant et corrigeant les textes. Dans cette voie , il fut suivi par François Galigaï qui, dans la Somme d'arithmétique^ résolut les équations de second degré indéterminées difficilas; par Jean-Baptiste Benedetti, de Venise, qui, à vingt-trois ans, publia la Solution de tous les problèmes d'Euclidé avec une seule ouverture de compas (1553), condition difficile dont

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il triompha avec une grande sagacité. Patrizio voulait introduire la métaphysique dans la géométrie, et démontrer les axiomes. i«M-i875- Le Meseinois François Maurolico commença une encyclopédie des mathématiques pures et appliquées ; traduisant et cammentaot Archimède^ Apollonius, Diophante, il produisit des résultats nouveaux. On savait que le cinquième livre d'Apollonius sur les sections coniques, traitait des lignes droites qui se terminent aux circonférences de ces sections, et Maurolico le refit avec de sages aperçus. Une belle application fut de découvrir que les courbes tracées par le style du gnomon solaire sont toujours des sections coniques , variées selon la nature du plan sur lequel elles se projettent ; c'était la première fois que l'on considérait la gnonionique sous un point de vue géométrique. Observateur attentif et philologue ingénieux, il écrivit des poésies italiennes et siciliennes^ traita de philosophie, de grammaire, de théologie et surtout d'optique, et détermina le centre de gravité de plusieurs solides. Sa ville natale, qu'il entoura de fortifications , lui assigna cent ëcus d'or pour qu'il continuât ses travaux et l'histoire de sa patrie; Charies-Quint et son bâtard, don Juan, le comblèrent d'honneurs pour ses talents astronomiques, au moyen desquels il avait prédit leur victoire sur les Turcs.

Bernardin Baldi, élève de Comandino, traduisit les Automates de Hiéron, traita de la gnomonique avec intelligence , composa des paradoxes mathématiques, et préparait une biographie des mathématiciens. Nous l'avons déjà mentionné parmi les poètes ; en outre, il fit un recueil d'inscriptions^ et tenta d'expliquer les Tables eugubines. Afin de comprendre la Bible, il étudia l'hébreu et le chaidéen^ puis l'arabe et i'illyrien sous Raimondi, chargé de la direction de la typographie orientale des Médicis ; il posséda seize langues, et laissa quatre-vingt-dix ouvrages remarquables à différents titres (1).

Le dominicain Ignace Danti^ évéque d'Alatri, traduisit la perspective d'Euclide et d'Héliodore , la sphère de Proclus, avec des notes de quelque valeur, comme celles qu'il fit sur Yignole et le traité du rayon d'Orsini. Dans les Sciences mathématiques ré-

(I) Affô, Vie de Baldi. Dans Touvrage Délie macchine semoventi, pages, il parle d'un certain Barthélémy Campi de Pesaro, qui « osa entreprendre de retirer du fond de la mer la masse énorme du galion de Venise; bien qu'il échouât , il fat reconnu comme un inventeur judicieux de la macliine propre par sa nature à soulever le poids le plus grand. » Elle e&i donc italienne rinvention dont les Anglais sont aujourd'hui si fiers.

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