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GALILÉE

niais la pauvreté lui Bt accepter l'emploi de hallebardier de la ville ; nous avons de cet auteur YEuclide in campagna (1663), et des traités de gnoraonique, de stéréométrie, de géodésie.

Profiter de toutes les découvertes, éclairer la route, réduire l'hypothèse en science, futle mérite de Kepler, qui, par des hypothèses hardies, découvrît les véritables lois du monde; Galileo Galilei eut également ce mérite (1). Tandis qu'il étudiait la médecine et la philosophie dans Tuniversité de sa patrie, il se passionna pour les mathématiques, et, à 21 ans, il était Tun des géomètres les plus distingués. Dans une église, la vue d'une lampe qui se balance l'amène à conclure que les oscillations grandes ou petites se succèdent en des temps égaux, et qu'elles peuvent dès lors servir à mesurer le temps. Afin d'accroître la force et la précision des sens, il invente le compas de proportion, le microscope (2), le thermomètre, et bien que cet instrument n^offrît pas, au moyen d'un point fixe de départ, des degrés de comparaison, jamais jusqu'alors on n'avait employé un phénomène physique pour mesurer l'intensité d'une cause ; en traitant de la statique et de la dynamique, il affermit les principes de la mécanique, stationnaire depuis Aristote ; grâce à son théorème de l'équilibre des poids inégaux ou des vélocités virtuelles, il pourvut à l'insuffisance ou à l'excès des forces.

De ces règles du mouvement accéléré ou retardé, il déduisit des corollaires importants. Sur les traces d' Aristote, on imprimait cette puérilité, que le boulet, en sortant du canon, décrit deux côtés d'un parallélogramme : a Ce n'est pas vrai, disait Tartaglia; mais la ligne droite décrite à son départ, et celle qu'il suit en tombant sôtit les tangentes d'un arc de cercle. » Cardan voyant que la force nécessaire pour soutenir un poids sur un plan incliné, devient zéro sur un plan horizontal, tandis qu'elle est égale au poids sur un

(1) 11 naquit à Pise le 18 février 1591, à neuf heures du soir; vers les onze heures avant minuit du même jour, Michel-Ange mourut à Rome. Mais il n*est pas vrai que Galilée soit mort le jour où naquit Newton, puisque celui-ci vint au monde le 25 décembre 1642, date qui correspond an 5 janvier 1643 de la réforme grégorienne, tandis que Galilée mourut le 8 Janvier 164 2T

(2) Barthélemi Imperiali, le 5 septembre 1624, remerciait de Gènes Galilée de lui avoir fait don d*un microscope : « ce qu'il révèle est très-certain , parce que j'aperçois dans certains petits animaux des choses qui étonnent et ouvrent un large champ à de nouvelles spéculations philosophiques. Je suis fier, et le tiens en grande estime, d'avoir été le premier, à Gènes, favorisé de cet instrument. Beaucoup en désirent, et le poitent aux nues; je n'ai pas peu à faire pour donner satisfaction à tant de gens. »

AM GALILÉ£.

plan perpendiculaire^ en concluait que cette force variait en raison directe d« l'angle que le plan fait avec Thorizon. Benedetti avait une idée un peu ri^eilleure, en attribuant la force centrifuge des corps à leur tendance à se mouvoir en ligne droite -

Aristote indique le mouvement composé, et d'autres écrivains sur la mécanique en parlent d^me manière implicite ; toutefois, aucun moderne ne paraît en avoir fait un usage raisonné, avant que Galilée démontrât que le mouvement des projectiles est parabolique; de là, il fut amené à comprendre que la déflexion curviligne est produite par des forces agissant dans des temps infiniment petits. Avec Aristote , on disait que la chute des corps graves s'accélère en raison directe du poids et en raison inverse de la densité du milieu; mais Galilée démontra par Texpérience que le coton et le plomb tombent dans le vide avec une égale vitesse; en outre, il donna la loi de l'accélération des corps graves et de leur descente sur des plans inclinés, et enseigna que, pour mouvoir un poids, il fallait employer une plus grande force que l'obstacle, ou y suppléer par une plus grande vélocité. Au moyen de raisonnements, il établit que les espaces parcourus dans la chute, sont comme les carrés des temps et croissent suivant les nombres impairs; que l'espace entier est la moitié de celui qui aurait été parcouru uniformément dès le principe avec la vitesse fmale. Sur la résistance des solides à la fracture de leurs parties, il exposa des principes acceptés aujourd'hui , bien que Descartes s'en soit moqué. Dans le traité Des choses qui sont dans Veau, il établit ce que Ton appelle le paradoxe hydrostatique, qu'il connût on non les travaux de Stewin, et démontra que la forme des corps ne contribue nullement à les rendre plus ou moins flot>tants.

Le médecin Fracastor, l'un des premiers qui substitua aux causes occultes l'action des atomes, considérait les corps comme s'attirant l'un l'autre, et assignait un principe impondérable aux phénomènes électriques, magnétiques et physiologiques ; en combattant les épicycles, il ouvrit la voie au système de Copernic, comme il se servit le premier de lentilles astroscopiques (1). Cette invention resta stérile jusqu'au moment où Pon apprit qu'en

(1) Il raconte que, pour observer les étoiles, on se servait de certains verres, grâce auxquels la lune et les étoiles ne paraissaient pas plus élevées que de hautes tours (sec. i, cli. 23); il ajoute, « si l'on regarde avec deux de ces verres oculaires, en les plaçant Tnn sur Pautre, on voit tous les objets plus grands et plu!^ rapprochés (sec. ii, ch. 8). »

S£S SÉGOUYEETËS £T S£S M£XHOD£g. 441

Hollande on avait inventé une sorte d'instrument qui grossissait le volume des objets, éloignés. Galilée étudia les lois de la réfraction, et découvrit qu'on pouvait grossir jusqu'à trente fois le volume d'un objet; il fit don d'un instrument de ce genre au sénat de Venise, qui le récompensa libéralement. Tout le monde alors voulut appliquer Tœil à cet instrument, qui fut appelé télescope par Demissiano. Venise se remplit aussitôt de fabricants de lunettes d'approche, recherchées partout; mais, dans les mains de Gfililée, elles servaient à autre chose qu'à satisfaire la curiosité. Son télescope se composait simplement d'un objectif convexe et d'un oculaire concave, de sorte qu'il donnait à peine un agrandissement linéaire de trente-deux fois, outre qu'il embrassait un champ fort étroit ; il est donc plus étonnant qu'il ait suffi à des découvertes plus magnifiques que celles qu'on a jamais faites avec des instruments très-perfectionnés, découvertes qui furent publiées dans le JSuntius Siderem (l) dix mois après la découverte de cet leio. instrument. En observant le globe de la lune, il en trouve la surface et les contours raboteux, et suppose qu'il y a des montagnes^ dont quelques-unes sont plus élevées que Içs nôtres ; il est amené à cette hypothèse, parce qu'elles /réfléchissent les rayons solaires dans des temps et à des degrés divers; il attribue la couleur cendrée de sa partie obscure à la lumière du soleil répercutée par la terre. Les planètes lui paraissent des corps ronds comme la lune, tandis qu'il ne voit dans les étoiles fixes que des corps scintillants. Dans la pléiade, il ne compte pas moins de quarante étoiles; la voie lactée et la nébuleuse Orion sont pour lui un amas d'étoiles. Il signale les phases de Vénus, et Saturne lui semble avoir des ailes, qui sont ensuite reconnues pour être l'anneau de cette planète. Le soleil, que Ton regardait comme une masse de flamme très-pure, il le déclare susceptible de se corrompre et soumis à un mouvement de rotation, ce qu'il déduit de ses taches. Il aperçoit autour de Jupiter quatre astres plus petits, qui le lendemain ont changé de place, et il affirme que ce sont des lunes; c'est ainsi qu'il découvre (2) ce beau système qui offre en petit

(1) Dtths le coU^^e Romain, on trouve mannscrites (Codice B, /. 15) quelques lettres de Galilée à Ciiristophe Glayius de Bamberg, mathématicien illustre et théologien jésuite, un des réformateurs du calendiiçr; celle du 17 septembre 1610, montre quMl avait des moyens très-imparfaits pour ses observations

(2) Nescio quo facto doctus, dit-il. L'ingénieuse idée, que leurs occultations pourraient servir à déterminer la longitude, brilla bientôt à l'esprit de Peiresc ;

442, SBS DÉOOUVBRTEli ET SES MÉTHODES.

ninage du système solaire dont il fait partie, et présenté' à Vûeil, tout d'une fois, des parties que, dans le système solaire, le raisonnement seul peut réunir.

Il s'étonnait^ et le monde s'étonnait avec lui de découvertes si nouvelles, et c'était en vain que Tenvie croyait les discréditer en les dissimulant; lui-même ne se hâtait pas de les publier, on les annonçait couvertes d'un voile obscur^ ce qui fit naître plus tard des contestations dé priorité (1).

Ses raisonnements, cet enchaînement dans les idées qu'il expoSs avec une rare clarté^ bien que prolixe parfois, les méthodes q[u'il enseigne et les erreurs dont il affranchit, tout cela est encore plus admirable que ses inventions : ne pas s'arrêter à l'autorité, négliger les recherches sur l'essence des choses, les démonstrations à priori, les abstractions prises comme des réalités, les hypothèses adoptées comme des théories; regarder le doute comme le père des inventions et le chemin de la vérité; vouloir la vérité toute seule^ et la contrôler au moyen de la scrupuleuse observation (f), du calcul, de i'exameh géométrique; an lieu dé se fier à la dialectique^ laquelle peut bien démontrer ce qui est trouvé, mais ne sait rien trouver; ne pas combattre une autorité par une autre^ mais opposer aux assertions des philosophes le grand li\{re de la na> ture^ laquelle a fait beaucoup avec peu, et ses opérations sont toujours merveilleuses au même degré^ i> telle est la méthode de

ceux qui attribuent à Harriott la découverte des satellites de Jupiter et des tadies solaires ont été réfutés depuis longtemps.

« (1) Galilée, dans la crainte que d'autres lui ravissent la découverte des phases de Vénus, et n'ayant pas néanmoins assez d'observations pour la certifier, la publia avec cet anagramme : ffœc immaturaa me jam frustra leguntur. o. y. Personne ne put déchiffrer cette énigme, jusqu'au moment où, sur la demande de Temperenr, il TeiipKqua par cette autre, ayant les mêmes lettres : Cintkyx figuras emuiaéur mater amorttm^ ; .

pn sait que Newton inventa le calcul des fluxions en 1665^ dont il ne dit rien durant onze ans; mais ayant appris que Leibniz possédait une analyse semblable, il lui envoya un anagramme, danë lequel il exprimait la base de la sienne. - '

(2) Galilée, dans une lettre à la duchesse de Toscane, cherchait à délermioer les limites de l'autorité : « Je me figure que Tautorité des saintes écritures a eu pour objet de persuader les hommes des articles et des proposiUons qni , étant au-dessus de toute intelligence humaine, ne peuvent se rendre croyables que par la bouche de r£sprit-Saint lui-même... Mais que Dieu, qui^ous a dotés de sens, de parole et d'intelligence, ait voulu, rejetant leur usage, nous donner par un autre moyen les connaissances jque nous pouvons acquérir aycc leur aide, au point que nous devions répudier ce qui est démontré par l'expérience et la raison, c'est ce qu'il ne me parait pas nécessaire de croire... »

SES DÉGOtrVfiRTES ET SES BÎÊtHOBES. 443

Galilée^ grâce à laqueHe il mettait déjà en pMiqîie dû que BkcôW devait ensuite réduire en théorie. Il mérite donc mieux que le savant anglais (1) le titre de restaurateur de la philosophie et de la science, et nous comprenons la signification de ses paroles, lorsqu'il disait avoir consumé plus d'années dans la philbsôphie que de mois dans les mathématiques ; en outre, si Baèon donne le programme des découvertes» futures, il n'en fait aucune, dépourvu qu'il est de Tesprit inventif; sans doute, il possède unç méthode admirable, mais il n'en fait aucun tisage insigne , bien qu'il décrive avec précision, exalte la science avec enthousiasme, et prêche avec toute l'éloquence d'un apôtre. Galilée, néanmoins, exerça moins d'influencé que Descartes et Bacon, parce qu'il eut moins en vue de convaincre les autres ou de les pousser aux découvertes que de s'éclairer lui-même et de faire des applications. En effet, il employé l'isochronisme du pendule à mesurer les pulsations de l'artère et le temps; il établissait les lois de la consonnance et de la dtssonnance, ainsi que celles dés couleurs dans le traité De visu et coloribus, qui est perdu; il écrivit sur les fortifications un ouvrage, resté inédit jusqu'à nos jours; il connut que les satellites de Jupiter pourraient servir à déterminer les longitudes, et il offrit cette application à TEspagnequi n'en devina point l'importance (2).

Pour comprendre la grandeur de Galilée, îl faut le coniparèr avec se& contradicteurs. Les platoniciens croyaient le ciel gouverné par des forces spéciales , qui n'avaient rien de commun avec la terre; les péripatéticiens avaient édifié une astronomie à priori; lorsque le savant jésuite Glavius apprit la déQOUverte des satellites de Jupiter, il dit que pour les voir il faudrait d'abord inventer

(1) Bacon connut les ouvrages de Galilée; voir VOrganum, livre h, stph, 39; Sylva sylvarum^ n° 79 i. — Bien que les Anglais idolâtrent par patriotisme Bacon et Harriott, ils rendent un témoignage éclatant à Galilée, comme on peut le voir dans sa vie qu*a écrite naguère Driukwater Béthune, dans V Introduction ofthe literature of Europe etc., de Hallam; dans'la JPreZtmtnary dissertation ta Encyclop. britan . de Playfair, lequel dit que « de tous les écrivains qui vécurent dans le temps où l'esprit. humain brisait à peine les entraves de TigDorance et de la barbarie, Galilée, plus que tout autre, parla le langage de la véritable plu'loâophie, et resta pur de la souillure de Tépoque quant au goût, aux pensées, aux opinions. »

(2) Galilée dut être affligé de n^en recevoir aucune réponse; mais 09 sait aujourd'hui que le grand-duc Gosme écrivit à Philippe III qi^il n'aurait pas laissé partir Galilée, s'il n'avait obtenu de lui Tautonsation d^envoyer chaque année, du port deLivoume aux Indes espagnoles, deux navires affranchis de tous droits. Nelli, Vie de Galilée,

iftlS-iSftS.

444 SYSTÈME DE GOPEENIC.

un iostrument afin de les fabriquer. Sizzi, astronome de Florenoe^ niait quil pût y avoir plus de sept planètes, attendu que le candélabre hébraïque n^a que sept branches^ et que le fœtus est parfait à sept mois; on faisait des mascarades pour se moquer des sâ.tellitesde Jupiter ; la cour de France offrait des dons à Galilée pouir que^ s'il trouvait des astres , il les nommât Bourbonniens, comme il avait appelé les autres Médicéens. En laissant tomber un corps de la tour inclinée de Pise y il convainquit d'erreur le théorème d'Aristote qui proportionnait la vitesse .à la pesanteur; mais il souleva une telle rumeur, qu'il dut passer de cette université à celle de Padoue, pour vivre sous un gouvernement qui, dans les opinions philosophiques , tolérait la liberté proscrite dans le domaine politique (1).

Bien que la plupart des savants, avec Ptolémée , enseignassent l'immobilité de la terre, autour de laquelle ils faisaient tourner les planètes, Nicolas de Gusa avait préconisé le système pythagorique (2), qui donne le soleil pour centre immobile; il fut nommé cardinal, et lorsqu'il mourut à Todi, on déposa ses restes à Saint- Pierre-ès-Liens à Rome,

Nicolas Copernic, Prussien de Thorn , fut élève de l'université de Bologne et professeur dans celle de Rome ; à l'aide de cet argument métaphysique, que la nature emploie toujours les moyens les plus simples, et que la simplicité jointe a la beauté se révèle mieux dans le système dePythagore, il soutint que la terre, comme les autres planètes, tourne autour du soleil. D'insignes prélats l'excitaient à publier ce système ; dans ses Révolutions des globes célestes dédiées à Paul III, il traite d'absurde l'immobilité de la terre : a Si jamais des plaisants , étrangers aux mathématiques, « prétendaient condamner mon livre , en vertu de quelques pas- « sages de l'Écriture, torturés pour servir leur intention, je méa priserai leurs vaines attaques. . . Lactance a dit des niaiseries a sur la forme de la terre, et dans des matières mathématiques ,

(1) II y fut d*abord appelé avec un traitement de cent florins. Fabroni raconte qu'un malveiriant dénonça Galilée au sénat vénitien connme vivant en conctibinage avec Marina Gamba ; le sénat répondit que si la chose était vraie, il devait avoir de plus grands besoins pour nourrir sa famille, et porta dès lors son traitement à trois cent vingt florins. En effet, Galilée eut deux garçons et une fille naturels ; enfin on lui assigna mille florins.

(2) En outre, il croyait que la terre avec le soleil se mouvait autour du pôle du mon<1e, qui est incessamment variable. Voir Clemens, Giordano Bruno et Nicolvon Cusa; 1847, p. 97,

COHfiATTU ET DÉFENDU. 448

a OU écrit pour des mathématiciens. » Pour se mettre à Tabri des faux jugements et des calomnies^ il réclama la protection du chef de l'Église^ d'autant plus que celle-ci peut tirer quelque avantage de ces recherches sur la durée de Vannée et les mouvements de la lune. Copernic mourut lorsque cet ouvrage venait à peine de paraître ; mais^ cette même année, Gelio Galcagnini ava^t soutenu gtwd cœlum stet^ terra autem maveatur. '

Avant ces astronomes, Jean-Albert Widmanstadt, se trouvant à Rome en 4533, soutint le système pythagorique en présence de Clément YII^ de deux cardinaux et d'illustres personnages ; il obtint en don du pape le beau manuscrit de Touvrage grec Du sens et du sensible d'Alexandre d'Aphrodisie ^ que Ton conserve aujourd'hui à Munich^ et sur lequel il nota lui-même ce fait. Le père Antoine Foscarini, carme de Naples, à son départ pour aller prêcher à Rome^ écrivit au général de son ordre une lettre^ dans laquelle il cherchait à concilier les systèmes de Pythagore et de Copernic avec les passages de TÉcriturequi semblent y répugner : lettre longue^ non dépourvue d'élégance^ et débarrassée des subtilités que Ton trouve d'ordinaire' chez l'écrivain qui entreprend exprès de défendre ou de condamner (i). C*est donc à tort qu'on attribue à l'Église de l'hostilité contre une doctrine qui ne l'offensait pas ; /ju'on dise plutôt qu'elle était contrariée chez le vulgaire par le témoignage des sens, et par les préjugés chez les savants , qui regrettaient de désapprendre ce qu'ils avaient appris , et de renier leur foi en Ptolémée et Aristote.

Chiaramonti de Césène, dans un ouvrage de 1632^ raisonnait ainsi sur cette doctrine : « Les animaux qui se meuvent ont des « membres et des flexions ; la terre n'en a pas^ donc elle ne se « meut pas.. . Les planètes, le soleil, lesfixes^ sont tous d'un même « genre, qui est celui d'étoiles ; donc^ ou tous se meuvent, ou « tous sont immobiles. C'est un grave dommage de mettre parmi « les corps célestes^ si purs et divins^ la terre qui est un cloaque a des matières les plus impures. » D'autres invoquaient l'expérience^ en disant : une pierre lancée en haut irait tomber à la distance d'autant de milles que la terre en aurait parcouru dans cet instant; l'oiseau sorti de son nid ne saurait plus le retrouver^ si la terre tournait sous lui ; il est positif que la lune tourne autour de la terre , et pourquoi celle-ci aurait-elle seule une telle propriété? Alexandre Tassoni, penseur aussi fin qu'indépendant, faisait cette

(1) £Ue est imtn'iinée partni les œuvres de Galilée à Florence, t. V, 1854.

446 GO»AJTn ET vtftamj*

objection^ ridicule aujourd*hui, mais qui alors séduisit beaucoup dindividus : « Qu'une- personne se place sans bouger au notili^ d'une chambre, et regarde le soleil d'une fenêtre donnant sur midi. Si le soleil reste immobile au cmtre, et si la fenôtre tournée avec cette inunense vitesse, il est certain que le soleil disparaitrsr en un instant à ses regards (1). » Viète^qui perfectionna l'algèbre^ intelligence éminemment philosophique, dans VUamumicum cœleste qufi l'on trouve autographe à la bibliothèque Magliabechiana^ soutient que le système de Ck^eraic dérive d'une fausse géoniétrie ; Descartes lui est contraire dans quelques endroits, Gassendi n^ose point le prodamer, et fiacon le tourne en dérision comme répugnant à la philosophie paturelle ; le Français Claude Bérigard^ professeur à Pise et à Padoue, auteur des Cercles pisans , et re« nommé parmi lés penseurs et les novateurs en philosophie les plus ingénieux, le réfute dans les Boutes à Poceasion de Vimmobi' Uté de la terre.

Ce ^'étaient donc pas seulement des ignorants et des moines qui combattaient une vérité, imparfaitement annoncée^ et ne s'appuyant pas^ comme aujourd'hui, sur un grand noinbre de pireuves. Il est vrai que les phases de Vénus et de Mercure attestaient que ces planètes tournent autour du soleil ; la découverte des satellites de Jupiter et de Saturne^ la rotatioa certaine de Mars et de Jupiter amenaient à conclure qu'il en était de même de la terre ; en effet, les mêmes phénomènes dont nous sommes frappés sWriraient à un observateur placé sur ces planètes; mais il restait trop de doutes, parce qu-on n'avait pas encore mis en évidence Taberration , la dépression de la terre aux pôles, le gonflement des eaux sous l'équateur, les variations du pendule à mesure qu'on change de latitude. Une grande difficulté naissait encore de la distance des étoiles fixes, distance incalculable ^ à cause du manque de tout parallaxe annuek Copernic croyait Torbite des astres nécessairement circulaire; dès lors, s'il expliquait le changement alternatif des saisons au moyen du parallélisme que l'axe de la terre consecve toute l'année , il était contraint d'attribuer cette manière d'être à un troisième mouvement.

Galilée lui-même s'exprimait ainsi : « J'avais terminé la philo- (k Sophie, lorsqu^il arriva deRostock en Italie un certain Christian « Wursten, disciple de Copernic, qui, dans une académie et de- « vant un nomlnreux auditoire^ donna quelques levons de son

iMf^n^ées divwses.

GOMBATTa ET DÉPENDU. 447

Q système. Je pensai que la plupart cédaient au charme de la a nouveauté^ et^ convaincu que ce système était d'un fou avide, a de célébrité, je ne voulus pas même y assister. J'interrogeai a quelques auditeurs^ et tous me dirent qu'ils y allaient pour s'en a moquer. Un seul m'assura que la chose n'était pas ridicule, et^ a comme je le savais homme calme et réservé, j^e regrettai d'ayoîc a négligé les leçons de Christian ; toutes les fois que je rencontrais a un partisan de Copernic^ je lui demandais s'il avait toujours a professé cette opinion. Quelques-uns m'assuraient qu'ils avaient a eu longtemps la croyance contraire^ et que la seule force des « arguments les en avait éloignés. Je présentai à chacun les oba jections du parti contraire, et d'après les réponses de tous, je a me convainquis qu'ils n'avaient pas adopté ce sentiment par d ignorance ni légèreté. D'un autre côté , lorsque je demandais « aux péripatéticiens et aux partisans de Ptolémée s'ils avaient lu Copernic, je m'apercevais que non^ ou qu'ils ne l'avarient, .pas « compris. En oonséquei^ca, je commençai à croire que, si un « homme répudie une opinion sucée avec le lait et, commune au a plus grand nombre, pour en accepter de quelques prosélytes a une autre, anathématisée par les écçles, tenue pour un paradoxe» « il faut qu'il y ait été poussé par des arguments irrésistibles (i). » Galilée, même après qu'il eut adopté ))Ç, système yéritable^ n'osait pas le proclamer ouvertement, dans la crainte d'être ,en butte aux railleries dont les esprits vulgaires, alors comme aujourd'hui , assaillent quiconque s'élève au-dessus d'eux.

Il ne faut pas se dissimuler que Galilée s'était fait une foule^i'ennemis, en partie à cause de la malveiliance instinctive du beau monde contre les talents supérieurs» en partie par sa faute; en effet, oubliant que l'erreur est parfois le chemin de la vérité, et que,

(1) Systema cosmicum, dial.ii. {». 12lJ £n 1597, ii écrivait à Kepler ; Multos conscripsi ei rationes et argumentorum in contrarium eversiones^ quas tamen in lucem hwcusque prof erre non sum atutis , fortuna ipsitis Copernici prœceptoris nostri pertetritus, qui, lipet siffi apud aliqms immortalem/amam paraverit, apud infiniias tamen (tantus enim est stultorum numerus) ridendus et explodendus prodiit, KsPhERif Opéra, ioiu. ii, p. 69; Leipzig, *i7 18. J'ai lu dans les riches archives Rinuccini à Florence un autographe de Galilée, des dernières années de sa yie, dans lequel , quel qu'en soit le motif, il revient à sa première opinion contre la théorie de Copernic , et met en évidence les ai|;ttments physiques qui la. i^epoussent. Ces arguments, il est vrai, étaient tels qu'un savant ne pouvait alors adopter complètement ce système, comme il serait impossible ai^ourd'hui de le jrévoqiier en doute, après les arguments d'évidence irrésistible qu'ignoraient le^ coiitemporains 4e QalUée.

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