GALILÉE PERSÉCUTÉ
pour défendre une idée fausse des anciens, on n'est pas toujou stupide ni vil ^ attendu la force d'inertie inhérente aux espril^ comme à la matière, il flagella sans pitié les partisans d'Aristote , repoussa les attaques avec de cruels sarcasmes^ et parfois se fi& agresseur sans respect pour le génie et les malheurs. Puis, les êtres rampants, qui suivent les pas de tout homme illustre pour le frap— per traîtreusement, commencèrent à effrayer la conscience contre son système , jusqu'alors réputé inoffensif; de sots prédicateurs l'accusèrent d'hérésie (1). Dans des temps de nouveautés controversahles, Rome ne pouvait rester indécise quand il s'agissait de proclamer la vérité ; elle devait donc prendre ombrage d'im philosophe qui, dans les opératiqps de l'intelligence, acceptait pour règle unique les lois de la nature ; or, ces lois bouleversées, on avait à craindre également pour les vérités métaphysiques et morales.
Tant que le mouvement de la terre restait à Tétat d'hypothèse , .
elle ne voyait pas la nécessité de le faire concorder avec divers pas- '
sages des saintes Écritures, comme alors qu'il fut démontré d'une manière certaine. Galilée lui-même prétendit Isnseigner dans quel \
sens il fallait l'entendre, et il appuya sur des passages de Pères des théorèmes qui ne pouvaient être démontrés que par le calcul \
et l'expérience. Il disait que, a dans l'Écriture , on trouve des propositions fausses quant au sens nu des expressions ; qu'il fallait^ 1
(1) Ftrt Galilxi, quid statis aspiciens in cœlum, fut le texte choisi par an prédicateur à Florence. Dans une lettre de Pignoria, 26 septembre 1610, je trouve une autre application heureuse de lexte : « Je vous informe qu'en Allemagne Kepler a observé quatre nouvelles planètes, et qu'en les voyant il s'est écrié comme Julien l'Apostat : Galilée, vicisti. »
Guillaume Libri, qui dénigre le plus qu'il peut la conduite de TÉglise dans cette aflaire, avoue cependant que, lorsque le dominicain Caccini déclama contre Galilée, Marufïi, général de cet ordre, en écrkit des excuses à Galilée, en lui exprimant le regret d'être obligé de participer à toutes les sottises que pouvaient faire trente ou quarante mille moines. Dans l'Angleterre, non catholique, la patrie des grands penseurs, et beaucoup plus tard, lorsque Newton enseigna la méthode des fluxions, des docteurs du haut de la chaire mettaient en garde contre ces « novateurs, gens perdus qui tombaient dans les chimères, » exhortant à éviter leur commerce « pernicieux pour l'esprit et la foi. » Savérien, Dictionnaire des mathématiqueSf tome i.
La lettre de Galilée au père Ranieri, dans laquelle il raconte son procès avec étendue, et que Tiraboschi a donnée comme authentique, est tenue pour apocryphe. Le procès original de Galilée apporté en France en 1809 ne fut point restitué en 1815. Pie IX put enfin l'obtenir, et le replaça dans la bibliothèque du Vatican en 1850. Monsignor Marini en a parlé longuement dans l'opuscule Galilée et Vinquisition, Il comprend aussi le procès de 1615.
dans les discussions sur les faits naturels^ ne l'invoquer qu'en dernier lieu ; que c'est dans le but unique de s'accommoder à Tignorance du peuple^que rÉcriture s'est abstenue de bouleverser les principaux dogmes; que Fargument philosophique, dans les choses naturelles, prévaut sur l'argument sacré. » De là naquit la persécution dont notre siècle a fait tant de bruit , comme s'il n'avait pas vu persécuter les hautes intelligences.
Cette manière d'envisager les saintes Écritures dans des questions scientifiques déplut^ et Galilée fut dénoncé au saint office. Les inquisiteurs avaient l'habitude de remettre l'examen du fait à des qualificateurs^ espèce de jurés qui prononçaient sur de3 matières à eux connues ; mais, comme les astronomes espagnols avaient contredit Colomb, comme les académiciens de Napoléon ont dédaigné les bateaux à vapeur, de même ces qualificateurs déclarèrent fawse e.t contraire aux divines Écritures la doctrine de la mobilité de la terre. La réponse que Clavius et trois autres jésuites adressèrent au cardinal Bellarmin atteste qu'ils acceptaient avec respect les nouvelles observations; pourtant on trou^ vait qu*il y avait de l'audace à soutenir cette doctrine, non comme hypothétique, mais comme une vérité absolue, et les inquisiteurs s'attribuèrent le droit de condamner^ sur les infonnations des autreS; des opinions déjà proclamées à l'ombre de la papauté.
La congrégation de l'Index enjoignit donc à Galilée, mais sans i^is. qu'on lui infligeât ni châtiment ni pénitence, de ne plus parler du système de Copernic (1); toutefois, dans Rome, il ne cesse d'en discuter, et couvre ses adversaires de ridicule. Paul V l'assura
(i) ^ Nous, Robert, cardinal BeUarmÎD, inrormë que le seigneur Galilée a été calomnié, et accusé d'avoir fait une abjuration entre nos tnains et de s^étre vu condamné à subir une pénitence; après des recherches à cette occasion, nous affirmons, conformément à la vérité, que ledit Galilée n*a fait ni entre nos mains ni entre celles d*autres personnes , autant qu'il est à notre connaissance, aucune sorte d'abjuration, ni à Rome ni ailleurs, d^aucune de ses opinions et de ses doc^ trines ; qu'il n'a été soumis à aucune espèce de pénitence ; seulement, on lui a notifié la déclaration de notre saint Père, publiée par la Ck>ngrégation del'lndei, déclaration portant que la doctrine attribuée à Copernic, que la terre tourne autour du soleil, et que le soleil occupe le centre du monde sans se mouvoir de l'orient à l'occident, est contraire à la sainte Écriture, et qu*en conséquence, il . n'est pas permis de la défendre et de la soutenir. En foi de quoi, nous avons écrit et signé la présente de notre propre main, ce jour 26 mai 1616. Robert, * cardinal Bellarmin.
Il n'est pas inutile de répéter que l*ouvrage de ce même Bellarmin, De romano pontificey fut mis à l'index pour querque temps. L^Église n'a jamais considéré comme inAiillibles les décrets des congrégations.