‹ Histoire des ItaliensChapitre 17 sur 150 · DESSEINS DE SIXTE-QUINT · texte numérisé non relu

DESSEINS DE SIXTE-QUINT

grande disette ou la peste , si quelque province chrétienne était menacée de tomber au pouvoir des infidèles, ou si un prince faisait la guerre à l'État de l'Église, mais toujours dans les cas d'extrême nécessité. Grever le pays et faire des emprunts pour amonceler des capitaux improductifs est une erreur pardonnable dans un temps où Ton ne savait pas que l'argent n'a de valeur qu'autant qu'il est mis en circulation (1).

A l'aide de ces moyens, il parvînt à rendre à la tiare quelque splendeur. Caressé par les rois à cause de son argent, il fit taire leurs prétentions, et chacun d'eux lui fut aussi dévoué qu'il s'était montré hostile à son prédécesseur. Outre plusieurs anciens droits qu'il rendit à Ancône, il accorda des privilèges aux cités de la Romagne, à Fermo un archevêché, un évêché à Tolentino et à sa ville natale de Montalto. Il fit de Lorette une cité, améliora l'administration civile, multiplia les dépenses extraordinaires qui se couvraient d'abord avec cent quarante six mille écus, et en consacra pour les constructions seules plus de trois millions deux cent mille. L'agriculture fut favorisée, et chacun, sous menace de châtiments, dut planter des mûriers. Il encouragea les industriels qui s'occupaient des étoffes de soie et de laine ; enfin, il résolut de dessécher les marais Pontins et d'Orvieto, dépensant deux cent mille ducats pour creuser le lit de la rivière qui conserve son nom ; il aurait voulu que chaque nonce eût dans la ville où il résidait un palais qui lui appartînt.

A côté de tant de parcimonie et d'une manière de penser si positive, ses projets grandioses et fantastiques frappent de stupeur. Il fit construire dix galères , et destina soixante dix-huit mille écus pour la marine. Il conçut l'espoir de détruire l'empire ottoman, et traita dans ce but avec la Perse, les Druses et quelques chefs arabes ; il équipa ses galères, auxquelles l'Espagne devait en joindre d'autres, tandis qu'Etienne Bathori partirait de la Pologne pour rompre la première lance. Ce projet évanoui, il songea à conquérir l'Egypte, avec l'intention de réunir par un canal la mer Rouge à la Méditerranée, afin de ramener le commerce dans son ancienne voie; en attendant l'occasion de recouvrer la Palestine, il se proposait d'enlever le saint sépulcre pour l'ériger à Montalto, près de la sainte maison de Loretie. On dit même qu'il ouvrit des

(1) Les grosses d^tes contractées par Urbaia VIII et Innocent X font croire que c«s millions éUient dépensés. Dans le mois de mars l793, Cacaull écrivait à la ConvenUofi de France qu'il y avait encore au château Saint-Ange un million d'écus du trésor de Si\te-Quint.

Page 1