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RÉFAKATIONS ET CONSTRUCTIONS A ROME

l'envi, et ceux des Riario , des Chigi, des Farnèse, des Orsini égalèrent en beauté les constructions antiques^ qu'elles surpassèrent en commodité.

Le sac de Rome et la peste la dépeuplèrent de nouveau ; mais sous Pie IV on se remit à construire, et les palais se relevèrent sur les collines abandonnées. Ce pape agrandit la ville en formant le bourg Pio^ répara la vieille enceinte du Vatican, refit la porte Popolo, et de celle qui conserve son nom il ouvrit une rue qui s'étendait jusqu'à Montecavallo. Il rendit à l'usage public la rue Aurélia, améliora celle qui mène à la campagne de Rome, fit terminer dans le palais du Vatican la salle de réception, la magnifique cour du Belvédère et deux réservoirs d'eau ; il construisit le séminaire romain, donna à Venise le palais de Saint-Marc, fit restaurer les églises qui donnaient leur titre aux cardinaux , et les basiliques nouvelles n'avaient rien à envier aux anciennes. Sur le nouveau Capitole s'éleva par ses soins le palais des Conservateurs, d'après le plan de Michel-Ange, lequel édifiait aussi sur le Viminal la Chartreuse des Anges, à laquelle il adaptait les admirables débris des thermes de Dioclétien. -

Sixte-Quint, lorsqu'il n'était encore que le cardinal Montalto, chargea le Luganais Dominique Fontana de faire la chapelle de la crèche de Sainte*Marie-Majeure; mais, privé des pensions du pontife, il fit siaspendre les travaux. Toutefois, Fontana, enthousiasmé pour son œuvre, offrit de la continuer à ses frais; Sixte fut très-sensible à cet acte de générosité, et lorsqu'il occupa le siège pontifical, non-seulement il le chargea de terminer cette chapelle, remarquable par les élégantes proportions de la coupole et le palais voisin ( villa Negroni ) , mais il lui confia la direction de tous ses travaux, de sorte que leurs noms sont associés.

Les sept collines ne pouvaient se repeupler tant qu'elles manquaient d'eau. Pie IV avait déjà conduit YAcqtta Vergine; puis Sixte-Quint, entreprenant un travail digue des anciens maîtres du monde, amena dans la ville, d'une distance de vingt-deux milles, YAcq^ta Feliee^ qui après avoir parcouru (comme disait le Tasse) les ténèbres de son long sentier, jaillissait vive et limpide, pour contempler Rome telle que la vit Auguste. Il fit aplanir le terrain près de la Trinité des Monts, et disposer l'escalier qui réunit cette hauteur à la place d'Espagne ; il ouvrit la rue Felice et les autres qui se dirigent vers Sainte-Marie-Majeure, en plaçant au carrefour les quatre fontaines. Il agrandit l'imprimerie grecque et orientale, ainsi que la Bibliothèque du Vatican, à travers la cour du Belvédère,

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avec des peintures et des inscriptions qui représentent les fastes de ce pape ^ les conciles généraux, les plus fameuses bibliothèques, les hommes célèbres par leur savoir et leurs inventions, de telle sorte qu'elle devint la plus belle du monde. Le long du Tibre, il construisit le grand hôpital pour deux mille pauvres, toujours secondé par le même architecte, qui sur la fontaine de Termini, une des plus belles parmi les très-belles de Rome, indiqua le miracle de Moïse. De Fontana sont encore la façade de la basilique de Latran vers Sainte-Marie-Majeure, et le palais pontifical, masse grandiose avec des ornements sobres et corrects ; la partie du palais du Vatican qui regarde Rome ; des travaux autour du Quirinal , sur la place agrandie duquel il dressa les deux colosses qui portent inscrits les noms de Phidias et de Praxitèle.

Des anciens obélisques, il restait debout celui du Vatican, à moitié enseveli; afin de le transporter devant la nouvelle basilique de Saint- Pierre, on consulta tous les mathématiciens, et parmi cinq cents avis, savants ou bizarres, on préféra celui de Fontana. Gomme il paraissait trop jeune, bien qu'il eût quarante-deux ans, on voulaitconfier le transfert à Amannati et à Délia Porta ; mais il obtint du pape d'être chargé lui-même de cette opération, qui était sans exemple dans la mécanique moderne. L'obélisque, avec son revêtement, pesait un million et demi de livres ; il fallait l'enlever de son socle , l'étendre sur les chars, le redresser et l'asseoir sur la nouvelle base. Sixte choisit pour cette opération un mercredi^ jour, disait-il, où tout lui réussissait. Une anxiété générale régnait dans la ville ; dans la crainte que le bruit n'empêchât les commandements des chefs, personne, sous peine du gibet, ne dut faire entendre une parole; l'architecte se trouvait placé entre la gloire et les châtiments dont l'avait menacé le terrible pontife. On avait déjà transporté l'obélisque, qui s'élevait ^r sa base; mais les câbles ne pouvaient assez se rapprocher pour le dresser entièrement, lorsqu'un paysan s'écria du milieu de la foule : De l'eau aux cordes ! Excellent conseil, qui les empêchait de se rompre et les raccourcissait; bientôt les cloches et le canon du château annoncèrent le succès de cette entreprise, qui fut considérée comme la plus insigne du siècle. Sixte fit son architecte chevalier et noble, lui donna cinq mille écus d'or, outre le matériel qur avait servi à l'érection de Tobélisque, et lui assigna dix titres de chevalier de Lorette , avec deux mille écus d'or de pension, trausmissibles à ses héritiers. Le paysan qui avait affronté le gibet pour donner un bon avis demanda en récompense que son village natal eût le pri-

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vilége de fournir Rome de branches d'olivier pour la fête des Rameaux (i). Sixte^ heureux d'avoir accompli ce que les autres pontifes avaient tenu pour impossible^ annonça le fait aux princes et au monde, et fit même frapper des médailles. Plus tard, il érigeales autres obélisques de Latran y de Sainte-Marie Majeure, de la place du Peuple, et la coupole de Saint-Pien*e s'arrondit dans les airs.

Si Michel-Ange avait déjà employé les pierres du Golisée pour édifier le palais Farnèse, et détaché une architrave du temple de la Paix pour en faire la base du Marc-Aurèle , il n'est pas étonnant que Sixte, peu sensible au beau classique, ne se fit pas scrupule d^abattre le Settizonio de Sévère, afin d'en transporter les colonnes à Sainte-Pierre. Il se proposait de démolir le tombeau de Cecilia Metella et d'autres encore, dans lesquels il ne voyait que des encombrements disgracieux ; il détruisit le palais des papes, vénérable par son antiquité et ses formes caractéristiques, pour lui substituer le palais de Latran, œuvre dénuée de toute signi^cation. L'Apollon et les Vénus lui semblaient des ornements indignes du Vatican ; il toléra une Minerve au Gapitole, mais après avoir converti sa lance en croix. A l'effet d'enlever aux colonnes Trajane et Antonine leur* caractère profane, il les surmonta des statues de saint Pierre et de saint Paul; en outre , il fit incruster sur l'obélisque un morceau de la vraie croix, afin que les monuments de l'impiété fussent soumis au symbole de la foi dans les lieux mêmes où tant de martyrs avaient souffert pour elle.

La population de Rome, qui sous PaullV s'élevait à peine à quarante-cinq mille âmes , arriva sous lui à cent mille, gens de toutes nations, dont les costumes divers offraient un coup d'œii bizarre, et qui faisaient la cour à différents cardinaux , dans l'espoir que leur patron parviendrait au rang suprême ou bien à des fonctions honorables et lucratives. Les favoris et les parents

(1) Fontana décrivit lui-même la Manière employée pour transporter Vobélisque du Vatican, Sar cette opération , on consulta même le Milanais Ca* mille Agrippa , philosophe et mathématicien , qui publia les Nouvelles inventions sur la manière de naviguer ^ et d'autres ouvrages; il conduisit l'ilc^ua Vergine sur le mont Pincio.

Adamini de Montagnola , compatriote de Fontana , et le français Montferrand ont érigé à Saint-Pétersbourg , il y a peu d'années , la colonne en Thonneur d'Alexandre V^ ; c'est le plus grand monolithe du monde.

Le fût seul pèse 293,820 kilog.

avec le reste 423,500

L'obélisque nu pesait 337,000

avec le reste 375,922

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