HIST. DE^ITAL. * T. IX
2 TABLEAU DE L^EUROFE.
armées, dompter les aristocraties^ étouffer toutes les résistances particulières; l'Église elle-même fut contrainte de se défendre contre la force^ qui finit par en triompher. Introduire régalîté, abattre les tyrannies féodales^ réveiller chez les hommes la conscience de l'unité au moyen d'une politique nationale, rendre Tinstruction accessible à tous, faire participer à Tindustrieles classes inférieures, étendre l'idée de la parité de droit et de la condition civile, tels sont les services qui font estimer la monarchie des peuples; mais lorsqu'aux bouleversements succède l'ordre^ un génie, comme Constantin, Gharlemagne ou Napoléon, sait faire servira son but toutes les activités ; d'autres ne savent que recourir aux violences, à la compression, et voilà ce qu'on fit en Italie au seizième siècle. — Dante ! tous auriez pu voir que la paix du despotisme triomphant est la paix du sépulcre.
Le commerce, loin de fleurir après que s'apaisèrent les tumultes, périt dans l'atonie universelle. Des jours incertains et tristes succédaient aux temps orageux; on ne voyait ni la vigueur individuelle du sixième siècle, ni les vastes aspirations du huitième, et la scène, agitée naguère par les passions, était occupée par des intérêts immédiats et mesquins. La patrie manquant, on vit disparaître l'énergie du guerrier, l'habileté du politique, la liberté de l'écrivain ; au culte de la commune se substitua l'égoïste point d'honneur, aux batailles le duel, aux vives croyances les formes légales et des opinions, au droit public catholique une politique d'habileté, dépourvue de tout idéale fondée non sur la raison, mais uniquement sur le fait, non dirigée par le sentiment, mais par le calcul et la force. Cependant, la religion faisait encore bouillonner toute l'Europe, qui souffrit jusqu'à la moitié du dix-septième siècle pour se donner l'organisation dont elle dut s'accommoder jusqu'à la révolution française.
L'Angleterre, violemment entraînée à un schisme qui attribuait au roi l'omnipotence même dans les choses de la religion, le maintenait par de féroces lois pénales; bien plus, elle faisait deux révolutions qui, anéantissant le droit divin des rois, devaient changer la dynastie, éterniser l'oppression du peuple irlandais, établir et consolider les privilèges des propriétaires, mais élever la nation au comble de la grandeur politique et commerciale, à cette liberté civile qui ne livre au gouvernement que la moindre partie de l'activité individuelle.
Les Pays-Bas, soulevés contre l'Espagne, soutinrent une guerre très-longue; enfin, une partie fut ramenée sous la domination