‹ Histoire des ItaliensChapitre 3 sur 150 · PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PHILIPPE II

autrichienne, et l'autre s'assura avec le culte réformé Tindépendance, qui lui valut une merveilleuse prospérité commerciale. L'Allemagne, divisée en deux factions religieuses, devenues factions politiques , avait perdu la suprématie du moyen âge. L'empereur était encore à la tête des catholiques; mais , •loin d'assurer leur triomphe, il vit les troubles aboutir à la guerre de Trente ans, pendant laquelle ce centre de l'Europe fut parcouru et ravagé par des armées pires que des bandes de brigands.

Dans la France méme^ les huguenots se soulevèrent , au point d'en venir à une guerre ouverte. Henri III^ expulsé de sa capitale^ fut assassiné ; Henri deNavarre^ héritier des droits à la couronne, abjura pour l'obtenir^ et, par un édit de tolérance, plaçait auprès des catholiques les réformés , avec des privilèges, des forteresses, des soupçons, en décomposant ainsi l'unité du royaume, jusqu'au moment où Louis XI Y révoqua cet édit ; la France joua le premier rôle en Europe, en se déclarant la protectrice des catholiques dans le même temps où elle soutenait les réformés en Allemagne pour abaisser les empereurs.

' Ces monarques étaient électifs, et bien qu'ils s'intitulassent empereurs romains, ils ne s'inquiétaient pas de la consécration pontificale, comme ils négligeaient d'intervenir dans les affaires d'Italie. On les prenait toujours dans la maison d'Autriche, qui à ce titre d'honneur joignait le royaume de Bohême, bouleversé par la réforme; le royaume de Hongrie, qui la constituait le boulevard de la chrétienté contre les Turcs; la Styrie, le Tyrol, qui en faisait une voisine dangereuse pour Venise. Située au cœur de l'Europe, elle occupait le premiei' rang, surtout après que l'Autriche et le Tyrol marchèrent d'accord; mais la guerre de Trente ans la fit descendre de la position offensive au rôle défensif. Cette puissance combinajt sa politique avec celle de l'autre branche, à laquelle obéissaient l'Espagne et une grande partie de l'Amérique et des Indes orientales, vaisseau immense, dont la proue touchait aux Philippines, et la poupe aux Antilles.

Philippe II, qui avait succédé à Charles-Quint dans le royaume isse-ss. d'Espagne, trouva les idées, les intérêts, la religion de toute l'Europe bouleversés par la réforme , et consacra toutes ses forces au rétablissement du passé. Les doublons qu'il tirait des mines américaines couraient partout afin de soudoyer des opposants aux réformés. Ses armées combattaient dans tous les pays ; or, comme après un siècle de convulsions il représentait la réac-

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tion, il devint le but des armes et des diatribes de tous ies valeurs du monde , les(|uels s'entendirent pour en dire tout le mal j)Ossible, au point d'inventer Tépisode tragique de son fils don Carlos; ils Tout représenté comme l'inventeur de la politique mystérieuse, comme un fantôme assis sur les confins du moyen ftge, entouré de ténèbres éclairées seulement par les flammes des bûchers, afin d'empêcher le progrès de la pensée et de la liberté.

Tranquillement superbe, profondément religieux, éminemment Espagnol, il montra une tendresse et un respect exemplaires à son père, dont il respecta même les faiblesses, au point de chercher et d'élever son bâtard , qui devint ensuite fameux sous le nom de Jean d'Autriche. Infatigable au travail , il apostillait et corrigeait les lettres de ses secrétaires, écrivait de sa main, et bien, quoique longuement; il vit le siècle d'or de la littérature espagnole, bien qu'il ne la favorisât point; il n'était pas guerrier et pourtant sous son règne les Espiignols livrèrent quelques-unes des plus grandes batailles de Thistoire. Ferme dans les revers , sans jamais être enivré par les succès, lorsque l'amiral auquel il avait confié la flotte dite Vinvincible armada vint lui annoncer que la tempête l'avait dispersée, il lui dit seulement : DuCf je vous avais envoyé contre les ennemis, non contre les éléments; il reprit la plume, et continua d'écrire. Il lisait la vie de son père quand on vint annoncer la victoire de Lépante ; au lieu de manifester une grande allégresse, il fit cette réflexion : Don Juan a beaucoup risqué; de même qu'il a vaincu, ainsi il pouvait succomber. Toutefois, il sut rendre hommage au duc de Savoie ; lorsque après sa victoire de Saint-Quentin il se présenta pour lui baiser la main, Philippe l'embrassa en lui disant : Cest à moi à baiser la vôtre, qui a ait oeuvre si belle.

Ce roi voulait tout voir, et c'est pourquoi il hésitait à se décider; une fois qu'il avait pris une résolution , il ne reculait plus. Persuadé que Dieu le destinait à rétablir la religion catholique, il considérait les dissidences non-seulement comme des hérésies, mais comme un crime de lèse-majesté divine et humaine, et se croyait obligé, comme il le fit , de les combattre partout, sans jamais venir à composition. Il chercha même à se rendre maître de la France et de l'Angleterre pour les maintenir dans le catholicisme ; mais il se vit enlever les Pays-Bas par la réforme; il épuisa ses finances, mécontenta ses sujets et détruisit le prestige de sa

puissance. ^ , , . .

Après lui, la cour espagnole, séparée du peuple, emprisonnée par

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les cérémonies^ ne connut l'opinion et les événements que par le moyen de rapports infidèles , et les hommes qu'à travers la défiance , tombant ainsi dans l'oisiveté. Philippe II avait eu pour ministre Granvelle, un des hommes d'État les plus habiles, qui, obligé de se retirer devant l'exécration des Flamands, devint viceroi de Naples^ puis cardinal à Rome. Sous Philippe in^ le duc de Lerme exerça le pouvoir ; sous Philippe IV^ ce fut le comte duc Olivarès, fils d'un vice-roi de Naples^ le ministre de ce siècle le plus puissant et le plus laborieux, mais le moins scrupuleux et le moins fortuné. Charles II, moins que roi et moins qu'homme, termina la dynastie autrichienne en Espagne. i'^oo.

Tels furent les dominateurs d'une grande et belle partie de l'Italie. Tandis que les peuples d'Europe se constituaient régulièrement, même à la suite des secousses douloureuses mais fécondes de la réforme, la nation italienne était morte; d'abord centre dç la politique, du commerce et de la culture intellectuelle, elle ne fut plus qu'un jouet ou bien une récompense. Les étrangers , tantôt par des conspirations, tantôt par des hostilités, avaient attenté à sa liberté ; car ils sentaient qu'ils ne pourraient tant qu'elle vivrait étendre leur propre domination. Dans ce contact, toujours nuisible, qu'il s'agît d'amis ou d'ennemis , les Italiens comprenaient le danger qui menaçait leur indépendance; mais chacun songeait à la sienne propre , non à celle de la nation; chaque État croyait être en mesure de l'emporter parla force sur les étrangers, comme il les surpassait en civilisation^ et de cette manière tous tombèrent.

Afin de guérir les plaies gangrenées, les politiques de l'école de Machiavel avaient désiré une main forte, une principauté qui employait la force et l'astuce pour réprimer les petits seigneurs, en établissant une justice égale, des lois pour le bien de tous, et par tous observées ; mais la force triomphante détruisit la liberté, sans produire ni l'unité ni même le repos^ et fonda violemment des gouvernements de fait. Sans doute , le flambeau du génie ne s'était pas encore éteint en Italie ; mais il pâlissait devant le soleil, qui avait déjà fait son apparition. Après avoir exercé la triple suprématie des armes, de la religion, des idées , l'Italie s'aperçoit qu'elle n'a plus en elle-même la raison de ses mouvements, qu'elle reçoit du dehors l'impulsion de ses actes , le germe de ses pensées, et que son histoire idéale est interrompue par l'interposition étrangère; il faut donc, au lieu de s'élancer vers le progrès comme un géant , qu'elle travaille à sa conservation. Elle échouera même

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