CHARLES EMMANUEL
visés en Savoyards, Piémontais et Niçards. Un mot profond sortit de la bouche d'Emmanuel : — LHndividu qui reçoit l'injure, la pardonne souvent; celui qui la fait , jamais.
Ce fut ainsi qu'il aplanit les voies à Charles-Emmanuel^ sur- isso. nommé le Grand, titre que lui valurent sa manie de s'agiter et d'agiter, son obstination à poursuivre ses desseins malgré des revers et des outrages, son adresse à profiter des erreurs et de la faiblesse des autres pour se consolider; peu soucieux de sa réputa* tion et de sa dignité , il songeait avant tout au succès. Chétif de corps^ grandiose dans ses projets , joignant à beaucoup de courage une politique très-clairvoyante, il connaissait les manèges de tous les cabinets^ tandis qu'on disait que son cœur était rempli d'abîmes comme le sol de son pays ; il parut devant Cordova, gouverneur de Milan, avec la devise expressive d'une casaque, qui lui allait bien de quelque côté qu'il la tournât. Il fonda des églises^ des hôpitaux, des galeries^ et construisit des forteresses; protecteur des lettres et des sciences, il écrivit lui-même les Parallèles entre les grands hommes anciens et modernes, outre le Grand Héraut^ compilation d'armoiries^ et fit rédiger VJeonocosme ou histoire du monde. Il employa beaucoup Joseph Cambiano, grand maître d'artillerie, qui écrivit un excellent Discours historique , espèce d'histoire universelle , dans laquelle il s'étend beaucoup sur les faits récents dont il avait été témoin actif. Alexandre Tassoni^ bien accueilli de ce prince^ raconte qu'il « dînait entouré de cinquante ou soixante évêques, chevaliers, mathématiciens, médecins ou gens de lettres^ avec lesquels il discourait diversement ' selon la profession de chacun^ mais toujours avec promptitude et une merveilleuse vivacité d'esprit ; qu'il s'agît d'histoire ou de poésie^ de médecine ou d'astronomie^ d'alchimie ou de guerre, ou d'une connaissance quelconque , il en parlait très-sensément et même dans plusieurs langues. » Il eut dix fils naturels^ et reconnut comme seigneurs du sang ceux que des femmes libres lui avaient donnés.
Les marquis de Saluées au pied du mont Yiso s'étaient reconnus dépendants des comtes de Savoie; mais ils durent souvent se faire vassaux des rois de France, et, lorsque Charles III fut dépouillé^ ils alternèrent entre cette puissance et rAutriche. Le marquis Lodovico, qui avait été vice-roi de Naples, mourut en 1504 en laissant quatre fils, dont aucun n'eut d'enfants par maléfices (dit-on) des ministres de la France, à laquelle le dernier fit une cession forcée. A cette époque, la France était déchirée
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