CHARLES EMMANUEL
par les guerres de religion , et le duc Lesdiguières , général de Henri^ roi de Navarre y tenait les meilleures forteresses du Dauphiné, d'où il nnenaçait le territoire de Saluées. Charles Emmanuel souffrait d'être obligé d'entendre à Turin le tambour français que Ton battait à Carmagnole; il s'allia donc, au préjudice de la France, avec Philippe II dont il avait épousé la fille Catherine (I). Les gouverneurs furent^ les uns corrompus, les autres effrayés,
1588. et le duc occupa ce marquisat y où il recueillit beaucoup de canons et de munitions; si le roi se plaignait de cette invasion déloyale, accomplie dans ces moments orageux, il assurait n'avoir agi que pour empêcher le marquisat de tomber au pouvoir d'un huguenot et d'un rebelle, comme Lesdiguières.
Ce général appelle contre la Savoie Genève et Berne ; mais Charles lève des troupes, demande des secours et de l'argent au nom delà religion catholique dont il se dit le boulevard, reçoit des auxiliaires du Milanais et bat les hérétiques. Puis, lorsque
1590. Henri fut assassiné, il envahit la Provence, accueilli triomphalement par les catholiques; il convoitait Marseille pour s'en faire une barrière ; mais le grand-duc de Toscane, en occupant le château dTf en face du port de cette ville, fit échouer son entreprise. Alors Charles Emmanuel traita le grand duc de marchand, de meneur d'intrigues , d'écrivassier, de poltron, de vassal de la France ; à son tour, le grand duc lui reprocha d'être insatiable, ambitieux, esclave de l'Espagne , et de faire le métier de bourreau.
Marseille, néanmoins, fut assurée à la France, et la guerre portée en Savoie ; enfin, lorsque le roi de Navarre, devenu Henri IV,
1598. et Philippe II terminèrent à Vervins la guerre de quarante ans, le Saluç^is ne fut point cédé à Charles Emmanuel qui l'ambitionnait tant, mais remis à l'arbitrage du pape. L'es deux parties luttaient à Rome pour faire valoir leurs droits ; mais Charles s'obstinait à poursuivre la guerre ; puis, voyant qu'il ne pouvait obtenir aucun résultat , il se rend à Paris avec un cortège de nobles, et se jette dans les intrigues les plus compliquées. Appuyé par les favoris et les maîtresses du roi, il le pousse à conquérir le Milanais, dans l'espoir d'en arracher quelque lambeau; en même temps, il trame
(1) QoMl fut stipulé dans le contrat de mariage que le premier fils bériterait du Milanais avec le titre de roi de Lombardie» c'est, à mon avis, un rêve de Litta dans les Familles célèbres. Dans le traité pour Télection de Léopold l***, le duc de Savoie se fit confirmer le titre de vicaire impérial.
2 mai.
FLAN DE HENRI lY. 51
avec le maréchal de Biron contre Henri, et négocie avec Fuentès, gouverneur du Milanais , pour obtenir de meilleures conditions. Pour, tous ces motifs^ le roi lui déclara de nouveau la guerre ; après 8*étre emparé du fort de Sainte-Galherine en Savoie^ d'où le duc menaçait Genève, il le donna à cette Rome des protestants, qui le démolit avec joie. La Savoie fut envahie^ et Montmeilian assiégé, tandisqueles Espagnols, souslepréte&ted^aider le duc, occupaient Carmagnole. Écrasé sous la pression d'amis et d'ennemis, Charles dut accepter la médiation du pape ; la paix de Lyon lui assura Sa- i6«i. luces, moyennant la cession du fiugey avec le pays deGex, la Bresse et les rives du Rhône de Gènes à Lyon . Il enlevait ainsi aux Français la clef de Tltalie, en interposant les Alpes entre eux et la Pénin- ' suie; cependant, il ne cessait de se plaindre de ce traité, parce que l'échange lui avait fait perdre en étendue de territoire, tandis que Ton disait en France : •— a Le roi a fait la paix en duc, et le duc en roi ; le roi a traité en marchand, et le duc en prince, d
Les Italiens, la France une fois repoussée, se sentirent à la discrétion de TEspagne, et reprochaient à Charles Emmanuel ce malheureux échange; toutefois, comme il arrive de l'individu qui est armé parmi les gens désarmés, on voyait en lui le restaurateur de la nationalité, Tépée de l'Italie , en le sollicitant d'agir par lui-même et d'assurer l'indépendauce nationale. Charles , en effet, ne mesurant pas son ambition à ses forces, ne désarma point même après la paix ; tantôt, il attaquait le Milanais, et tantôt la France. De l'Espagne, il obtenait des pensions pour chacun de ses fils, qu'il envoyait à cette cour ; en même temps, il proposait des alliances de famille à Henri IV, lequel, bien qu'il connût ses manœuvres hostiles, voulait mettre à profit son intelligence , sa force et sa position.
Dans son fameux Plan, dont le but unique était l'humiliation de la maison d'Autriche, il méditait de fondre le Piémont, le Montferrat, le Milanais, sous le nom de royaume de Lombardie, afin de créer un État fort pour garder les Alpes : le Crémonais devait être cédé au duc de Mantoue en échange du Montferrat; on donnerait à Venise la Sicile, sous le haut domaine du pontife, qui deviendrait également roi de Naples; Ferrare etBologne, détachées des possessions papales, entreraient comme villes libres dans la république italienne, composée de Gênes, Parme, Modène, Mantoue, Massa, la Toscane ; le chef immédiat en serait le pape, qui recevrait seulement, tous les vingt ans, l'hommage d'un crucifix de la valeur de dix mille ducats; la Sardaigne restait à la