DE L^ITALIE EN GÉNÉRAL
dans cette tâche. Cette nation , qui avait au moins consolé ses derniers moments par de beaux actes de courage et la nouvelle gloire des arts, ne fit plus que rétrograder. A Tintérieur^ on na voyait que des gouvernements faibles^ et par suite violents ; au lieu de pouvoir imposer Pobéissance aux brigands^ encouragés par le voisinage des confins, ils étaient obligés de la subordonner à des conventions. Les commotions^ semblables à des convulsions de cadavre, qui le secouent de temps à autre, avaient pour objets non de conquérir de la gloire ou la liberté, mais de rassasier la faim, de repousser d'avides exacteurs ou d'inexorable^ inquisiteurs. La littérature se contentait d'imiter, et comme elle avait perdu le sens des beautés simples, elle s'égarait dans une emphase laborieuse; les beaux -arts dégénéraient en une misère fastueuse.
Le nouveau droit public, qui fixait des règles pour les successions, occasionna des guerres plus longues et plus déplorables que les caprices des républiques. Les petits seigneurs étaient soumis aux princes; dans la Romagne méme^ la noblesse batailleuse faisait place à une noblesse pacifique, dérivée de parents des papes. Quelques seigneurs se résignèrent aux chaînes , dont ils se tirent une parure glorieuse ; plusieurs se mêlèrent encore de trames et de soulèvements; d'autres, fortifiés par les persécutions, par l'exil et les souffrances, portèrent au dehors une activité qui ne trouvait plus à s'exercer dans leur patrie, ou bien mirent au service des tyrans de leur pays, afin de passer de la classe des op* primés dans celle des oppresseurs^ leur habileté dans les armes et les intrigues.
Les armées permanentes, qui avaient remplacé les bandes^ avec la fidélité au drapeau et l'obéissance absolue, auraient dû procurer le repos aux citoyens, môme dans la chaleur des guerres; mais comme^on ignorait encore Tadministration militaire, et qu'on pourvoyait mal aux approvisionnements, à la paye, à la discipline, les soldats vivaient de rapines, se mutinaient souvent, occasionnaient toujours des misères, qui faisaient détester également amis et ennemis.
Seulement^ il devint difficile de déterminer quels étaient les amis ou les ennemis de l'Italie, dès qu'elle ne fut considérée que cotnme une proie. Les traités ne concernaient que ses dominateurs , et l'histoire négligeait les habitants pour s'occuper du sol^ militairement occupé.
L'Espagne possédait Milan, l'État des présides, le Siennois,le marquisat de Finale, la seigneurie de Pontremoli ^ l'île de Sar-