‹ Histoire des ItaliensChapitre 35 sur 150 · IMMUNITÉS. NOBLES · texte numérisé non relu

IMMUNITÉS. NOBLES

connaissait pas Tintermédiaire qui l'avait amené duBergamasque^ lequel avait d'ailleurs pris la fuite. Un certain Landriani^ alors en procès avec la victime, fut soupçonné et poursuivi; mais il se réfugia dans Téglîse de Saint-Nazaire , d'où le gouverneur le fit arracher, même de l'autel. Litta se plaint alors de la violation de rimmunité; n'étant pas écouté^ il menace de lancer des interdits^ et fait signifier un premier monitoire^ puis un second^ toujours sans effet; le troisième est déchiré par les hallebardiers , et Ton blesse le prêtre qui le portait. Le conflit s'envenime ; le gouverneur. Ponce de Léon, menace de faire pendre Landriani à la porte de Tarchevêché si le prélat fulmine l'excommunication ; enfin, le président Arese s'interpose et cherche à calmer les deux pouvoirs; mais il avançait peu, lorsqu'une grande dame^ avec un attelage à six chevaux, se présente au gouverneur, lui déclare que c'est elle qui a fait tuer le chevalier pour une insulte qu'elle en a reçue, et se retire. Landriani fut remis en liberté.

La noblesse, qui avait adopté le faste espagnol, croyant s'avilir par les affaires mercantiles, retira du commerce ses capitaux pour les convertir en biens-fonds. Des majorais et des fédéicommis enchaînaient ses richesses ; pleine d'orgueil, elle éludait la justice au moyen de ses privilèges,, ou bien la bravait à visage découvert. La vie commune supprimée, il serait utile d'étudier l'histoire des familles, qui, à la différence de celles d'aujourd'hui, étaient encore quelque chose dans l'État. L'aytorité qui leur était attribuée par la constilution communale, les pouvoirs étendus du sénat, la répartition arbitraire des impôts offraient à quelques-unes le moyen de s'enrichir ; puis, elles prenaient à ferme des revenus , faisaient des prêts, achetaient des régales , et parvenaient ainsi à d'immenses fortunes.

Les lois sur les droits d'aînesse elles fidéicommis empêchaient la division de ces fortunes; puis, les collatéraux, par vanité, accumulaient les richesses sur un fils seul pour donner du lustre à la famille. Ce fut ainsi que les nobles finirent par étabhr une espèce de domination sur le peuple, qui se considérait comme sujet de ces privilégiés plutôt que du roi ; ils auraient pu facilement changer l'État, si leur condition ne leur avait pas offert de tels avantages, qu'ils ne pouvaient désirer de s'en faire une autre.

L'usage leur interdisant d'employer leurs énormes capitaux dans le commerce, ils les prodiguaient en luxe, en constructions, en magnificences princières : clinquant sur leur nullité. Tous voulaient de riches habitations, des villas somptueuses, sans négliger

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d'enrichir leur église parcrissiàle et les cfaapdles de lenrs aïeux oa leurs tombeaux; enfin, ils se distinguaient par des actes d'une libérale bienfaisance, pour lesquels leurs noms sont encorabénis* Un grand nombre de gens de tettrés, un plus grand nombre de prélats appartenaient aux familles pirinéipales ; la plupart se li^vraient à l'étude des lois, afin de plaider gratuitement et de s'ouvrir la voie aux magistratures; d'autres s'adonnaient à la méde* cine, que la noblesse pouvait exercer sans déroger, conmie4edé* montrè^rent de longs et sérieux traités.

Les nobles achetaient au trésor des pays et des terres, sur les-* quels, sauf la justice supérieure du sénat, ils étaient presque sou^ verains (1). Chaque familleconservailcertaines distinctions personnelles, dérivées traditionneltement de l'époque ob l'État était une agrégation de fatnilles : par exemple^, à Milan, les Gonfalonieci accompagnaient l'archevêque lorsqu^il faisait son entrée, et por-^ taient son baldaquin ; les Litta à cette occasion devaient faire balayer les rues ; les SerbeUenî, outre que l'un d'eux devait participer à t^tes les aml>a8sades et aller à la rencontre du gouverneur jusqu'à Gênes, portaient les armoiries de la ville et avai^t double vote dans le conseil des soixante; les Pusterla possédaient trente^cinq vilbis< et toutun quartier dans la ville. Jean PierreCar^ eaho taôssft eii moiirdnl/ un fils de trois aes^;' diioanilesr dix-huit, an^

(i) Étaieîilt retidÀtftir«s;'le» Vi^cbftUi'âi' ÔàHarate/ àDakagd, à Pontirolo, à Bi* nasco, à Oigmte Olosa, Ossona, Qaooniea; les ]^fU^iv>,.à.BiiatO; lefi Taverna, à LaDdrjano;, ^es ^rconati, à Dai/^p; l^.;^ûS8ati, à ifémane; les Gastelii, h Parabiago; les Missaglia, à Serégno; les Bjgli, à Saronno; les Gallarati, à Concesa; les Mariani, aMariano; les Pietrasantst^ k Gafliano dt Faderno ; les Cusani, à Ghignolo; lés Branda, à Castiglloiie,v à Appiaiio et dans le Yâresôtto; les Trivulce, à Settalailes Médici, à Melegnano; les Biumi, ài^naseo; tes Griv:ëlli, à.Ag|ia(e; les Sirfori, à Torrevilla; les Brebbif, à Barza^ ; les ^Iroldi, àXeeco; les Sfondrati et les Dal Yerme, àNibionno ; les Durini, à Monza ; )es Arciiinli, i Ficino; les Tiscoiiti Sforza, à Garavaggio; les Monti, dans la'Vélsassina; les Aresi, à Osnago, à Meda et Barlassina ; les Borromée, à Yalcdvia, à Brebbià, à Robecco, à Arcisale, sur le territoire d'Alexandrie, sur le lac Majeur ; dans le Pavesan, les Mandelli, les Beccaria, les Belgiojoso, les Isimbardi, les Gattinara; dans le Crémonais, les Meizi, les Del Mayno, les Schinchinelli, les Rosalès, les Scliizzi^ les Affaitati, les Salazar, les Stampa; sur le territoire d'Alexandrie, les Spiilola, les Trotti, les Stampo, les Bonelli, les Pallavieiuii de Gènes; dans le Tortonais, les Cavale hino, les Marini, les Spigao; dans le Go* masque, les Gallio, ducs d'Alvito, leaG^velli, les.Alb6rti,les LambertengUif les Riviera; dans le Novarais, les Tornielli, les Bologniui, les Caccia, les Sccbelloui, les Cicogna; sur le territoire de Vigevano, les Lilta, les Trotli , les Taverna, les Barbavara; dans le Lodigian, las Crivelli, les Serbellonl, les Trïyulee,1es Mo^ droniy lés SomagKa, les Massera(ti,^'-etc.'

Uéèsquidevaients'écoukr jusqu'à sa majorité, il disposa de ses re-î YBDus comme soit-: xm tiei» pour la construction de la cathédrale^ un pour rhôpital de Milan , un pour de pieuses institutions. La part qui revint à rbôpitài suffit pour édifier la grande cour et lès salles correspondantes. Barthélémy Arese^ président et fils d'un président du sénaty possédait peui-étré un huitième de laLom-^ bardie; après avoir construit des palais, des villas , des églises et des monastères, il laissa de quoi enrichir les deux familles Litta et Borromée (t). L'un desmembresde cette- dôrnière maison faisait d^m écueil aride du lac Majeur* la délicieuse Isola Madre^ œuvre de roL

: Mais ce n'était point une noblesse d'ancienne jurktietion ; constituée uniquement sur de$> concessions royafes, elles se trouvait impulsante contre le souverain. Son intervention se bornait à des recommandations, à des appuis de clients et de parenté^ à une assistance' de corps et de richesses. Les nobles qui ne se jetaient pas dans quelque révolte bruyante remplissaient leur vie au moyen de vaines chicanes sur le pmnt d'honneur ^ de cérémonies > de> réceptions^ de vengeances héréditaires et calcu* lées> de sollicitations pour ol^nir un emploi. Afin d'empêcher l'éclat domestique de s'évanouir, ou bien pour que Taîné pût jouer un grand rôle, ils se rendaient tyrans dans leur famille eiï condamnant les cadets à une dépendance pauvre -^t honteuse'. Or j comme il n'y avait pas d^witresoccasSonsde briller, et que Tes^ time se mesurait d'après les dépenses, on déployai! un luxe' qui faisait un étrangéie^ntra^^àvcic lateisèite publique; Ses carrosses, de nombreux serviteuifs.; des ^i^giaftures fastueuses , des chasses bhiyantes et d^s fêles imitées de belles de là cour^attestaient la distance entf& le noble et -l0plébéie]:]l;(^). Le seigneur^ ài^ause de ce

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(l)'Grégoire Leti a écrit une vie romanesque d'A.rese ; entre autres choses , il raconte qu'un de ses camériers accumula de grandes ricliesses en se faisant donner dix sous par chacun de cens qui présentaient un mémoire pour le prési*dent.

(2) Le duc de RoUan, en laoo, dit de Milan : Sous, cet État et celui de Napies les gentilshommes ne sont point marchands, comme par tout le reste de t Italie, et sont fort somptueux en' riches habillements et pour eux et pour leurs chevaux; appliquent toute leur industrie à faire quelque jour de parade ret particulièrement au €arn€val,quê leurs riches habillements sup' pléent au défaut de leur bonne mine, ce qui a tellement fait adonner les artisans à bien travailler, qu'ils se sont rendus excellents, chacun en leur métier j surtout ceux d^ Italie ; de façon que qui i^eut avoir de belles armes , de belles étoffes, de beaux harnais de chevaux, de toute sorte de broderie.

76 PETITS TTRÂNS. BRAVI.

luxe, d'une faute , d'un événement extraordinaire, dérangeait-il ses affaires, il ne pouvait y remédier en vendant une partie de ses biens, puisqu'ils étaient enchaînés par les droits d'aînesse et les -fidéicommis ; il devait donc attaquer le capital circulant, dépouiller les champs de leurs moyens d'exploitation^ ou bien réduire dans sa maison les dépenses de première nécessité, offrant ce mélange de magnificence et de lésinerie qui est le caractère de cette époque.

D'autres profitaient de l'indolence du gouvernement pour opprimer la misérable plèbe ; entourés d'une bande de bravi, ils vivaient comme des princes dans un chftteau qui s'élevait au milieu de leurs domaines^ soit parmi les montagnes, sur les bords d'un fleuve ou sur les confins. De temps à autre les nobles malfaiteurs, dont les terres étaient contiguês, se livraient des combats , et plus souvent se concertaient entre eux pour leur sûreté réciproque, et pour mieux tyranniser les voisins, ou braver Tautorité, malgré laquelle ils assaillaient parfois les ministres, enlevaient les podestats, bàtonnaient les agents de police, traversaient les villes au son des trompettes. Dans les cités, chaque palais était une espèce de forteresse, protégée par le droit d'asile, par des portes solides et des serviteurs; non-seulement il servait de refuge au maître souillé de méfaits, mais à ses partisans et à cette clientèle de bravi. Des bans sévères étaient publiés contre des personnes même de grandes familles : les Martinenghi de Brescia, les Visconti de Bregnano, les Benzoni de Crème, les Seccoboretta de Vimercato, les BarbianodeBelgiojoso, lescomtes deParco,les Torello,les Tiene, un marquis Malaspina, un marquis Spigno, les chevaliers Cotica et Lampugnani, et tant d'autres qui exerçaient dans la carrière du crime le courage auquel avaient manqué de meilleures occasions.

Des malfaiteurs pour s'assurer l'impunité endossaient leur livrée et leur prêtaient le secours de leurs bras ; d'autres, armés de pied en cap, avec des cheveux flottants et de longues barbes, parcouraient la campagne en la rançonnant, et envahissaient même les bourgades. Le gouvernement les signalait par centaines à la vengeance privée, excitant les citoyens à les assaillir, à les tuer, afin de mériter une récompense; mais la répétition des menaces en atteste

et bref de tout ce qu'on peut souhaiter ^ il n'en faut point chercher aiileurs si Milan n'en fournit.

H dit de la citadelle que c'est la plus accomplie que faie jamais vu , n'y manquant rien à mon jugement, sinon que la garnison n'est pas fran^ çaise.

SOLDATESQtJE. - 11

^inutilité; tandis que le voisinage des États limitrophes offrait aux bandits une grande facilité pour échapper aux poursuites. Leur nombre et leur audace accrurent donc toujours^ au point qu'il fut permis à chacun, en 1663, d'avoir des fusils pour les attaquer^ avec promesse de trois cents écus à quiconque en tuerait un. La garde urbaine fut instituée contre eux , et Ton plaça des sentinelles sur les clochers pour annoncer leur approche : a Néanmoins chaque jour^ à toute heure, on entend dire qu'ils ont commis des meurtres, des sacrilèges, des violences, dévalisé des voyageurs, pillé des maisons , non-seulement dans des bourgades et des lieux ouverts^ mais dans la ville même ; ils se livrent à ces méfaits avec d* autant plus de confiance, qu'ils sont sûrs d'être aidés par leurs chefs et leurs fauteurs; puis, grâce aux ruses qu'ils emploient, aux intelligences qu'ils disent avoir avec les notaires, les bargels et les sbires, ils espèrent que leurs crimes resteront ignorés, et qu'eux-mêmes seront impunis. »

Et pourtant, il y avait des soldats en grand nombre, mais ils étaient un nouveau fléau pour le pays, qu'ils n'auraient pas su défendre au besoin. Logés dans les maisons, ils volaient et violaient; comme il arrivait souvent qu'ils ne recevaient aucune paye, ils s'en dédommageaient sur les paisibles habitants ;Jls ruinaient le pays, soit en exigeant sans bruit des bras, des chars et des fourrages, soit en le saccageant avec audace. Lorsque la guerre du Piémont fut terminée, plusieurs corps espagnols, licenciés, se retirèrent dans le comtat de Seprio et sur le territoire de Gallarate, vivant de pillage, attaquant les villes et tenant Milan dans une longue épouvante ; enfin, moyennant une contribution de cent mille écus, produit d'une taille, ils consentirent à faire partie des garnisons impériales. Le gouverneur Leganèspublia contre eux un ban très-sévère, mais inefficace, puisque^ dix mois après, lui-même parle a des plaintes qui lui arrivent chaque jour de toutes les parties de l'État » . Ses successeurs répètent de temps à autre la même formule, ce qui nous prouve le peu de confiance qu'inspiraient les troupes de l'époque.

Au milieu de pareils éléments, quiconque n'opprimait pas devait se voir opprimé par les tyrans, alors très-nombreux : on ne pouvait éviter la violence qu'en l'employant soi-même; pour échapper aux outrages, il fallait en commettre. Le spectacle de la torture, qui était continuellement appliquée sur les places, même à titre de correction, et par des magistrats inférieurs, rendait les espritssauvages et féroces; les supplices fréquents de la fustigation,

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