‹ Histoire des ItaliensChapitre 37 sur 150 · VICTB-ROTS DI NAPLES · texte numérisé non relu

VICTB-ROTS DI NAPLES

dolencè,de là ces nobles tyrannisés et tyrans à leur tour, delà cette lâcheté dans les écrivains, dont l^ennui n'est racheté par aucune opposition généreuse aux iniques volontés, et qui négligent de rappeler à la postérité que la nation d'abord, puis l'individu souffrirent sans Tavoir mérité et sans vengeance. La plèbe, condamnée à l'ignorance , au besoin , au travail ingrat et, par suite , aux fautes , se précipitait dans des émeutes, non dans un but élevé , mais afin d'obtenir le pain à meilleur marché et qnelque diminution dans les imp6ts.

Dans les pays gouvernés démocratiquement, les classes avaient été nivelées de manière qu'aucune ne restAt privilégiée, si ce n'est par des concessions royales, que l'on pouvait abolir en vertu du même droit qui les avait faites; au contraire, dans les pays de gouvernement royal ces privilèges de corps s'affermirent, parce qu'ils dérivaient du caractère même du peuple et de son histoire. Ce fait établissait une grande différeiice entre la Lombardie et le royaume de Naples, où Charles-Quint n'avait pas détruit les ordres d'origine ancienne, l'importance des tribunaux, les grandes dignités de la couronne ; pour l'administrer, on y envoyait des vice-rois, dont nous voyons commeun type dans Pierre -Alvarez de Tolède, père du fameux duc d'Albe. Espagnol au fond de l'âme, il aurait voulu soumettre l'Italie et sur ses ruines fonder une province espagnole. Attentif surtout à réprimer les violences privées, à organiser la justice, il pacifia le royaume, bouleversé par quarante ans de désordres. Grâce à son désir de tout voir et de donner audience à tous, le$ subalternes perdirent l'audace que leur donnait la certitude de l'impunité; il fit enlever les armes des maisons, réprima les conflits et les rapts fréquents : peine de mort pour le vol nocturne et le duel, pour quiconque après deux heures de nuit était surpris avec des armes ou faisait usage d'échelles de corde ; les intrigues amoureuses menèrent donc à la potence.

Afin de faire disparaître les faux témoignages, infamie très-répandue, îl condamnait à mort celui qui se parjurait deux fois. Un jour, il voulut que tous les habitants de Naples mangeassent du pain fait avec des tubercules d'une certaine plante ; puis il suspendit son décret, en disant qu'il avait voulu faire une expérience pour un cas de besoin. Il abattit recueil de Ghiatamone, ainsi que les portiques et les baraques des rues, tanières d'assassins et de prostituées; ces femmes durent habiter des lieux déterminés. Il réprima la licence des vendangeurs, qui pendant

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rautoiïine, disaient des insolences ou des grossièretés à ceux qu'ils rencontraient (i); outre les ciambellerie (charivaris) qui troublaient les premières soirées des veuves remariées, il fit taire les bruyantes lamentations des funérailles. Les juifs étaient accourus dans le royaume^ surtout après leur expulsion de FEspagne ; il les chassa^ pour complaire aux individus dont les intérêts souffraient de leur concurrence ; afin d'offrir une ressource contre les usuriers, dont le nombre s'était accru, il institua le Mont-de-Piété. Il fit battre une bonne monnaie, avec défense de l'exporter hors du royaume, et réorganisa la chambre royale pour suffire aux besoins de la guerre. Les prêtres durent toujours faire usage de vêtements ecclésiastiques; il voulut que le viatique fût porté avec un pallium et des torches, et lui-même raccompagnait, suivi de la cour.

Ce vice-roi, pour faire de Naples une digne métropole, l'entoura de nouvelles murailles, qui comprirent une partie du mont Saint- Elmeet Pizzofalcone; c'était l'agrandir de deux tiers. Le château Saint-Elme fut réparé de manière à répondre aux nouveaux besoins de la guerre, et reçut une citerne qui égalait la merveilleuse piscine de Baies ; il ouvrit la rue de Tolède, agrandit Tarsenal, amena des eaux, institua l'hôpital et Téglise de Saint-Jacques apôtre, dans laquelle Jean de Nola, le meilleur sculpteur de l'époque, lui prépara son tombeau. Il assainit les marais qui infectaient la Terre de Labour, avec un fonds pour l'entretien de Tégoût. Afin de protéger les côtes contre les Turcs, il construisit des fortins et entoura les villes de remparts; les gens cessèrent alors d'affluer à Naples et de laisser la campagne déserte.- Les Abruzzes et Gapoue furent également fortifiées; en outre, comme les habitants , effrayés par des bruits souterrains et les pluies de cendres, voulaient abandonner Pouzzoles, il y fit une rue, un palais, des tours, des fontaines, des bains, empêchant ainsi qu'elle pérît comme Cumes et Baïes.

Ces diverses dépenses et les besoins de la guerre le contraignirent à surcharger les sujets; chaque feu, qui, selon une convention

(1) A l'époque de ces amusements, une compagnie de comédiens vint à Acerra, et fut aussitôt assaillie par les railleries des vendangeurs; les premiers repondirent, mais ils durent céder devant les lines moqueries d*un certain Pucio d'Aniello. Les comédiens lui proposèrent donc d'entrer dans leur bande, et Pucio par ses bouffonneries attirait beaucoup de monde à leurs représentations. Quand il fut mort, d^autres l'imitèrent, et l'on prétend que c'est de là qu'est venu le personnage de Pvciniello ou Pulcinella.

PIERAE DE TOLÈDE. Si

faite avec Cbarles-Quint^ devait fournir un demi-ducat seulement, en payait alors deux, outre les dons. Qnand il s*agissait de rendre la justice, il ne tenait compte ni des asiles ni des privilèges de classe; il envoya au supplice des personnages importants, comme le commandeur Pignatelli, qui, fier de son entourage, avait jusquealors bravé la justice et puni ceux qui portaient plainte ; malgré les sommes énormes qu'on lui offrit , il fit décapiter sur la place du château un comte de Policastro et un certain Mazzeo Pellegrino. Le gibet n'épargnait pas même les nobles; par son ordre, un de ses serviteurs égorgea trois jeunes gens de famille, coupables d'avoir assailli des sbires qui arrêtaient un pauvre; il envoya des soldats pour enlever du monastère, où elle s'était réfugiée, la fille du prince Stigliano, fiancée à son fils (i). Une ambassadeur écrivait que quatre-vingt mille personnes avaient péri parla main du bourreau, sous la vice-royauté de Pierre de Tolède.

Mécontents de cette justice impartiale, le marquis Del Vasto, le prince de Saleme et beaucoup de barons proposèrent à Charles- Quint le don inouï d'un million et de demi de ducats, pour qu'il éloignât Pierre de Tolède; mais cette offre eut pour effet de consolider son autorité. L'élu du peuple, interrogé par l'empereur sur la condition des Napolitains, lui répondit que, pour les voir contents, il fallait qu'on procurât l'abondance sans vexations, que chacun pût vivre tranquille avec une bonne justice, et qu*on supprimât les nouvelles charges mises par le' vice- roi; il fut déposé. Pierre de Tolède jouit de la pleine autorité pendant vingt ans; il mourut au moment où il entreprenait la guerre contre Sienne.

A son exemple, ses successeurs (% s'occupèrent de multiplier

(1) Trésor politique, tome II, p. 317; Comi, Storia dé* suoi tempiylivre ii,

(2) Parmi les ifice-rois, un seul fut Napolitain, le comte de Santa-Séverina ; de même, il n'y eut à Milan qu'un seul gouverneur milanais, le cardinal Théodore TriTùlce. Voici la liste des Tice-rois de Naples :

lôOl Don GonzaWe de Cordoue.

1507 Don Juan d'Aragon, comte de RipacofSa.

1509 Don Ramon de Cardona.

1522 Charles de Lannoy. »

1527 Don Hugues de Moncade.

1528 Philibert deCh&lons, prince d'Orange.

1529 Le cardinal Pompée Colonna.

1532 Don Pedro Alvarez de Tolède.

1553 Le cardinal Pacheco.

1555 Ferdinand de Tolède, ducd'Albe.

HIST. DES ITAL. — T. IX. ft

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