LES FEUDATAIRES
à son service d'amasser le plus d'argent possible (1). De temps à autre^ il arrivait d'Espagne des inspecteurs avec des pouvoirs trèsétendus^ au point qu'ils étaient parfois indépendants du vice-roi; le peuple s'estimait heureux quand il pouvait obtenir qu'ils fussent étrangers^ tant il se méfiait des indigènes.
Le parlement, comme dans la Sicile et la Sardaigne , continuait avec les trois bras; mais le clergé fut tenu dans Thumiliation , et^ pour affaiblir l'opposition y on sema la jalousie parmi les autres ordres au moyen des titres et du faste.
Ces ordres étaient les barons ou feudataires, les nobles et le peuple. Le roi Martin inféoda beaucoup de terres^ qu'il voulut ensuite racheter, mais en vain; le roi Alphonse ^ pour alimenter la guerre de Naples^ inféodait et vendait; aussi, sur quinze cents cinquante communes, cent deux à peine restaient domaniales^ et certains barons possédaient jusqu'à' trois cents terres. Les Espagnols persévérèrent dans ce déplorable système; en 1559, sur seize cent dix-^neuf communes, cinquante-trois seulement appartenaient au domaine royal, et en 1586 soixante-sept sur dix-neuf cent soixante-treize, non compris les bourgs et villages privés de représentation municipale.
Quelques gros fiefs avaient fait retour à la couronne, comme le duché de Bari, lequel appartint, depuis le temps de François Sforza, à la famille qui domina sur Milan, jusqu'à la mort de Bonne Sforza, reine de Pologne, qui le laissa à Philippe II avec la principauté de Rossano ; mais il en restait encore d'importants, comme la principauté de Salerne des San-Severino , et celle de Tarente des Orsini : cette famille possédait quarante -quatre localités dans les Abruzzes; les comtes de Gelano , trente-quatre ; ceux de Matera , vingt-cinq, et beaucoup les Acquaviva, les Carracciolo, etc. Il y avait encore quelques feudataires étrangers, tels que les Farnèses de Parme, princes^d'Altamura dans la Pouille, et ducs de Civita de Penna dans les Abruzzes ; les Medici, princes de Capestrano; les Gonzagues, princes de Molfetta et ducs d'Ariano; les Cibo,ducsd'Ajello.
Le gouvernement souffrait d'être contraint de partager l'autorité avec les feudataires, d'autant plus qu'ils faisaient obstacle à la perception des impôts, son but suprême ; cependant le besoin d'argent l'obligeait d'en créer de nouveaux. Charles-Quint avait
(t) Voir le ban publié par le vice^rotà Palerme, te 28 mai 1621 ; c'est un monument caractéristiquei