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STATISTIQUE

daigne et les Deux-Siciles. Ces possessions pouir aient donner quatre millions^ d'écus d'or, mais une grande partie des revenus se trouvait engagée; le reste était consumé par les garnisons, les troupes de terre et de mer, d'autant plus que Von comptait jusqu'à cinquante galères. Mais elle n'avait pas les moyens de s'attacher les seigneurs et de récompenser ses partisans^ ni de lever des fantassins et des cavaliers; les tribunaux, les vacances des fiefs et des bénéfices, les largesses qu'il fallait faire à la cour pour se la rendre favorable, étaient pour elle d'utiles ressources. De TAIlemagne, dominée aussi par des Autrichiens , elle ne pouvait amener des armées en Lombardie qu'en traversant le territoire vénitien ou celui des Grisons, ou bien par mer et Gènes; elle s'efforçait donc d'avoir ces voisins pour amis, ou d'étendre le Milanais jusqu'à la mer, ou bien de le rattacher au royaume de Naples, au moins par sa prédominance sur les petits princes.

La France, qui avait perdu l'État de Naples sous Louis XII, la Lombardie sous François P"", le Piémont sous Henri II, faisait obstacle aux agrandissements de l'Espagne en s'alliant avec les Vénitiens et les Grisons. Dès lors les deux puissances fomentaient les mécontentements intérieurs, donnaient asile et secours aux fugitifs ou aux conspirateurs, briguaient dans l'élection des papes, achetaient les princes, indépendants de nom, mais que leur faiblesse mettait à la discrétion des étrangers.

Le duc de Savoie était encore prince de l'Empire germanique, mais n'intervenait pas dans les diètes. Ses revenus s'élevaient à huit cent mille écus, et, si Boléro n'exagère point, il pouvait lever trente mille fantassins dans le Piémont, et sept mille cavaliers dans la Savoie; il possédait deux galères en mauvais état, entretenues par l'ordre de Saint-Lazare. Les Savoyards voyaient avec déplaisir le duc vivre en Piémont, depuis que son attention se concentrait sur l'Italie, dont il désirait obtenir quelque lambeau en mettant son alliance aux enchères. Si le voisinage et la conformité de caractère l'attiraient vers la France , il se rappelait que cette puissance avait dominé sur ses prédécesseurs ; il écoutait donc volontiers l'Espagne, qui lecaressait afin de l'amener à fermer tout passage à quelque nouveau Charles VIII, et Ton sentait le besoin de le rendre fort dans l'intérêt de l'équilibre et pour qu'il gardât les portes de l'Italie.

Venise avait environ quatre millions d*écus de revenu ; mais elle dépensait beaucoup pour se défendre contre les Turcs et les Uskoks et protéger Brescia, Bergame , Vérone contre l'ambition

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de TEspagne. Elle armait jusqu'à quatre-vingts galères^ prenait à sa solde des seigneurs et des princes; comme elle manquait cle soldats et de blé, elle avait l'autorisation de lever des troupes dans les États pontificaux , et tirait le grain du Levant, d'Urbin^ de la Mirandole. Les yeux fixés sur TOrient, comme avant-garde de la civilisation européenne, elle s'efforçait de maintenir Téquilibre dans la Péninsule, en faisant opposition à l'Espagne, ennemie naturelle des républiques et des peuples indépendants (i).

A Venise^ la tyrannie du gouvernement avait maintenu la tranquillité, tandis qu'à Gènes la désunion des principaux citoyens causait la ruine du gouvernement; la première en se déclarant neutre faisait preuve de faiblesse , mais elle échappait aux graves inconvénients dont souffrait Gênes, qui comme protégée par l'Espagne devait se sacrifier à ses intérêts et à ses caprices. La prospérité des deux républiques ne pouvait venir que de la mer; toutefois, elles furent moins affaiblies par les nouvelles voies du commerce que par les vexations des seigneurs d'Italie, qui les obligeaient à se mêler de leurs querelles ou bien à se préserver de leurs embûches.

Les conquêtes turques avaient fait perdre à Gênes ses possessions du Levant : Salonique et la Macédoine en 1421, Péra en 1453, Mételin en 1465^ Caffa et d'autres villes de la Grimée en 1475, Totatis et Samastro en 1461, après la chute de Trébizonde; elle ne put donc se soutenir dans son commerce de TOrient qu'au moyen de traités avec les princes musulmans, c'e^t-à-dire avec de plus grandes dépenses, accompagnées d'une moindre sécurité. Elle restait maîtresse de sa Rivière et des îles de Corse et de Gaprée; ses . revenus s'élevaient à cinq cent mille écus ; mais elle dépensait beaucoup pour les employés et Tentretien des six galères ; tous ses impôts étaient engagés à la banque de Saint- Georges. Par Sarzane^ qui avait appartenu à la Toscane, et par la Corse, autrefois possession desPisans, elle excitait l'ombrage du grand-duc etdu roi d'Espagne quand il eut acquis Finale; mais elle devait redouter davantage Favidité de duc de Savoie, qui se vantait de pouvoir mettre sur pied soixante mille hommes, meilleurs sur mer que sur terre comme habitant les côtes de la Méditerranée. Ses nobles, très-riches, avaient des possessions dans l'État de Naples et le Milanais; quelques-uns se faisaient marins, et sej;-

(1) Dans la correspondance da résident vénUien à Rome, voir la lettre du 18 décembre 1569.

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vaient le roi d'Espagne ou d'autres princes; d'autres se livraient au commerce, surtout des tissus de sole, les plus estimés de la chrétienté (i)« »

Liucques restreignait de plus en plus son aristocratie. Une rote de cinq jurisconsultes étrangers décidait les contestations entre citoyens; elle avait cent dix mille écus de revenu, et comptait trente mille habitants^ qui s'occupaient principalement de l'industrie de la soie. Son territoire, étendu mais montueux, ne produisait pas assez dé blé pour sa consommation; la Carfagnana, pour laquelle elle était en lutte avec le due de Modène, lui fournissait de bons soldats. Elle redoutait l'ambition du grand-duc; mais elle trouvait un appui dans Gènes et l'Espagne, qui veillaient l'une et Tautre à ce que la Toscane ne s'agrandît pas.

Désormais, on parlait des anciennes républiques comme d'une

maladie dont on était guéri. Les républiques de Pise, de Florence

et de Sienne constituaient le grand-duché de Toscane, dont le re«-

venu était d'un million et demi d'écus. Le Siennois abopdait en

produits, tandis que les Florentins devaient se les procurer par le

commerce et Tindustrie; un grand nombre de taxes , sans parler

des impôts variés , enrichissaient le trésor, comme le huit pour

cent sur les dots, les ventes et les achats d'immeubles, le dixième

du montant des loyers et l'argent donné par les plaideurs ; au

besoin, od obligeait les nobles à faire des prêts, qui ne dépassaient

pas cinq mille ducats, remboursables au moyen des contributions.

L'État enrôlait trente-six mille soldats, avec exemption pour les

prêtres seuls, qui pouvaient encore porter des armes dans la ville

et jouissaient d'autres privilèges. L'île d'Elbe était bien fortifiée,

et Pise avait un bon arsenal.

Le duc de Mantoue avait trois cent soixante mille écus de recettes ; du Montferrat, réuni à ses domaines, il en tirait deux cent mille^ qu'il dépensait à le fortifier. Il mettait sur pied des troupes nombreuses et d'excellents cavaliers, pour combattre à la solde des autres.

(1) D*après des notes da doge Matthieu Senarega, qui se trouvent dans la bibliothèque royale de la Ligurie , Gênes en 1597 coinptait 61,131 habitants, dont 2,319 pauvres secourus par la commune; 589 prâtres ou moines, 1,27S re* ligieoses, 28 ,7 'éO soldats, non comprise la milice étrangère. Les recettes s'éle- , vaient à 428,264 livres; TÉtat dépensait 383,172 livres, et la commune 32»000; les galères coûtaient 164,873, et la Corse 198,595. Dans les mêmes archives est Tétat des biens des grandes familles de Gênes en 1636, dressé quand on imposa la taxe de un pour cent; il y en a quatorze qui avaient de 1,012,777 à 3,928,333 livres. .

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