DESPOTISME DES YICE-ROIS
séquent, décréter de toute manière. Le parlement assemblé, on exposait les besoins de la couronne ; quelques membres disaient que le pays était épuisé ; on en convenait, mais le service royal avait un besoin absolu de telle somme^ et il fallait se la procurer, c'est-à-dire voter un nouvel impôt. Il y avait donc une constitution^ mais sans garantie, puisque le vice-roi pouvait Téluder, et faire arrêter les députés des sièges et même les élus. Le marquis de Monterey les relégua pour sept ans à Caprée, parce qu'ite avaient envoyé, à son insu, un ambassadeur à la cour ; le comte d'Olivarès en fit . arrêter deux des plus illustres, et le comte de Lemos défendit aux sièges de se réunir sans sa permission spéciale.
Le comte de Benavente, pour gagner le peuple, avait taxé le pain. à si bas prix, que la municipalité de Naples dut contracter de gros emprunts pour offrir aux boulangers une indemnité de deux mille ducats par jour. On lui envoya une députation qui lui dit, par la bouche de son membre le plus âgé, César Pignatelli : a Sans la joie que nous fait éprouver la naissance de l'infant, nous serions venus en habits de deuil ; » le vice-roi lui répondit : a Je ne sais ce qui me retient de vous faire jeter par la fenêtre, » et lui ordonna de garder les arrêts dans sa maison.
Le. duc d'Albe, en 1625, imposa une taxe extraordinaire de deux carlins par feu sans consulter les sièges ; apprenant qu'ils voulaient envoyer une députation au roi, il les fit appeler et les menaça, s'ils l'osaient, a de leur couper la tête et de la mettre sous ses pieds. » En 1638, on envoya des moines et des femmes au duc de Médina pour le supplier de recevoir la députation de la ville, faveur qu'il accorda ; mais l'historien Gapecelatro, pour lui avoir ^ parlé avec hardiesse, fut condamné à une amende de huit cents ducats et à huit jours de prison, outre un procès criminel qui fut ensuite assoupi. Les députations, si elles parvenaient à la cour, devaient la gagner par de riches dons, et le plus qu'elles pouvaient obtenir était le déplacement du vice-roi.
Monterey, passionné pour les représentations scéniques , en voulait presque tous les jours, soit en public, soit dans la cour ou dans les maisons des nobles ; il y en avait à chaque solennité, et la nuit de Noël, « au sortir d'un spectacle, il se rendit à la messe, mêlant les saints mystèresaux fables deshistrions (Gapecelatro). » Au théâtre, chose inouïe, il voulut une loge uniquement pour lui et sa femme. Dans une course en felouque pour visiter Mergellina et le Pausilippe, il emmena deux prodiges de l'époque, Cincio Pulcinella et Ambroise Bonomo Coviello, acteurs dont les