IMPÔTS
bouffonneries faisaient accourir tout Naples. Une conopagnie espagnole, qui, en 1636, vint jouer aux frais de Monterey , coûta pour le voyage seul de quatre à cinq cents ducats; mais, comme personne n'allait au spectacle^ le vice-roi enjoignit à tous* les officiers et employés d'y assistei;r chaque jour^ sous la menace de faire une retenue sur leur solde. En attendant, il négligeait les affaires publiques^ et il s'abandonna tellement à cette passion que, lorsqu'on l'envoya guerroyer en Portugal, il retenait la paye des soldats pour salarier des comédiens.
Il avait une autre passion, celle des tableaux; en effet, l'art de Verres fut encore une plaie de la vice-royauté , les Espagnols voulant enrichir leurs palais dé Madrid desxhefs-d*œuvTe italiens. Médina en enleva tant qu'il put à la ville, et, parmi les autres, la Vierge au poisson de Raphaël ; conmie le prieur de Saint-Dominique se plaignait de cette spoliation, il le fit accompagner à la frontière par cinquante hommes à cheval; il prit à la même église un tableau de Luc de Leyde, à Sainte-Marie de la Sainteté un Raphaël, aux Incurables un Jules Romain ; à titre de compensation, il bâtit la fontaine qui porte encore son nom. Il fut imité par Monterey ; don Pedro d'Aragon emporta même des sculptures, et il aurait enlevé la belle fontaine de Dominique d'Auria à Sainte- Lucie, si les pêcljeurs ne l'en avaient empêché.
La femme de Monterey était sœur du comte Olivarès; en conséquence, elle manifestait les plus hautes prétentions, et répétait aux dames qu'il fallait s'adresser non pas au vice-roi , mais à elle, si Ton voulait obtenir des faveurs ; Monterey 'ayant accordé un poste de juge au mari d'une jolie femme, elle la frappa de ses pantoufles, qu'elle ne quittait jamais.
Faire de l'argent était le suprême, sinon l'unique but, du gouvernement. La taxe des feux, en i505, avait produit au fisc 393,517 ducats ; quarante-cinq ans après, elle en donnait 700,000, et, vingt-cinq ans plus tard, l'ambassadeur l'éyaluait à 1,040^248. Selon le même, les recettes du royaume étaient de 2,355,000 ducats, auxquels il fallait en ajouter 600,000 pour les dons ordinaires, 225,000 pour les droits de pâturage dans la Pouille, 214,500 pour les douanes, 375,252 pour la dîme du clergé. En 1640, la taxe des feux était le double du chiffre de 1505.
Le couronnement, les langes du nouveau-né , les pantoufles de la reine, Texpédition d'Afrique, la guerre d'Allemagne, les succès et les revers étaient des occasions de réclamer les dons; chacun de ces tributs était accompagné de la promesse qu'il n'en serait plus