IMPÔTS
exigé à l'avenir, et Ton s'empressait d'en inventer un nouveau. En 1643, après les plus graves malheurs, il fut payé en dons onze millions, ou du moins on les décréta. On prétend que, depuis Ferdinand P' jusqu'à Charles II, le royaume consuma, en dons seulement, 90,784,000 ducats , dont 6i ,869,787 à la charge des communes, 14,893,000 des feudataires, 14,020,233 de la ville de Naples, oiïtre- 512,000 distribués aux vice-rois. On retirait beaucoup des arrendamenti , c'est-à-dire des prohibitions qui frappaient l'huile, le fer, le sel, la soie, qu'on ne pouvait exporter ou importer qu'en payant. Les compositions pour les délits rendaient environ soixante mille ducats.
Charles-Quint avait promis et juré que ni lui ni ses successeurs ne mettraient d'impôts sur les Deux-Siciles sans la permission du saint-siége ; dans le cas où ils le feraient, le peuple était autorisé à prendre les armes, et pourtant, aucun vice-roi ne s'abstint de grever le peuple de charges, toujours plus lourdes et plus absurdes. Monterey, pour lever des troupes destinées au service de son roi, perçut quarante millions de ducats en (contributions extraordinaires; Médina, son successeur, en recouvra pour quarante-sept millions, et quand il partit avec un gros trésor, il disait : « J'ai laissé l'État dans une telle condition, qu'il n'y a>pas quatre familles en mesure de donner un bon dîner. » Lorsque l'amiral de Castille lui succéda, onze millions de ducats d'or étaient absorbés par le seul intérêt des impôts, dont on avait vendu le montant à quatrevingt-dix mille personnes, de sorte que , de ces énormes contributions, il n'entrait pas un carlin dans le trésor. Ce vice-roi s*en plaignit à la cour ; mais, ayant reçu pour réponse d'envoyer de l'argent, il dut imposer pour un million et cent mille ducats de nouvelles taxes, prélevées (puisque toutes les autres ressources manquaient ) sur les loyers. Le peuple fit entendre de tels murmures qu'il jugea prudent de les suspendre; mais a les ministres espagnols, raillant sa timidité, le traitèrent d'homme de peu de hardiesse, incapable de gouverner un couvent de moines (Giannone) , » et ils le remplacèrent.
Les absurdes lois sur les douanes poussaient à la contrebande, et celle-ci ruinait les négociants honnêtes, tandis que les fraudeurs arrêtés, ou finissaient par se corrompre en prison, ou bien acceptaient un rôle infâme pour obtenir la liberté. Outre les exactions, outre les vols des vice-rois et de leurs adhérents, méfaits qui ne retombaient sur le roi que parce qu'il ne les empêchait pas, il arrivait des princes qu'il fallait accueillir par des
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fêtes; puis^ quand les vice-rois partaient, on devait leur faire des dons pour avoir si bien administré.
Pour faire face à tant de dépenses , on vendait les impôts^ s'enlevant ainsi le moyen de les abolir; puis^ afin de satisfaire à de nouveaux besoins, on en créait de nouveaux, que Ton vendait encore; on vendait les terres domaniales, les communes se grevaient de dettes, et la seule ville de Naples devait quinze millions de ducats, dont elle payait Tintérôt avec le produit de droits exorbitants. On introduisit le papier timbré à la manière d'Espagne : enfin, il fut question d'imposer un grain par tête et par jour aux cent trente mille individus qui vivaient à la journée; un et demi aux cent trente mille qui exerçaient une profession médiocre; deux aux personnes titrées^ gentilshommes^ marchands et autres riches citoyens. Il faut y joindre les règlements sur les comestibles; comme on avait, dès d496, commencé à déterminer le prix du pain et des macaronis, il fallut fournir de la farine et des grains. Dans un pays trèsr-fertile, on ne trouvait pas de quoi manger : a Ici nous mourons de faim (écrivait un ambassadeur en <( 1621); à midi on ne trouve pas de pain dans les boutiques, « parce que la plèbe effrayée s'en pourvoit à l'aube^ et souvent « au delà de ses besoins ; on pense que le vice-roi veut infliger c( une peine à quiconque en achètera plus qu*il n'en peut cona sommer dans la journée (1). »
Après avoir vendu fiefs, titres, terres, il ne restait qu'à inventer de nouvelles taxes sur les fruits, les chapeaux, les souliers, le pain, les raisins secs, les olives , les légumes , le cuir, la soie, le vin et les tonneaux, le sucre, le sel et les viandes salées; en un mot, comme le disait Campanella, on payait pour garder sa tête sur le cou. Ces* charges étaient d'autant plus lourdes qu'elles n'atteignaient pas les nobles et le clergé. Sous le poids de tant d'impositions, il fallait se grever de dettes, et l'on introduisit les monts, c'est à-dire des emprunts cumulatifs, que Ton demandait aux universités, aux communes, aux particuliers, aux barons, et qui devenaient une nouvelle complication et un nouveau mal.
La perception étant fort difficile, on affermait les impôts^ surtout
(1) Correspondance du résident du duc d'Urbin. Dans un ban, souvent répété avec quelques variantes, nous lisons : — Comme il est venu à notre ^connals- « sance que , par Tavidité de quelques personnes puissantes et des vendeurs, « le prix du blé et de l'orge a sobi , depuis la récolte, une hausse excessive, an « grand dommage des pauvres de tout le royaume etc... voujant remédier, comme « il convient, à une chose d'un si grand préjudice pour le royaume, etc. »
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à des Génois. Ces Italiens très«actifs, et que la pratique des affaires commerciales ^ans leur pays avf^it ^e .bonne heure familiarisés avec les opérations des âctai3ïees, les dirigèrent dans tous les pays ; déj^, au tepips de Philippe 11^ les banques^ les billets de l'État et les dettes publiques de tout le royaume se trouvaient dans leurs mains. Jls plaisaient à TËspague, parce qu'ils étaient solides; mais le peuple les abhorrait, parce qu'ils se montraient inexorables. Le duc d'Ossuna voulait que Naselli prît la ferme de la douane de Fpggia ; comn^e; H refusait en alléguant pour excuse qu'il en avait déjà beaucoup^ il reçut L'ordre de quitter le pays dans deux jours, sous peine de la vie.. Ce vice-roi demandait une avance de deux cent mille ducats sur un impôt; les fermiers ayant répondu ne pouvoir la faire, il leur saisit provisoirement trois cent mille ducats (4).
Afin de remédier au désordre des finances, le gouvernement avait recours à la funeste ressource d'une monnaie de bas aloi^ suspendait le traitement des employés, et allait même jusqu'à mesurer le pain aux familles (2). L'argent était devenu si rare, que
(i) Za^zera, Goup'ernemeni du due d'Ossuna.
(2) Le résident du grand-duc écrivait le 27 juillet 1606 : ^ Ici, Ton eàt sans pain ni vin, avec de nouvelles impositions. »
5 septembre IfîÔS. — Ici, l'on compte les hommes par quartiers et maisons; ie besoin est si grand, que l-ou donne cinq iornesi de pain par bouche; qui en veut dftvuttâge doit rach^tçr aux t^oulangers étrangers, et celui qu'ils (oot est en très-petite quantité. »
23 avril 1607. — La diseUe est si grande dans le royaume, quMi vient des communes entières à Naples, d(;mandant dans les rues du pain ; tant de pauvres sont arrivés, qti*il est à craindre que cette ville ne soit empestée, car les gens meureni dans les rues. »
François Palermio a publié dans les Archives historiques un précieux recueil de documents sur la condition économique du royaume de 1522 à 1647. Dans une lettre du résident du duc d'Urbin, nous lisons, 31 décembre 1611 : — Le « seigneur comte de Lemos, par de douces manières, a prié les emplpyés de se « contenter de six mois de trailennent, en les prévenant qu'il ne force personne, « mais qu'il verra de bon œil ceux qui le feront, et les autres non ; il a ajouté la u promesse que les uns seront bien payés à l'avenir, et lesaotrcs mal. Aussi, tous « s'empressent de se confdrmeraiix désirs de Son Excellence, et il en est qui per- « dent trois ou quatre mille ducats, sans avoir pareille somme au monde. »
17 juillet 1621. — Ici, la monnaie est si rare, que mille ducats ne valent (c pas 400 écus d'argent, parce que c'est une monnaie petite, rognée et fausse ; « le créancier, dans rimpossibilité de faire passer cette monnaie, est obligé de « supporter une perte de six eVdé six et demi pour cent. »
4 février 1622. — ^ On lie saurait exprimer la confusion et le dommage in- « croyable qui vont augmentant dans cette ville et tout Je royaume, à cause des « zanette de cinq grains. Qu'il suffise de dire qu'on ne peut ai^ec cette monnaie,