‹ Histoire des ItaliensChapitre 45 sur 150 · ÉGLISES. STATISTIQUE DE NAPLES · texte numérisé non relu

ÉGLISES. STATISTIQUE DE NAPLES

et de terres confinant aux monastères devaient les leur céder à prix d'expert. A côté de cette misère publique, on s'étonne de la richesse des églises, parmi lesquelles il suffit de citer la chartreuse de Saint-Martin et la chapelle de Saint-Janvier : la première, tout en marbre sculpté, ornée de mosaïques, avec les autels émaillés de pierres fines, les balustrades en marbre et en porphyre, offre partout des fleurons, des rosaces et des broderies capricieuses; dans l'autre, outre Tinestimable trésor, il fut dépensé poar les seules peintures trente six mille ducats et un million pour les différents travaux ; quelques années avant Tinsurrectiou de Masaniello , Fautel de TAnnonciation, œuvre grandiose de Fanzaga, absorba, dans ce même édifice, deux cent mille ducats, et l'on sacrifia des trésors pour un ciboire dans Téglise des théatins.

Les dépenses des congrégations et Tambition des gouverneurs donnaient à Naples un aspect de magnificence et de beauté. Au lempsdeMonterey, cette ville comptait vingt mille édifices, quarante-quatre mille feux, trois cent mille habitants, et consommait par jour quatre mille boisseaux de blé; tous les mois, il se dépensait trente-cinq mille ducats en légumes ou verdure ; chaque année, il fallait cent mille staïa d'huile ( six mille quatre cents hectolitres ) quinze mille centinaia de viande salée, vingt mille de poisson, six mille de fromage, cent mille bêtes de boucherie ; outre la vente des particuliers, les seuls magasins pubHcs débitaient par an trente mille tonneaux devin. Les droits sur les fruits rendirent quatre-vingt mille ducats. La douane recevait environ six mille caisses de sucre, deux mille de cire blanche, trois cents d'épiceries, yingt-inille centinaïa d'amandes. On dépensait pour les étoffes étrangères environ quatre cent mille ducats, deux cent mille pour celles de l'Italie, trois cent mille pour toiles de lin de la Vénétie, deux cent mille pour toiles de Hollande, cent cinquante mille pour ouvrages d'or et d'argent.

L'introduction des épingles produisait annuellement un bénéfice de quarante mille écus. Le pays exportait beaucoup en objets de luxe, étoffes de soie etd'or pour habits et tapisseries, broderies et choses semblables. Il suffisait de parcourir Naples pour s'apercevoir combien cette ville était riche : outre les ouvriers qui étalent leurs marchandises dans les places, outre ceux qui ont des fabriques chez eux, dans chaque rue, chaque passage, on trouve une foule de gens qui se pressent, se heurtent et portent sans cesse des fardeaux; entrez dans les églises où l'on prêche, et la multitude les remplit ; allez dans les tribunaux , et l'on s'étonne de] tant de

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bruit ; les rues sont remplies de gens à pied^ à cheval^ en carrosses, de sorte qu*il en résulte un bourdonnement pareil à celui d'une ruche (i). Le commerce et les offices lucratifs, l'attrait des largesses , Tabondance des aumônes et la facilité des escroqueries augmentaient la population de la ville; il y avait beaucoup de maisons étrangères, surtout de Génois , comme les Spinola, les Mari^ les Serra, les Ravaschieri.

Mais ces accroissements étaient au préjudice des provinces, abandonnées à elles-mêmes. Le peuple, toujours oisif, était mal nourri , querelleur, prompt à prendre les armes, et lâche néanmoins; or, comme tous les individus qui souffrent, il désirait les nouveautés et les choses frivoles, toujours mécontent du gouverment, mais non du roi. Le parjure et le faux témoignage étaient si communs que, lorsqu'on voulait introduire Tinquisitioa espagnole, on fit observer qu'il n'y aurait plus de sécurité pour personne, attendu la facilité d'attester le mensonge. Les faux monnayeurs étaient nombreux; on rognait même les pièces de monnaie, et l'on voyait des prêtres , des moines, des nobles et des femmes se livrer à ces opérations frauduleuses. Le vice-roi Zapata fit pendre Lisco d'Ausilio qui, après avoir exercé dix-huit ans cette coupable industrie, s'était fait un revenu de quarante mille ducats.

Les nobles se plaignaient de voir donner à des étrangers tant d'emplois, créés pour eux par les rois précédents; mais ils n'avaient ni assez de force pour lutter contre l'Espagne , ni assez de générosité pour fraterniser avec le peuple. Malgré leur susceptibilité sur le point d'honneur, ils ne reculaient pas devant de honteux méfaits; pour se faire octroyer des titres ou la prééminence, ou bien pour obtenir de rester couverts devant le roi, comme les grands d'Espagne, ils avaient recours à de longues brigues; ils se faisaient un mérite de leur oisiveté , méprisaient l'industrie, et négligeant de surveiller personnellement leurs intérêts, ils ne s'occupaient que de chasses, de fêtes , d'exercices chevaleresques. Le peuple, dont leur faste orgueilleux les éloignait de plus en plus , ils le tyrannisaient à l'aide de leur nombreuse clientelle. Le prince de Colla lança à un docteur, pour avoir négligé de lui donner le titre d'excellence, une clochette qui alla briser la tête d'un vieillard ; ils votaient sans mesure les impôts.

(1) Jules César Capaccto, Il forestière^ Naples 1634.

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dont les exemptaient leurs privilèges, ou qu'ils prenaient à ferme, afin de s'engraisser de la misère publique.

Quelles mœurs pouvait-on attendre d'une servitude accompagnée de désordre? On laissait un libre cours aîix passions haineuses et violentes , je n'ose pas dire avec la pensée de décomposer les éléments de la nationalité, mais tel était certainement le résultat. Une commune abhorrait l'autre, et des inimitiés séparaient les familles comme les cités; le nom des anciens partis angevin et aragonais fut ressuscité pour leur rappeler qu'ils s'étaient haïs une fois, et qu'ils devaient se haïr encore. Les liens domestiques se relâchaient, à moins qu'il ne s'agît de soutenir de puériles distinctions.

Des femmes de familles principales ne rougissaient pas d'être ouvertement les maîtresses du vice-roi, comme la marquise de Campolattaro de la maison de Gapoue , la princesse Conca des Avalos. Les intrigues des vice-reines venaient compliquer les faits journaliers, et quelques-unes offraient des exemples de scandales; dans le carnaval de 1639, la femme de Médina donna dans le palais un bal masqué, oii figurèrent avec elle , dans une nudité mythologique, vingt des plus joHes napolitaines. Les bals, les mascarades, les spectacles étaient les amusements recherchés par les vice-rois; à leur entrée , ou pour célébrer les événements mémorables de la cour, a on ouvrait les cataractes de la joie afin d'en verser des torrents d'allégresse. »

Il était défendu aux courtisanes, sous peine de fustigation , de se montrer dans la ville en carrosse, ni en barque sur les rivages du Pausilippe , ni de passer la nuit dans les hôtelleries; mais leur nombre était considérable, et les nobles fréquentaient leurs maisons, nouvelle occasion de querelles, de duels et de meurtres, comme les joutes, les courses, les combats d'animaux, les promenades. Les souvenirs du temps sont remplis de duels, au point de jouer le plus grand rôle dans la vie des jeunes nobles. Quelques-uns entraient dans l'armée, et la plupart servaient à la cour, mais sans y trouver autant d'éclat et de puissance que les Français; au lieu d'une dynastie nationale, à laquelle ils pussent consacrer leur loyauté, ils se faisaient les courtisans d'un vice-roi étranger, éphémère et subalterne lui-même. Si par hasard ils se souvenaient de l'âge féodal, alors que leurs pères ressemblaient à des rois, ce n'était que pour y puiser des titres à de frivoles prétentions; les vice-rois se plaisaient à les humilier, et des personnages de haute naissance, arrêtés par les sbires , emprisonnés

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