BANDES
pour dettes, furent poursuivis judiciairement et Condamnés adx peines ordinaires. ' "
Des bans fréquents étaient publiés contre les jeux* de hasard; néanmoins, les nobles risquaient des centaines de ducats sur les cartes ou les dés. En 1631 Jean Jacques Gossa, duc de Sainte- Agathe, en perdait quarante mille au taroc, et Vincent Capece se fit un revenu de plus de soixante mille ducats en prêtant de Fargent pour le jeu (1). Outre les tripots privilégiés, on jouait dans les maisons particulières ; au temps du second duc d'Alcala, Barthélémy Impériale perdit un soir six mille ducats dans celle du chevalier Muzio Passalacqua , et pourtant , dit le chroniqueur, il était Génois.
D'autres, en guerreouverteavec la société, formaient des bandes qui , protégées par quiconque ne voulait pas en être victime, rançonnaient les voyageurs, s'associaient aux fréquentes émeutes d'alors , et affrontaient non-seulement les sbires, mais encore les soldats. L'abbé César Riccardo qui , en 1 660, t ua le duc de Saint-Paul, parcourait les environs de Nola et même de Naples, où il entrait et tuait sans être connu ; il dévalisait les courriers dont il brûlait les lettres, empêchait le transport de la neige, et menaça d'arrêter les pourvoyeurs de blé si on ne lui obtenait pas.son pardon. Ses bénéfices doublaient, lorsque les prélats se mettaient en route pour se rendre au conclave; afin de le réprimer, on nomma un commissaire de la campagne, avec pleins pouvoirs de poursuivre sommairement les attentats commis dans la Terre de Labour, c'està-dire dans les environs de Naples.
Bans civils, monitoires ecclésiastiques, promesses de trois cents ducats par tête, raffinements de supplices, on avait recours à tous les moyens; mais comment détruire les bandits, lorsqu'ils étaient protégés par les grands qui se servaient d'eux ? Et quel juge eût osé condamner un noble et se faire des ennemis de tous ses parents ? Les vice-rois eux-mêmes acceptaient des cadeaux pour lés protéger; puis le grand-duc ou le pape les prenait à sa solde pour nuire à ses ennemis. Urbain VIII jeta sur le territoire de Sienne Tagliaferro avec une grosse bande d'assassins J le grandduc Ferdinand II prit à son service César Squilleta, surnommé Frà-Paul, qui recruta dans le royaume tous les brigands qu'il put trouver; Jules Pezzola, un de ses pareils , en réunit cinq cents, avec lesqiietsil mit à feu et à sang les environs de Rohie^ un cer-
(t) GuBRRA et BccCA, Ùiutnalt.
IMMUNITÉS REUGrEtJSES. ^ 99
tain Pagani, à la tête d'un millier de ces malfaiteurs, dévasta Rieti etSpolète. ^ ^ .
Un nonce se plaignait que les monastères fussent^ veîuwp le 'plus haWtuel des bandifs; les bénédictins dé Montevéfgine, à AvëHîno, Ventendaient avec eux, et sî la justice violait les asiles , des conflits s'élevaient entre les 'deux autorités. Sous le duc d'Àlcafa , Jëan-Vincent-t)orniriique , baron dé Pellascianello et qhej^d^ bande, fut arrêté dans une église et condamné à mort ; malgré les réclamations du nonce et de Tévêque en faveur de la sainteté de Fasile, et malgré les rnurmures du peuple qui attendait sa grâce, le coupable sfubit le sdppïice. *
Les conflits juridictionnel^ aVec tés évêques, défenseurs ardents des prétentions curiales, et qui ne croyaient pas Vexequatur royal nécessaire. ^ux bulles de Rome, renaissaient fréquemment et produisaient de graves désordres. Les gens de lettres^ selon leur habitude , favorisaient lé gouvernement, et le .pe^()le était pour la liberté. Giannone déclamé avec chaleur contre les prétentions des moines et des prêtres qili, en vertu de la bulle ht 'Canna Domini, s'opposaient à l'augmentation des charges publiques; il dit qu'ils donnaient l'absolution à quiconque trompait le fisc, parce qu'on les avait imposées sans iWtoi^isation papale (1). *
Sous l'administration du cardinal Granvelle , les moines arrêtèrent un voleur dans l'église de Sàînt-Laurent, et après l'avoir bien bâtonné, ils le livrèrent aux bargels de l'archevêque. Le sacrilège était un cas mixte, c'est-à-dire que l'on présumait que le jugement appartenait h l'autorité qui prévenait ; msàs Granvelle, comme il s'agissait d'un laïque, réclama plusieurs'fois le coupable, et, sur lé refus de l'archevêque, il le fit enlever par force de la pri^ son. Le vicaire, sur l'ordre de l'archevêque, excommunia tous ceux ' qui avaient participé au fait, et le cardinal fit barbouiller ou déchirer les affiches de Teicommunication, juger et pendre le coupable ; en même temps, il enjoignit au vicaire de sortir du royaume, et voulut qu'on arrêtât les consulteurs, les huissiers, le chancelier, en un mot quiconque avait participé à la publication de l'anathème. Dans un cas semblable à Milan, le pape avait exigé que les excommuniés se rendissent à Rome pour obtenir l'absolution ;
(1) Livre .xxxiii. La condition des Deux-Siciles nous CBt révélée fidèlement par Frédéric Badoero dans le rapport qu'il lut au sénat vénitien en 1657, à son retour de son ambassade auprès de Charles-Quint ( Relazione d'ombascetia venefûf vol. TII, première série).
iOO CONJURATION DK GAMPANELLA.
mais alors Philippe II, approuvant la conduite de Granvelle^ défendit de subir cette humiliation; le pape eut beau se plaindre^ il dut se borner à soumettre les excommuniés à Tabsolution privée.
Les jurisconsultes napolitains se firent une'^grande réputation en soutenant Pautorîté royale. Chioccarello^ laborieux compilateur, recueillit en dix-huit volumes tous les écrits favorables à la juridiction princière contre les usurpations cléricales^ outre une infinité de décisions, surtout de la rote romaine et du sacré conseil de Naples : questions, controverses^ conseils, allégations, avec des citations interminables et des conclusions générales , il n'oublie rien. Sur ses traces, Giannone traite des jurisconsultes, dont le nombre était considérable^ parce que cette profession devint une source d*honneurs et de lucre^ alors que le développement des affaires et la complication des lois firent multiplier les juges, les rotes et les tribunaux. Au premier rang brillait Vincent de Franchis, régent du conseil suprême dltalie, dont les décisions étaient citées dans toute l'Europe.
Ce royaume fournit encore de vigoureux penseurs, dignes de figurer parmi les rénovateurs delà science, comme Bernardin Telesio, frère Giordano Bruno, frère Thomas Campanella, dont nous parlerons longuement. Ce dernier s'occupa beaucoup de politique et d'économie, en favorisant la domination espagnole et papale ; cependant on le compte parmi les martyrs de la liberté et de l'indépendance nationale. En effet, s'appuyant sur l'astrologie, sur l'Apocalypse , sur les prophéties de sainte Brigide, de l'abbé Joachim, de Savonarola, de saint Vincent Ferreri, il prédit que le 15». dix-septième siècle apporterait de grands changements dans le royaume de Naples ; soit que son langage exprimât ses convictions, ou qu'il employât les armes du temps, il fut écouté, ou . bien les hommes habiles se servirent de lui pour tenter un mouvement dans la Calabre.
Frère Denis Ponzio de Nicastro avait rompu la tête à un convers, désobéi à son supérieur qui le reléguait dans un couvent, et pris les armes avec des bandits pour venger le meurtre d'un oncle j s'étant arrêté à Stilo, patrie de Campanella, il entend parler de ses prophéties, et se met à les répandre de manière à paraître son interprète , comme d'autres bandits dont se servait Campanella pour combiner des associations. On crut donc qu'ils conspiraient pour la rénovation politique du pays, en prêchant une république qui aurait pour centre Stilo, pour moyens de réussite la parole de trois cents moines et de quatre évêques conjurés, avec lesar-
SICILE. iOi
mes de dix- huit cents brigands ; du reste, ils tuaient quiconque leur résistait, et nommément les jésuites. Le vulgaire se persuade facilement qu'une oppression parvenue au comble est sur le point de finir : les rivalités de la France, qui encourageait les mécontents et les ambitieux, faisaient concevoir des espérances; les conspirateurs ne dédaignèrent pas de recourir au pacha Cicala; mais ils se virent prévenus, et Ton arrêta tous ceux qui ne purent s'échapper ; conduits à Naples sur les galères , deux furent écartélés pour l'exemple^ d'autres brûlés, pendus^ condamnés à ramer.
A notre époque^ 4^^^ Vallintelvi sur le lac de Gôme, nous avons vu quelques prêtres organiser un soulèvement contre Napoléon, à coup sûj^ moins sérieux que celui-là; cependant, ces prêtres sont morts sur le gibet, quand ils méritaient à peine d'être enfermés dans un hôpital de fous ; mais alors les ecclésiastiques étaient protégés par les immunités y et les moines comme Campanella^ au lieu de comparaître devant les tribunaux du pays^ obtinrent d'être jugés par le saint-oflice. La conspiration eut les conséquences ordinaires : fuites^ morts^ amendes. Le parlement^ afin d'attester la fidélité du royaume^ décréta au roi un don d'un million deux cent mille ducats, et un autre de vingt-cinq mille au vice-roi, qui avait sauvé le pays d'un si grand de péril (i).
Les malheurs de Naples étaient communs à la Sicile, deux cadavres attachés au même gibet. Au seizième siècle, le problème des destinées de l'Italie n'avait pas encore reçu de solution définitive; mais le sort de l'île était déjà fixé; dépouillée de son indépendance , elle subissait d'avance les maux de la servitude y de laquelle parurent inséparables les famines , les soulèvements , les partis de familles.
L'historien Hugues de Moncade , le premier qui réunit le titre de vice>roi à celui de capitaine général du royaume et des lies , me. eut à combattre contre le peuple révolté, et le réprima d'une ma-
(1) Comme il arrive de toutes les conspirations qui échouent, on a mis en question Peiistence de celle4à. Botta ne fait que copier élégamment Giannone, qui a copié matériellement Parrino Guillaume. Ubri, dans V Histoire des mathématiques, vol. IV, p. 151, assure quHl est difficile de ne pas voir en Campanella un martyr de Pindépendanee italiennn !
Au ch. CLTiii, nous parlons avec étendue de Campanella comme philosophe et poliUque ; mais nous devons faire observer ici qu'il était si loin de songer it rindépendance de son pays , que, comme on peut le f oir dans son traité De la monarchie d'Espagne, il enseignait à celte puissance la politique qu'elle devait «uivre pour conserver ses possessions dans la Péninsule et s*y rendre forte.
ni^re alroce. Hector PigpaUlli, qui le leaiplava^ loin 4q i^aïut^uer* la tranquillité^ provoqua p^r ses rjgueurs de violents t|imi4tes à: *W7, Gaiane, imitée bientôt paç la ville de. Païenne, qù J^n-LuQSq.uar^cialupo conspira , souleva le peuple, égorge^ le$:cQn«eJli|jers^ èou-* leversant et saccageant Tile entière ; le vice-.roi ne s^t y. opposer qu'une autre conjuration , grâce à laquelle,GuiliaumeyeulimigliH> parvint à tuer Squarcialupo çt un grand nonil>re {l^ factii^u]^ ; les' autres furent successivement envoyés au $uppUçd. . , ,,
Les haines s*envepio)èren,t,. et Frau(;ûis 1^[ \e^ attisait. PoniiMlio= Imperatori et ses frères ^ exclus du pardon, s'entendirent avec Marc- Antoine G^lonna pour s'eniparer de rUe; mais il;^ furent découverts et fournirent d'autres victimes au bourreau. A Sciaoca, depuis uQ. demi-siècle, ilexistait entrelesLuna.etles Perollo une 1529. opiniâtre inimitié, qui finit par éclater en guerre ouverte , accompagnée de féroces vengeances; enfin, les Luna durent se réfugier à Ron^e auprès de Clément VU, leur oncle. . . ,.
.yH<3 ne. pat jamais se résigner au joug;..pu^, lesxôurses des pirates , leç éruptions de l'Etna, les dévastations des; l^andits et des soldats se renouvelaient à chaque instant. Le commerce intérieur avait disparu, les campagnes voisines de la mer étaient inculte^ et dépeuplées; bien qu'on eût beauconp dépensé pojir construire des forteresses, munir lescôte^, faire des libért^lités au^x soldats qui les défendaientju on voyait epcpre le p^ys dévasté d'une paanière déplorable. ^., . ... . .. . , ^
La domip^tioiVclç;^/te, c'est-à-dire les Gerbi, Malte, Goao.et . Trippli, récent^ conquête, était.^ne lourde charge povir la Sicile; enfin, Charles- Quint céda Malte, aux chevaliers de' Saint-Jean qui, chaque aiinée, devaient faire hommage d'un faujconjau vice-roi. La Sicile fournit beaucoup d'hommes et d'argent pour fortifier- la Valette, ,et fut d'ur^gr^nd secoure dans l'expédition de Tunis; aussi Charles-Quipt, à son retour, jayai|t débarqué dans l'ile, jura à Palerme de lui cç>nserver ses. privilèges, et reçut uq-don de deux cent cinquante mille écus. En effet, les parlements restaient int^ctiS, avec le droit de Ubre délibération, et les rois juraient la constitution, de manière ^ue la nation se trouvait distincte du roi.' -
Dès 1513, Pînquisitîôn avait été introdiiite dans l'île ; les habitants, loin de la repousser comme sur terre ferme, l'avaient crue nécessaire contre les excès deâ magistrats, et beaucoup se soumettaient volontairement à sa juridiction (1). L'inquisition com-
(1) Voir le rapport de Frédéric Badoero dont nous avons parlé plus l«ut.