GOUVERNEMENT SICILIEN
élevait encore beaucoup d'églises somptueuses et de mauvais goût, les routes devenaient impraticables et les ports ne pouvaient plus servir. Palerme demandait en vain à contracter un emprunt pour faire une jetée sur son port grandiose; on répétait en vain que ,* a faute de ponts sur beaucoup de fleuves, il se noyait chaque année une infinité de personnes , d'où venait la perdition de tant d*âmes malheureuses... au détriment du service de Dieu et la conscience de Sa majesté. « Le vice-roi , écrivait le résident du grand-duc, use de tous les artifices pour tirer beaucoup d'ar- « gent de ce royaume , qui désormais est entièrement ruiné.. . La a mauvaise administration qu'ont toutes les villes les pousse à (n, des résolutions désespérées.. .; pour un vers ou pour toute aua tre chose , on demande de l'argent, et cette soif inextinguible a épouvante... Les forteresses ont été reconstruites fort souvent; « car le vice-roi du royaume et les autres ministres semblent s'être a proposé pour but de démolir celles que le prédécesseur a éle- « vées, afin de les faire réédifier selon leur désir; ce qui est tout a à la fois pour les villes une cause d'incroyables dépenses, et « pour les ministres un moyen facile de s'enrichir. » L'industrie prospère des sucres périt dès le jour où Ton reçut celui d'Amérique, tout en maintenant les droits sur le sucre exporté.
La nécessité d'approvisionner la Goulette en Afrique offrait aux vice-rois un prétexte de faire renchérir et d'acheter le vin, les huiles, les salaisons, le blé, qui recevaient ensuite une autre destination. En un mot, on prétend que, durant les deux centvingt-sept ans de la domination des vico-rois , l'île aurait payé à l'Espagne onze cent trente millions de ducats, c'est-à-dire environ cinq milliards de francs.
Les pestes, les famines et les énormes exactions étaient encore accompagnées des courses incessantes des Turcs, contre lesquels on entretenait vainement de nombreuses galères. Faut-il s'étonner si le peuple se soulevait continuellement? or, dans ces inutiles insurrections, on entendait toujours ce cri : du pain !
Nous devons dire toutefois que ces maux et ces plaintes, résultat de vices semblables, étaient communs aux autres pays. Sous les ducs de Savoie, le peuple souffrit au delà de toute mesure. En France, dans rassemblée du 15 janvier 1648, l'avocat général disait : a Depuis dix ans la campagne est ruinée, et les paysans sont a mis sur la paille après avoir vendu leurs meubles pour acquitce ter les impôts auxquels ils ne peuvent satisfaire; des millions a d'individus sont obligés de vivre de son et d'avoine, et n'at-
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a tendent de protection que de leur propre impuissance. Ces iur. a fortunés ne «possèdent plus rien que leurs àmes^ parce qu*oû! « n'a pu les, vendre aux enchères. Les habitants des. villes^ après c( avoir payé la subsistance et les quartiers d'hiver^ les étapes , les « emprunts , le droit royal et la confirmation^ ont encore la taxe a despcopriétair4es..*Tout le pays est accablé, épuisé par tant « d'impositions extraordinaires, qui produisent une misère, dont a les remèdes sont aussi insupportables que le mal... » Les hommes d'État remarqueront sans doute que la faculté arbitraire de pressurer, les peuples ruinait tous les pays, tandis que l'Angleterre , avec le seul droit d'examiner les dépenses et de voter l'infipô^^ parvint au plus haut degré de liberté civile.