‹ Histoire des ItaliensChapitre 50 sur 150 · SON FASTE · texte numérisé non relu

SON FASTE

Ces grandes misères étaient entremêlées de fêtes somptueuses, parce que les villes de Milan , de Palerme et de Naples^ avaient chacune une cour, avec des ambassadeurs, des représentations^ un faste, une protection des lettres. Le Don Juan de Tespagnol Tirso deMolina, fut joué à la cour du comte de Lemos et traduit en italien ; une compagnie de la Péninsule le représenta à Lyon, ville moitié italienne où le connut Molière qui sut l'imiter avec un mérite supérieur. A la cour d'Ossuna vivait Quevedo, espèce de Voltaire aux plaisanteries inépuisables et rempli de bon sens, avec lequel il tempérait la fougue d'Ossuna^ qui remployait ensuite comme son agent secret dans toute l'Italie. On multipliait donc les représentations théâtrales, les splendides cavalcades, les processions solennelles , les courses sur mer, les festins, les mascarades , les divertissements, les joutes, le tout accompagné de rafraîchissements, de gâteaux et de riches dons ; souvent même on laissait la plèbe et les cavaliers saccager l'appareil des fêtes. Tantôt , do\ize chars,. remplis des mets les plus appétissants, au point de valoir chacun cinq cents ducats, sont disputés entre trois cents hommes qui, en caleçons seulement et oints de poix, se jettent dessus et les saccagent ; a ce qui fut un spectacle aussi nouveau que beau, et que le peuple accueillit par des cris d'allégresse, a Tantôt quatre vingtdix dames vêtues en Ischiotes apportent chacune des présents au palais ; tantôt, c'est un banquet pour dix mille personnes, et surtout pourles vingt-cinq courtisanes les plus fameuses de Naples, servies pompeusement, et a son excellence voulut les voir et plaisanter avec elles. » Parfois , la vice-reine donnait un bal où ne figuraient que des femmes nobles, qu'elle habillait à ses frais ; d'autres fois , on représentait dans quatre parties de la cité les quatre saisons^ avec des emblèmes, les fruits et les occupations de chacune. Toutes les fois que le vice-roi et sa femme se présentaient dans les solennités, on leur offrait beaucoup de paniers de fruits et de confitures, qu'ils faisaient jetei' aux gens du peuple, lesquels se précipitaient dessus (( en foule, non sans coups de poings et de pieds, se traitant les uns les autres comme des chiens enragés, au grand divertissement de son excellence et des dames ; » pour raviver cet amusement, le vice-roi jetait de l'argent ou bien un collier d'or mis en morceaux. La fête était relevée par le bouffon du • duc, qui tantôt le couvrait de la toge pour se moquer de la ma- %istrature , ou tantôt le chargeait de juger les procès, dans lesquels^ aux sentences grotesques, il ne manquait jamais d'ajouter pour lui de bonnes épiées.

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