SON AMBITION
Le ducd'Ossuna caressait ainsi la plèbe; il distribuait aux pauvres ses honoraires^ et souvent il délivra de ses propres deniers des prisonniers' pour dettes. Il envoya vingt-sept barons à la mort et abolit quelques droits odieux à la plèbe ; un jour qu'un employé de la halle pesait les légumes pour les taxer, il lui coupa sa balance d'un coup d^épée^ en disant : a Les fruits de la terre sont un don de Dieu et le prix des sueurs du pauvre. » On peut se figurer combien il devait être cher aux lazzaroni.
Au sein de la paix, il prenait à sa solde des Français et des Wallons , et construisait des navires ; il comptait vingt gros galions, autant de galères, seize qiille soldats , et secourut les Autrichiens dans la Lombardie et TAllemagne. Afin de couvrir ces dépenses^ il ne vendait rien du patrimoine royal, mais recourait à des impôts extraordinaires; il fit des emprunts forcés , saisit les biens des négociants étrangers^ et logea chez les particuliers les soldats^ qui volaient avec impunité, sans épargner les ornements des églises ; il se vanta d^avoir fait entrerau trésor un million cent mille ducats.
Ces forces, jointes à des richesses immenses et à une parenté toute-puissante , a lui inspirèrent un désir ardent de régner, non plus comme ministre d'un grand roi, mais comme souverain d'un vaste royaume (Leti) ; » il chercha donc à s'entendre avec les potentats d'Italie, surtout avec Charles-Emmanqel , adversaire inquiet de l'Autriche , peut-être avec Venise , avec les Uskoks et les Turcs, certainement avec la France ; mais cette dernière puissance , bien qu'elle désirât troubler le royaume de Naples , ne semble pas avoir prêté l'oreille à ses propositions, peut-être parce qu'elle se défiait de sa sincérité.
Venise était mal vue de FEspagne, non-seulement comme puissance rivale et comme république , mais parce que , surtout après sa bruyante lutte avec le pape, elle représentait l'opposition, c'est-à-dire les idées protestantes; on se plaignait de ce qu'elle appuyait les non-cathoUques , traitait avec la Hollande , envoyait de l'argent et des munitions aux réformés dans la guerre de Trente ans (1) ; l'ambassadeur espagnol posait donc cette alternative : Aut Ronia aut Carthago delenda est,
(1) En 1603, le nouce à Venise se plaignait de ce que l^ambassadeur d'Angleterre faisait préclier publiquement dans sa maison ; c'était, il est vrai, en anglais, ajoutait-il, mais il pourrait bientôt le faire en italien. La seigneurie répondit que, vu la grandeur du roi d^Angleterre et Timportance de son amitié, on ne pouvait interdire à son ministre l'exercice de son culte; seulement, il serait