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BIST. DES ITAL. — T. IX

114 LÇâ USKOKS.

Les Uskoks^ c'est-à-dire les réfugiés, en iilyrien, disaient être les chrétiens qui, après avoir abandonné les provinces à mesure que les Turcs les envahissaient^ s'étaient enfuis de la Croatie^ de TAlbanie et de la Dalmatie sur les côtes les moins accessibleB de TAdriatique. Un Hongrois, seigneur de Glissa, forteresse au-dessus^de Spalatro sur la côte dalmate, avait donné asile à un grand nonàbre de ces fugitifs ; de cette retraite , ils faisaient des courses contre les Ottomans, jusqu'à ce qu'ils furent expulsés de cette dtadelle réputée inexpugnable. Segna (Zengh), dans Tintérieur du golfe de Quarnero , au milieu de fonds inaccessibles à de gros navires , était réclamée par les Hongrois et' menacée par les Turcs; l'empereur, pour la conserver, permit donc aux Uskoks de l'occuper. Très-habiles à naviguer à travers ce labyrinthe d'îlots et sur ces bas-fonds , ils ne pouvaient vivre qu'en faisant la course ; mais, non contents de prendre les navires turcs, ils molestèrent aussi ceux des chrétiens; puis, fortifiés par tous les Italiens ou Autrichiens qui voulaient exercer leur courage ou poursuivre leur carrière de méfaits , ils mirent à sac les villes de la Dalmatie , ist se moquaient des bâtiments armés pour les détruire.

Le pape, d'autres potentats de l'Italie et l'empereur reprochaient depuis longtemps à Venise d'avoir usurpé la domination exclusive sur r Adriatique, au lieu de la laisser libre à tous les riverains; mais, disait-on, puisqu'elle s'en proclame la souveraine, qu'elle la débarrasse au moins des pirates. Le Grand Turc la sommait « de mettre ses sujets à l'abri des vexations incessantes ; d les chevaliers de Malte et ceux de Saint-Étienne s'en faisaient un prétexte afin de piller les navires vénitiens, à titre de représailles. Venise se plaignait à l'empereur Maximiiien , qui faisait pendre quelques Uskoks ; mais il trouvait dans leur audace un auxiliaire utile pour réprimer les Turcs. Lorsqu'il eut besoin de leurs bras pour combattre ce peuple, il les protégea ouvertement, et les pirates coih tinuèrent leurs dévastations avec plus de hardiesse ; dans cette guerre plus atroce que d'habitude, les adversaires/ivalisaient de supplices cruels^ comme il arrive lorsque chacun, pour se défendre, est réduit à se faire justice soi-même. IQI7, Les Vénitiens, ne se trouvant glus en sûreté dans leur propre

golfe , et pressés d'ailleurs par le Grand Turc de détruire ces bri-

prié de ne pas admettre d*étraogers. Wigqubfort, V Ambassadeur y 416. Cet écri- Tain dit que la République de Venise est admirable en toute sa conduite et en toutes ses inaximes.

LES USKOKS. Ii5

gands^ entrèrent dans le Frioul autrichien y assiégèrent Gradisca , démolirent différentes bourgades sur les bords de la mer, refuge des Uskoks , et s^allièrent avec les Provinces-Unies et le duc de Montferrat, ennemis de T Autriche. Le Milanais avait alors pour gouverneur don. Pedro de Tolède , homme austère , prompt à commander^ mais faible quand il fallait exécuter ; il destitua le grand chancelier, bien qu'il fût nommé par le roi , et refusa de lui rendre son poste malgré les ordres formels de la cour. Trèsbrave, mais peu habile, il fut heureux d'une occasion de guerre, et s'empara de Verceil ; de son côté, le duc d'Ossuna entre dans % TAdriatique avec ses galères y capture quelques bâtiments véni* e septembre, tiens, se décerne le triomphe et prend^ pour devise le cheval avec ces mots : Victorieux sur mer et sur terre.

La paix de Paris suspendit la guerre ; TAutriche recouvra les villes qu'elle avait perdues, et refréna les Uskoks, dont la plupart furent transportés sur le territoire voisin de ses frontières. Cette puissance aurait dû rendre ses prises et payer une forte indemnité ; mais elle réclamait sans cesse , et rejetait les torts sur Tolède et Ossuna, qui refusaient, disait-elle, de congédier les trotipes et de restituer Verceil avec les galères.

En effet, le duc d'Ossuna ou bien Alphonse de la Cueva, marquis de Bedmar, ambassadeur espagnol à Venise, fit écrire, probablement par Welser,, un Examen de la liberté vénitienne , très-injurieux pour cette république. Paul Sarpi, chargé par la Seigneurie d'y répondre, déclina cette mission, bien qu'il fût l'adversaire passionné de Rome; alors on recourut aux plunjes du Hollandais Gross-Winkd et du Génois Raphaël de laTorre. Le duc d'Ossuna disait même à Paul V qu'on ne devait pas considérer les Vénitiens comme des chrétiens , puisqu'ils avaient souvent fait des traités avec les Turcs, expulsé les jésuites, lutté contre le pape et favorisé les hérétiques de France et de Hollande.

Les esprits s'aigrissaient et les soupçons commençaient à naître, lorsque le conseil des Dix fit arrêter et périr quelques étrangers. Que s'était- il passé? Le peuple, au milieu de ces jugements ténébreux, proclame que les prisonniers et les morts sont par centaines ; qu'on a découvert une conjuration tramée dans le but d'incendier la ville , d'anéantir la république , et que beaucoup de nobles se trouvent compromis; or, comme le marquis de Bedmar quitta la ville dans cet intervalle , on présuma qu'il était l'auteur du complot. Conjectures sans fondement, d'autant plus que les relations avec l'Espagne ne furent pas interrompues , et que le gouverne-

116 CONJURATION DE B£DMAR.

ment ne publia aucune information, se contentant d'ordonner des actions de grâces à Dieu pour avoir sauvé la république.

Ce mystère, comme on se l'imagine , donna lieu aux suppositions les plus frivoles, et les caprices des chroniqueurs à l'affCit de nouveautés furent adoptés par les historiens : il resta la croyance que le duc d^Ossuna avait comploté d'anéantir Venise, d'y mettre le feu, d'égorger le doge et les sénateurs, d'occuper la terre ferme ; qu'il s'entendait, dans ce but, avec beaucoup de Français, avec Tolède et Bedmar, et que tout était sur le point de réussir, lorsqu'un traître ou le hasard avait fait échouer la tentative. Les critiques ultérieurs ne purent rien éclaircir; mais il paratt qu'une trame fut ourdie, œuvre de^ quelques mercenaires renvoyés de France après les guerres civiles et passés à la solde de Venise , mais surtout d'un certain Jacques-Pierre, Normand, honmie de main et très-habile corsaire, qui, pour gagner des partisans, promettait des secours de la part de l'Espagne ; mais la chose, découverte au commencement, fut éventée par la mort de quelques personnes , non de centaines , comme Font dit les romanciers et les rhéteurs (1).

(1) Jean-Baptiste Patayino, secrétaire, flt deux communications au sénat sur la conjuration, le 17 mai et le 17 octobre 1618, d*où il résulte que Tolède devait en même temps surprendre Crème. Dans le communiqué du 26 septembre du conseil des Dix, il est dit : « La machination a été trouvée certaine, fondée sur la vérité, et sans aucun doute imaginable. » Dans le conseil des Dix, les consulleurs frère Paul et Servilio Treo firent leurs objections, c'est-à-dire présentèrent la défense, à laquelle il fut répondu ; on prit le parti de faire tuer Jacques-Pierre en secret, « suivant en cela la coutume d'autres princes, anciens et modernes, contre des rebelles de cette qualité, pour la destruction desquels la plus grande célérité a toujours été regardée comme lenteur. «

Le rapport officiel le plus étendu est le œmmuniquë fait par ledit conseil aux sages du collège, le 11 octobre 1618, et que nous avons reproduit dans ï Histoire Universelle. Là, Pierre Dardaino, secrétaire des Dix, termine ainsi: « Par décret des Dix, on a fait périr au dehors le capitaine Giacpier, Langlade et Rosetti , secrétaire de Giacpier. Dans cette ville , ont subi le dernier supplice Rinaldi et les deux frères Bulléo, et finalement Jean fiérard et Jean Forniero; ont été relâchés et mis en liberté le capitaine Baldissera, Juven, Arsilia sa femme^ et quatre autres, tous Français, qui avaient été retenus par le traité de Crème. Il reste encore six ou sept individus incarcérés et fortement soupçonnés, dont le procès sera fait sans retard. »

Quevedo, dont nous avons parlé, trempa dans cette intrigue, sur laquelle il écrivit; voir Lince cTItalia. Daru en a fait un roman d'un nouveau genre, en supposant que Venise était d'accord avec le duc d'Ossuna pour le porter au trône de Naples, et que la trame ayant été découverte, elle avait envoyé au supplice des centaines de personnes innocentes ou qui pouvaient la révéler. Yittorio Siri, ilam 1rs Mémoires secrets, cite des interrogatoires et des lettres rela-

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