LE CARDINAL ZAPATA
pain et l'altération de la monnaie occasionnèrent donc plusieurs soulèvements. Les zannette, petite monnaie, étaient rognées tellement par les spéculateurs que personne nei voulait les accepter, pas même au poids. Le vice-roi crut remédier à ce désordre en les abolissant ; mais les banques en avaient pour quatre millions .et demi de ducats^ et les particuliers pour de fortes sommes; cette mesure les ruina donc^ et^ comme la zannetta ne fut pas remplacée par une autre monnaie, le commerce se trouvait entravé : nouvelle cause de tumultes.
Le cardinal Zapata, successeur du vice-roi précédent^ se promenait hors de la ville, quand un pauvre, tenant quatre pains à la main, l'accosta en lui disant : a Voyez, seigneur, quel mauvais pain nous mangeons ! » Le cardinal! lui dit : a Ya-t'en en paix , chef du peuple. » L'homme répondit avec hardiesse qu'il ne l'était pas^ et le vice-roi commanda de l'arrêter ; aussitôt le prisonnier se met à vociférer, une multitude accourt a criant en face au cardinal : Ah ! zannettaro cornu^ et, par les pierres dont elle accabla les estafiers, fit relâcher le pauvre ; Sa Seigneurie illustrissime s'enfuit dans son carrosse, et rentra dans la ville (i). » Ces insultes firent incarcérer trois cents personnes, et dix furent condamnées à périr sur la roue, après avoir été tenaillées sur des chars dans les lieux publics; on suspendit aux murailles, pour servir de proie aux oiseaux, les lambeaux de leurs cadavres, et leurs têtes, placées dans des cages de fer, figurèrent sur les portes les plus fréquentées; seize individus furent condamnés aux galères, et leurs maisons démolies, bien qu'ils ne les habitassent qu'à titre de locataires; tous les autres, après avoir subi d'horribles tortures, recouvrèrent la liberté.
Les soulèvements continuèrent toute cette année, et se multiplièrent dans le mois de février suivant ; a si les Espagnols ne s'étaient pas rendus forts dans les corps de garde, on aurait vu se renouveler les vêpres siciliennes^ » Dans le mois de mars, il y eut
(1) Même correspondance, du 29 avril 1622. Giannone, livre XXXV, 5, écrit : La vile plèbe qui veut se rassasier, sans s'inquiéter de l'inclémence du ciel ni de la stérilité de la terre, voyant le pain lui manquer, commença à faire du bruit et à perdre tout respect envers les ministres qui présidaient aux subsistances. » Plus loin, il parle de ce pauvre qui, s^étant approché avec un pain du carrosse de Zapata, )ai dit : «Voyez, Excellence, quel pain on nous fait manger.» Et parce que le cardinal sourit, le vulgaire lui dit témérairement en face : — II ne faut pas en rire, Excellence, car c^est chose à faire pleurer, » et continua en lui faisant entendre des paroles p/eines d*outrages. . Tel était, 4 lecteurs plébéiens, le libéralisme du siècle passé*