MISÈRES ET ABUS
puis^ entraîné par le besoin de lever sans cesse de nouvelles troupes pour la funeste guerre de Lombardie, il vendit, malgré leur violente opposition, les juridictions qui restaient encore.
Le duc de Médina, qui laissa son nom à une porte, à une fon- 1057. taine et à un magnifique palais au Pausilippe, tira du royaume trente millions de ducats ; sommé d'en rendre compte, il soutfnt qu^un vice-roi n'y était point obligé, et, il se vantait d'avoir laissé le pays dans un tel état qu'il n'y avait pas quatre familles capables de faire un bon repas. Le brave amiral de Castille, son successeur, i644. trouvant les caisses vides et le gouvernement exigeant, déclara qu'il n'avait pas le cœur de voir un cristal si précieux se briser dans ses mains; mais on répondit à ses remontrances qu'il était fait pour gouverner un couvent de moines, et il céda son poste à leae. don Rodrigue Ponce de Léon, duc d'Arcos.
Los Turcs infestaient les côtes, et les brigands l'intérieur du pays ; les gentilshommes troublaient la ville par des duels quotidiens, et des querelles qui ressemblaient à de véritables, batailles; ainsi , Hippolite de Costanzo et don Joseph Cariaffa, après s'être défiés, se mirent en campagne, suivis chacun de cinq cents partisans. La nature venait encore aggraver des malheurs; en 1631, des comètes étranges , des feux dans les airs , un enfantement monstrueux et du sang qui découlait des autels semblèrent préluder aux épouvantables éruptions du Vésuve, dont les cendres furent poussées au delà de TAdriatique, et aux tremblements de terre de la Calàbre, lesquels, outre la mort de dix mille personnes, causèrent la mine d'une vaste campagne et de la ville de Ni^ Castro. « Tout cela n'est rien (prêchait alors le médecin Sassonio) en comparaison de ce qui reste à souffrir; le royaume et le monde en seront abîmés, la mer sortira de son lit, il pleuvra des pierres et les montagnes vomiront des flammes; » il effraya tellement que beaucoup d'habitants abandonnèrent leur patrie.
Sous le règne de Philippe IV, un navire chargé de marchandises et de chrétiens rachetés en Barbarie, porta la peste en Sicile en l'infectant tout entière. Philibert de Savoie, qui en était le vice-roi, l'archevêque Giannettino Doria, le sénat, c'est-à-dire la magistrature municipale, firent de vains efforts pour arrêter la marche du fléau ; ses ravages croissaient chaque jour, jusqu'au moment où un homme pieux découvrit dans une grotte du mont Pellegrino le corps de Termite Rosalie. Cette découverte parut un miracle, et les citoyens gravissaient en foule cette côte délicieuse ; la terre, Teau, les cailloux de la grotte devenaient des reliques^ L'image de la
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sainte était suspendue dans toutes les maisons et les boutiques; or^ tandis que Pon craignait de voir la peste rendue plus funeste par la fatigue et le contact, la consolation puisée dans ce pèleri* nage devint un préservatif, et peut-être abrégea le fléau.
On parvint ainsi jusqu'en 4647, époque où tout était bouleversé : l'Allemagne saignait encore des blessures qu'elle avait reçues dans la guerre de Trente ans; la France élevait des barricades contre son roi^ et l'Angleterre dressait un échafaud pour le sien ; dans le Levant, les hostilités des Turcs contre Candie se ranimaient. En Espagne, le comte duc Olivarès fit prendre le titre de Grand à son pauvre roi Philippe IV, et voulait qu'il le méritât par l'acquisition de nouveaux pays; dans ce but^ il fallait dépouiller les populations de toute liberté afin de les pressurer sans opposition. Ses mesures irritèrent les Catalans, qui se soulevèrent pour revendiquer le droit de disposer d'eux-mêmes; il perdit le Portugal, acquis sous Philippe II, et fut contraint de reconnaître l'indépendance des Pays-Bas. '
jQ^^ Les révolutions sont contagieuses. La Sicile souffrait alors
d'une famine, calamité fréquente, dont la faute était imputée au vice-roi Los Vêlez. A Messine^ les habitants demandèrent du pain à grands cris ; le vice- roi accourut et leur imposa silence par des
20 mai. gibcts. La populace de Palerme s'attroupa d'une manière plus sérieuse^ et assaillit la maison du préteur en menaçant d'y mettre le feu. Les théatins et les jésuites se jetèrent au milieu de la foule soulevée avec le saint sacrement,- en promettant le pain à bon marché et la suppression des droits onéreux ; mais ils échouèrent. Les registres furent déchirés , les exacteurs insultés, les débiteurs, les bandits et les Turcs délivrés de prison, et l'on mit la ville à sac. Le peuple avait pour chef un certain Antonino Pilosa y hardi provocateur de tumultes ^ mais qui savait en même temps les modérer et les diriger vers un but. Les nobles, sortis à cheval, répandaient de bonnes paroles , et décidèrent le vice-roi à supprimer les droits sur le vin , la farine, la viande, le fromage ; mais le peuple, qui se défiait, prit François Ventimiglia^ descendant des anciens Normands, et le proclama roi. Déclinant ce périlleux honneur, il s'offrit comme conciliateur entre le gouvernement et la plèbe ; mais la lutte allait commencer. Les corporations des artisans, menacés de pillage , font cause commune avec les nobles et les ecclésiastiques ; tous prennent les armes et répriment les insurgés. La potence fit le reste ; cependant le désordre dura plusieurs semaines.
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Joseph Alesi, batteur d'or^ élu capitaine général du peuple^ après avoir enlevé de Tarsenal des fusils et des canons, assaillit le palais, résolu à chasser^les Espagnols et à constituer un gouvernement démocratique. Le vice-roi s'enfuit sur les galères ; les nobles^ ^ affranchis de beaucoup de charges, attachés à la cour par des emplois et des honneurs, et craignant du reste la dépréciation des valeurs qu'ils avaieht dans les banques publiques , se réunirent pour comprimer les rebelles ; Alesi les apaisa par des promesses» si bien qu'ils se joignirent aux magistrats pour le nommer syndic perpétuel, avec un traitement de deux mille écus. Enorgueilli de sa nouvelle dignité, le batteur d'or se faisait traîner dans un carrosse doré^ avec un cortège de gens armés; il perdit donc la faveur du peuple, qui lui reprochait de s^étre laissé corrompre, ou de ne songer qu'à ses intérêts, et raillait son luxe. Les classes supérieures reprennent alors le dessus ; Alesi, abandonné de tous, est trouvé dans un égout, et sa tête, avec treize autres, est portée en triomphe dans la ville.
D'autres pays de la Sicile étaient bouleversés à la même époque : à Agrigente , l'évêque ne put se sauver qu'en donnant tout ce qu'il avait; Messine, pour faire l'opposé de Palerme , sa rivale , accablait les Espagnols d'honneurs, mais demandait la suppression des droits .onéreux. Toutefois , les barons parvinrent à réprimer les tumultes; le vice-roi, de retour et sans crainte, fit raser les maisons des révoltés, et crut, par le gibet, rendre sa vigueur à la justice ; en même temps, il publiait une amnistie générale, avec promesse d'abolir certaines taxes et de donner de meilleurs règlements; mais l'Espagne le trouva trop faible, et tels furent les dégoûts dont on l'abreuva, qu'il en mourut de chagrin.
Le cardinal Théodore Trivulce , qui avait déjà gouverné le Milanais avec prudence et courage , lui fut donné pour successeur; au lieu de se réfugier dans le château, il débarqua au milieu de nnovembre. la foule qui, flattée d'une telle confiance et satisfaite d'avoir un vice-roi italien, l'accompagna joyeuse, en criant : a Paix et livre nouveau. » Le vice-roi, par des promesses et son affabilité, captiva les esprits , tandis qu'il punissait sans pitié quiconque relevait la tête.
Naples vit des troubles dont les conséquences furent plus graves. Le cardinal Mazarin , alors ministre de France, et héritier de la haine de Richelieu contre la maison d'Autriche, avait fait plusieurs tentatives sur le royaume des Deux-Siciles ; en 1640, notamment, il espéra surprendre Naples, grâce à des intelligences qu'il s'était