RIVALITÉ DE LA. J^AANGE
ménagées avec le marquis d'Acaja^ lequel Ait découvert et iiVré au bourreau. Les Français vinrent braver remiemi jusque sur la plage de la Ghiaja; mais ils furent repoussés. Six ans après, à l'occasion de la querelle avec le pape pour les Barberini^ Mazarin prépara un nouvel armement à Toulon ^ avec le projet de faire une diversion du côté du Piémont, alors en guerre, afin de se procurer quelque possession dans les maremmes du royaume de Naples; mais^ pour diminuer Tenvie qu'aurait excitée une telle acquisition^ il désignait comme roi de ces conquêtes futures Thomas de Savoie, qui avait des partisans dans le pays , et auquel fut confié le 1646. commandement supérieur de la flotte. Abordant avec dix galères, trente-cinq navires^ soixante -dix petits bâtiments^ six mille fantassins et six cents chevaux^ les Français s'emparèrent du fort, des salines de Talamone, de Saint-Étienne, et mirent le siège devant Orbitello.
Le vice-roi de Naples, qui était chargé de la défense de ces forts, y avait expédié Charles delà Gatta, vaillant capitaine. Les navires espagnols et siciliens attaquèrent les Français dans les eaux de 14 juin. Talamone, et les deux flottes se firent beaucoup de mal^ sans engager toutefois une lutte sérieuse ; mais de nouveaux renforts contraignirent à la retraite les Français, qui perdirent beaucoup de canons et Tamiral de Brézé. Une nouvelle expédition sous les maréchaux Lameilleraie et Plessis-Praslin enleva Piombino à Lodovisi, neveu du pape, puisPortolongone; ainsi fut vengé Thonneur de la France, qui restait maîtresse d'un port pour débarquer à son gré des troupes sur le territoire de Naples, contre laquelle elle expédiait des navires et tramait avec les barons mé-* contents.
Laisser prévaloir les Français^ ou faire mourir de faim les Napolitains, telle était l'alternative à laquelle se trouvait réduit le duc d'Arcos ; pour sauver l'honneur de l'Espagne, il dut pressurer le pays y déjà épuisé , et contraignit le parlement à lui voter un million de ducats. Cet argent ne pouvait être obtenu qu'au moyen des taxes; or, comme elles étaient toutes vendues, et qu'on ne savait pas en imaginer de nouvelles, on rétablit le droit sur les fruits, très-recherchés de la plèbe dans un climat chaude et fournis en abondance par la nature; ce droit lui était donc odieux. Jules Genovino , autrefois Téiu du peuple et l'agent du duc d'Os- 5una, comme nous l'avons dit, avait été, à la chute de ce vice-roi, condamné à une prison perpétuelle dans Oran; mais, par l'envoi ù PhilipjMî rV d'un modèle en bois de la forteresse du Penon, il obtint
MASANIELLO. i^l
sa liberté, et se rendit à Naples^ où il se fit prêtre pour être en sûreté, et mieux profiter des désordres. Dans ce but^ il poussa quelques moines à déclamer contre les droits sur les fruits; on affichait des placards, un entre autres sur lequel était représentée la Sicile avec ces paroles de TÉvangile : Je vous ai donné l^ exemple; comme fai fait, faites vous-mêmes ,• lorsque le vice-roi passait^ on lui criait : A bas les droits.
Le jour de la Vierge du Carminé, la jeunesse, brandissant des roseaux et guidée par des chefs, avait coutume d'assaillir un château de bois sur la place du marché. Au nombre de ces chefs se trouvait Thomas Aniello d'Amalfi (1), pécheur de vingt-cinq ans, réduit à la misère depuis^ que les douaniers avaient surpris sa femme passant en contrebande un bas rempli de farine. D'un caractère vif et hardi, il était connu des seigneurs chez lesquels il portait sa marchandise, mais plus encore de la plèbe^ comme il arrive de quiconque montre de l'énergie et de la fierté, de la justice et de la sincérité; souvent, il était chargé de prononcer sur les contestations du peuple, qui même lui demandait des conseils. Excité par Genovino et les moines^ un jour qu'il passait devant le i<^7* palais avec sa bande munie de cannes et de harpons, chacun d'eux montra aux seigneurs de la cour les parties que l'homme cache. Une autre fois, un paysan, qui n'avait pas un denier, et se trouvait obligé de payer la taxe, jette à terre et foule aux pieds les figues qu'il avait apportées : une grande rumeur s'élève autour de lui; les uns ramassent les fruits, les autres rient, plusieurs frémissent, et tous vocifèrent comme on vocifère à Naples ; Masaniello survient avec les jeunes gens aux roseaux, défend le campagnard, brave les agents chargés de percevoir les droits, et déclare qu'on ne veut plus tolérer cette charge insolite. Le magistrat s'enfuit, le tumulte s'accroît, et, comme toujours, on commence par brûler les registres et les bureaux des receveurs; puis, le peuple va défiler devant le palais du vice-roi, en protestant de son dévouement pour le souverain, mais en blâmant la mauvaise administration du royaume.
Effrayé par cette masse de peuple qui rugit, le vice-roi trouve ses réclamations fort légitimes : on exige qu'il abolisse la taxe sur les farines, et il cède ; on exige encore qu'il rétablisse le privilège de Charles-Quint, et, comme une longue tolérance en avait
(1) Natif de Naples. Voir Volptcella, Délia patria efamiglia di Tommaso * Aniello.