HIST. DES IT^L. — T. IX
430' SES BXTRAVAOANCÎÉS.
a Hors d'ici, car je ne veux d'autre compagnie que celle :des gens aux pieds nus comme moi. » Une fois, \e héraut, parmi les au* très vivat que le peuple soulevé faisait entendre, cria « Vive Masanielle! Le pécheur indigné le saisit par les cheveux, qu'illui coupe avec son épée , et le mraace de lui faire pire s'il crie autre chose que Vive le roi et le fidèle peuple de Naples, Un 'homme du peuple vient lui dire : « Méfie-toi tant que n'auras point les clefs du château ; » Masaniello, saisissant un trousseau de clefs, les agite sur ses épaules, en lui disant a : Voici les clefs de Saint-£Lme. s Un individu masqué lui murmure ces mots à l'oreille : o II me semble que la fortune te prépare une belle couronne; — Que dis-tu4je ne convoite d'autre couronne que celle de la Vierge, et je n'ai qu'un seul désir^ celui de supprimer les impôts trop .lourds qui écrasent la ville. Je suis un pauvre homme^ et aussitôt que j'aurai assuré le pays au roi, je reprendrai mes filets. »
Les flatteurs du peuple s'efforcent vainement d'en faire un héros; il était peuple, avec ses défauts et ses qualités : mélange bizarre, mais non singulier^ de vanité et de bonhomie^ de courage et de pusillanimité , il', ne s'élevait qu'à l'idée de payer peu, d'avoir le pain à bon marché^ d'obtenir du roi justice et quelques réformes. Il disait à l'archevêque a : Excellence, serai-je roué? Excellence, « je sois im grand pécheur^ et je veux me confesser. Pour moi, c( je ne demande rien; cette affaire terminée^ je reviens à mes poissons. j> Mais élevé par la plèbe , il ne pouvait rien refuser à la plèbe; après avoir autorisé quelques supplices, il prit goût au sang, prodigua l'argent des autres et décréta des monuments comme un roi. Il élevait un tribunal sur la place, recevait les accusations, et jugeait le plus souvent d'après la physionomie ; auprès de lui se dressait la potence, l'unique peine qu'infligeait le pécheur inhumain; puis il parcourait Naples comme un fiirieux, heurtant les gens de son cheval et les frappant sans distinction, tantôt fronçant les sourcils et menaçant, tantôt jetant les sequins à pleines mains; enfin il noyait dans le vin le peu de raison qui lui restait.
Sa conduite extravagante -fit supposer que le vice-roi l'avait rendu insensé au moyen de poisons (1). Les hommes sages sont
(1) Les historiens partiaux ont vu de ia folie là où il y avait toute autre chose; par exemple, de Santis raconte que Masanieiio criait au peuple : « Tu ne seras point en sûreté tant que tu n'auras pas fait un pont de Naples jusqu'à l'Espagne pour te faire entendre de Sa Majesté ; » mais Capecelatro rapporte comme symptôme de sa folie, quMl avait projeté de construire un pont de Mapleis jusqu'à