‹ Histoire des ItaliensChapitre 62 sur 150 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

quaviva, dit le Borgne de la Fouille^ qui^ vainqueur.de Témeute, envoya tous les coupables au supplice sans respecter ni le rang ni la dignité; ilfit pendre par les pieds un vieillard de soixante-dix ans, arquebuser vingt-quatre chanoines, et placer leurs têtes avec les bonnets sur les stalles du chœur. Les maisons des victimes furent démolies^ et leurs biens confisqués produisirent une somme de dix mille ducats pi commit encore d'autres atrocités ^ qui lui ont valu jusqu^ànos jours Texécration populaire. Les Âbruzzes et la Cala* bre étaient toutes en armes : malheur aux fermiers ou percepteurs des^droits ! malheur aux riches en général! les maisons, les moulins étaient détruits^ et l'on égorgeait sans pitié ; les factions assoupies se réveillaient pour accroître le désordre ; dans Eboli, un parti, après avoir feint de se réconcilier avec l'autre^ en massacra toutes les familles.

Naples se trouvait elle-même dans le plus grand désordre. L'abolition des droits réduisait à la misère des milliers de familles qui les avaient achetés^ et dont ils étaient Tunique ressource : un jour, toutes les femmes accouraient au mont-de-piété pour retirer leurs gages ; le lendemain , les étudiants réclamaient une diminution sur le prix du doctorat ; puis les mendiants assaillaient les chartreux sous le prétexte qu'ils restreignaient les aumônes ; d'autres se jetaient sur les boutiques des boulangers et des marchands de vin; tantôt le peuple applaudit , tantôt il accuse. De temps à autre des réconciliations s'effectuent ; mais les ministres du démon soufflent la défiance dans Tesprit de la plèbe, et la haine se ravive pour recommencer les meurtres, le pillage et l'incendie (i).

Du premier besoin de pain on passait à quelque aspiration plus élevée. Le duc d'Arcos cherchait à éluder les privilèges que la peur lui avait arrachés, et le peuple prétend que les concessions ne sont pas assez claires ; on les rend plus explicites, et il en réclame d'autres ; il exige qu'on Tassimile à la noblesse pour les suffrages, et commence à déclamer contre les Espagnols , qu'il massacre partout où il les rencontre. François Toratto, prince de Massa, après avoir rendu des services signalés à Tarragone, avait obtenu des récompenses, dont il s'était vu dépouillé plus tard ; il éprouvait donc un vif ressentiment contre les Espagnols. La plèbe cherche à le gagner ; nommé capitaine du peuple, il

(1) Ban du 24 juillet 1647, du duc d'Arcos, par lequel il défend de brûler les maison:^ et de piller.

Page 1