GUERRE CIVILE
obtient de plus larges conditions; mais les provinces demandent ce qu'obtient la capitale, et tous sont alléchés par l'idée flatteuse de ne plus payer d'impôts.
* Don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe lY et grand amiral d'Espagne^ jeune homme de dix-huit ans, envoyé avec de gros navires mais peu de munitions pour relever la fortune espagnole en Italie, conduit la flotte devantNaples. Arcos appelle au château, 1Q47, sous prétexte de conférer avec eux en assemblée, les principaux octobre, citoyens, les retient comme otages^ et, secondé par les navires^ bombarde la ville ; le peuple capitule et dépose les armes. Gomme Naples, depuis longtemps, n'avait vu aucun membre de la famille royale, elle fêta bruyamment Don Juan , qui se radoucit et fit des promesses ; mais le vice- roi, dans la crainte qu'on ne voulût obtenir l'indépendance par son intermédiaire, inspira des soupçons au jeune héros pour le rendre hostile au peuple ; puis, lorsque le tumulte fut apaisé, les troupes descendirent en ordre des châteaux, d'où les boulets et les bombes plurent sur la ville. La fureur pousse les Napolitains trahis à se défendre ; ils résistent, massacrent^ repoussent les agresseurs. Les soldats ne pouvant triompher au milieu de ce labyrinthe de rues barricadées , Arcos demande au cardinal Filomarinode s'interposer; mais lé prélat refuse^ indigné d'avoir servi d'instrument au massacre de soa troupeau (i). Le peuple^ passant de l'effroi à la fureur, et transformant la question fiscale en question politique^ publie , selon la coutume^ de ces manifestes dans lesquels il jure mort à la noblesse^ et fait appel au monde pour venir au secours de la justice; il arbore une bannière rouge, et menace de mort quiconque parlera de la paix, ou proposera de se jeter dans les bras de la France. Le prince de Massa excitait son courage et dirigeait la défense^ mais avec l'hésitation de l'homme qui soutient une cause dans laquelle il n^a pas foi; or^ comme il cherchait à opérer une réconciliation ou bien à traîner en longueur le conflit, il perd la confiance, est tué, pendu, et son cœur envoyé à sa femme. Alors on proclame capitaine Janvier Anese, arquebusier courageux et, par haine contre les nobles plus que contre le roi, professant des idées républicaines; il cherche à raUier les provinces aux mêmes principes, et comme la plupart donnent leur adhésion, il com-
(1) Comme témoignage des impressions du moment, Toir une lettre curieuse, parmi tant d'autres, du jésuite Magnat! au cardinal Brancaccio, du 12 octobre
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1617. tumùce une gaerre civile contre les barons, et le royaume se reniTplit de vociférations , de vols, d'atrocités.
Le vice-roi avait invité tous les barons à ^e rendre en hâte dans la capitale ^ pour défendre la cause commune; les. ducs de Montesarchi , de Salsa , de Gonversano , et surtout le prince Diomède Caraffa de Mâddaloni vinrent en effet , après avoir réuni des bandes. Garaffa^ chef d'une grande famille et possesseurd'une fortune ' prinoière à seize ans^ s'abandonna sans contrainte à son tempérament et au courant de l'existence habituelle des grands ; par des amours bruyants^ par de bruyants duels et plusieurs meurtres, il acquit la réputation d'un gentilhomme accompli. Sa maison était pleine de &rat;t, toujours prêts à intervenir dans tout désordre pour offenser ou défendre , braver la loi , frauder le fisc, empêcher les sbires d'agir et vexer le peuple. Avec son frère don Joseph et les familles San-Felice et Liguorii, il tyrannisait les habitants des environs du bourg des Yergini , comme les Garacciolo de Santobuono, les Minutolo, les Gapecelatro molestaient ceiix c(u voisinage de Saint- Jean de Garbonara; d'autres les imitaient ailleurs^r ^ < .
JosephfGaraffa, parce qu'il était de mauvaise humeur^ fit tuer en peu de jours trois personnes , et deux autres furent blessées dangereusement^ Diomède ordonna de casser la tète à un marchand parce qu'il se trouvait en contestation avec un autre , son protégé. Monterey, afin de. réprimer ce duc de Mâddaloni, qui avait alors vingt ans à peine , envoya cent soldats pour l'arrêter dans une de ses maisons de campagne]du Pausilippe; mais, prévenu à temps, il s'enfuît; alors on lança caaive liii un mandat d'arrêt, suivi bientôt de fortes amendes , et des soldats tfurent placés, à ses frais,. dans ses maisons et ses fiefs; on cakule qu'il devait payer cent mille ducats en peu d'années. Néanmoins, fidèle au devoir j^odal, il servit TÂutricbe . dans la guerre de Trente ans; dans celle d'Urbain YIII, il conduisit huit compagnies de ses vas- ^ saHx pour Mâddaloni, dix pour Arienzo, six pour Gerreto. Il pas^ sait pour iim des nobles les plus généreux; chevalier aux actes grandioses, il était splendide et libéral : tenue de maison , serviteurs, carrosses, chevaux, barques, tout, chez. lui, portait le cachet du grand seigneur; il disait que les nobles ont la raison de famille , de même que les rois ont la raison d'État.
Masaniello avait contre lui une haine particulière; aussi, dans le premier soulèvement, ses magnifiques palais furent brûlés, son frère et d'autres de ses parents massacrés. Afin de se venger, il se
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mit en campagne, et fut un des premiers qui guerroya contre Na- «47. pies, sans jamais interrompre les hostilités. D'accord avec d'autres barons, il faisait intercepter les vivres dirigés sur la ville, et pourvoyait les châteaux; les.tiroupes régulières finirent donc par remporter^ et la cause, royale triompha. Naples, alors, réduite aux dernières extrémités^ et après s'être vainement offerte au pape comme seigneur spzerain du royaume, songea à recourir à cette France qu'elle avait naguère maudite, et dont les ambassadeurs avaient attisé ce feu pour nuire à l'Espagne. H est vrai que les Napolitains ne voulaient pas se soumettre à cette puissance, mais en être aidés pour se constituer en république : en république avec l'appui d'un roi I ,
Henri , duc de Guise , d'une grande maison française et descendant des princes d'Ajijou , anciens seigneurs deNaples, fut condamné pour crime de lèse-majesté, puis absous; renommé pour ses galanteries , il était venu à Rome pour faire casser son mariage afin d'épouser une coquette. Là, il fut rencontré par quelques pécheurs envoyés au pape avec le titre d'amba^adeurs; beau, affable, riche et brave autant que les rebelles se l'imaginent facilement , ils le regardèrent comme envoyé de Dieu , et le prièrent de délivrer leur pays. Autant par vanité que pour servir la France , il accepte , en prodiguant les vanteries et les promesses ; mêmes promesses et vanteries de la part des députés de la royale république de Naples, lesquels l'assvrent qu'il y trouvera cent soixante-quatorze mille fantassins tout équipés, beaucoup de chevaux et de munitions^ et décrois à quatre millions, outre des joyaux et des métaux. Mais le dup arrive avec vingt-deux personnes seulement , y compris les députés napolitains et les serviteurs, avec très-peu d'argent empruntée à gros intérêts , quelques barils de poudre , et ne trouve rien que du courage et du désordre. Qu'importe; les insurgés ne s'inquiètent jamais de l'arithmétique , et la joie est au comble; les attaques recpmmencent contre les Espagnols, qui possèdent les châteaux et la moitié de la ville , et les nobles sont repoussés de la campagne.
Le duc, proclamé « général de la sérénissime royale république lofts. de Naples, » fit renaître la joie par d'heureuses entreprises (1); il envoya des émissaires dans tout le royaume, et attira même beaucoup de nobles dans le parti populaire. S'il eût proclamé la
(1) Voir \e& Mémùires du duc, qui raconte sur un ton de fanfiftre, selon sa coutume, l'accueil que lui fit Naples.
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tM». république , en y faisant participer les autres provinces du royaume et les citoyens avec les nobles^ il aurait peut-être mis fin à la domination espagnole ; mais, sans parler de son ambition y fidèle à la mauvaise habitude des Français, il blessait les citoyens par ses relations galantes avec leurs femmes , et quiconque parlait mal de lui était puni de mort (i); il souffrait avec impatience d'avoir pour égal Janvier Anese, qui, à son tour, ne voulait pas être son inférieur, et s'indignait de le voir différer toujours , malgré sa promesse, la nomination du sénat.
Néanmoins, le courage monta jusqu'à l'enthousiasme quand on découvrit la flotte française , et chacun bénissait la France qui venait établir une république en Italie. Si ces vingt-neuf vaisseaux bien munis, et commandés par le duc de Richelieu^ petit-neveu du cardinal , eussent attaqué la flotte espagnole dépourvue de tout^ ils Tauraient certainement battue; mais Richelieu, après avoir débarqué quelques munitions de guerre, mit à la voile, parce que Mazarin, qui n'attendait rien de la tête légère du duc de Guise, ne voulait pas engager la France dans une guerre.
Le duc de Guise écrivait à Mazarin : a J'ai lieu d'être affligé de « me voir abandonné par votre protection dans le moment le plus « critique. J'ai risqué ma vie sur la mer ; j'ai gagné à notre cause « presque toutes les provinces du royaume; j'ai soutenu la guerre « quatre mois sans poudre ni argent , et ramené à l'obéissance un <( peuple affamé, auquel, pendant tout ce temps , je n'ai pu donner « que deux jours de pain ; j'ai échappé cent fois à la mort, dont « je suis menacé par le poison et les révoltes. Tous m'ont trahi, « et mes serviteurs les premiers; la flotte ne s'est montrée que a pour me discréditer auprès du peuple. Mais ce qui m'afflige le « plus, c'est de voir qu'on ait fait entrer mademoiselle Pons,
(1) Le jésaite Magnati, nommé plus haut, écdyait le 18 mars 1648 : « Le duc de Guise est pâle comme un mort, amaigri, épuisé par la crainte d*étre assassiné; c'est pourquoi, il a cherché un refuge dans la maison du prince de Santo-Buono, défendue par des canons, de la cavalerie et de rinfanterie, afin de se mettre à l'abri de ceux qui iramentsa mort. Le matin du 13 de ce mois, il a envoyé une des compagnies des lazzaroni à la maison d*Antonello Mazzella, élu du peuple, qui a été conduit dans la sellerie, décapité, dépouillé, traîné, puis pendu par an pied sur le marché, sans avoir pu se confesser. On dit que Ciccio Gensale, gendre de Mazzella et nommé naguère conseiller de la république, a été contraint d'aider les autres à traîner le cadavre de son beau-père ; puis, la maison, riche par l'argent et le mobilier, on Ta pillée jusqu'aux clous. Lorsque les tumultes commencèrent, Mazzella se retira à Procida, sa ville natale, d'où le peuple l'enleva violemment pour le faire élu, ipso renitentcr*