FIN DE LA RÉVOLUTION
« ma maltresse , dans un autre couvent que celui où je l'avais t«is.
« priée de se retirer; c'était Punique récompense que je deman-
a dais pour mes fatigues , et sans elle je ne fais cas ni de la fortune^
a ni des grandeurs, ni même de la vie; désespéré, je renonce à
a tout sentiment d'honneur et d'ambition , ne pensant qu'à mourir
et pour ne pas survivre à un chagrin qui me fait perdre le repos
a et la raison (i). »
Arcos avait reçu d'Espagne les pouvoirs les plus étendus pour traiter et faire les concessions qu'il jugerait utiles; le roi lui disait : Vous arrangerez les choses de manière que mes sujets obtiennent là plus grande satisfaction possible, et soient protégés et maintenus dans la paix et la justice que je leur déaircy et dont je suis tenu de les faire jouir. Le vice-roi faisait publier fréquemment l'amnistie la plus large; mais, comme on le savait odieux à tout le monde, ennemis et amis, parce qu'il était la cause de tous ces maux, il fut rappelé et remplacé par le comte d'Onate. A force d'argent, de promesses de pardon et de concessions, ce vice-roi ^^u^ sème la division parmi les révoltés, brouille les moines avec le peuple, et s'empare de la ville, après en avoir fait sortir par ruse le duc de Guise. Il était secondé par Anese et les autres chefs du peuple, lesquels s'apercevaient que la révolte ne faisait que fortifier la noblesse, et qui lui remirent la clef de la tour du Carminé, où l'on trouva la correspondance du duc de Guise. Alors toute la ville retentit d'acclamations en faveur de l'Espagne (2), comme naguère elle avait retenti de malédictions contre elle; la tranquil-
(1) Voir les Mémoires de la Moiteville, qai fait un triste portrait de ce héros théâtral. Le 23 ayril 1648, Mazarin écrivait au grand prince de Condé : // me faut travailler incessamment pour soutenir les affaires de Naples , lesquellesy faute de conduite de celuy qui les a entre tes mains, sont tous' les jours en estât d'estre entièrement ruinées. Dieu pardonne à qui en est cause; car pour moi je ne vois, rien que je ne prévisse bien lorsque je fis tous mes efforts pour empêcher le voyage de monsieur de Guyse dans le
dit royaume,
(2) Ce fut un magnifique spectacle de voir les embrassements, les baisers et l'allégresse de tous, sans excepter personne, ni sexe, ni religieux, ni tout autre individu; tous baisaient la terre de notre quartier qui les avait délivrés des mains des lazzaroni, et ce qui étonnait le plus, c'était de voir les embrassements que les Italiens échangeaient avec les Espagnols, en criant les larmes aux yeux : Vive V Espagne qui nous a délivrés des lazzaroni et des Français. Beaucoup voulaient baiser les pieds des Espagnols... Le duc de Guise, informé de ce qui se passait, se rongeait les poings en disant : — Je mérite cela et pire, pour m'étre fié à un peuple aussi barbare et aussi inconstant Lettre du 6 avril au cardinal Brancaccio.
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lité revint y et ceux qui avaient pv^éréls^ via tumultueuse des rues se remirent à leur profession. Le duc de> Guise s'enfuit sous un travestissement 9 fut arrêté et conduit en Espagne; grftce à Vintercession des princes^ il obtint sa liberté au bout de quelques an* nées, et la révolution finit conune toutes celles où la prudence ne guide pas le courage et la fureur.
Si la France voulait expulser sa rivale , c'était le moment de faire un grand effort; mais les secours que le duc.de Guise avait sollicités chaudement n'arrivèrent qu'après la fin de la scène ^ et quand l'ardeur populaire avait cessé. Alors, comme toujours, on crut que le premier frémissement de la défaite serait utile à la reprise des hostilités; Mazarin^ connaissant qu'il s'agissait a de l'affaire la plus importante que l'on pût concevoir (1), » chercha à rallumer le feu^ sans dire qu'il voulait établir une république à Napies. Inclinant à lui donner un roi modéré et ami de la France, il jeta les yeux sur Thomas de Savoie, à un fils duquel il avait marié sa nièce Olympe Mancini; il lui fournit une belle flotte et des troupes de débarquement, auxquelles se joignirent beaucoup
(l)Mazario, dans une lettre au maréchal du Plessis-Besaoçon du 16 juillet 1648; appelait Texpédition de ^^aples Ta/Zatre de la plus grande, importance qui se puisse concevoir. Le 15 août il écrivait encore au même Plessis et au prince Thomas : Jamais la conjoncture n*a été plus favorable pour causer une révolution dans ce royaume, pourvu que Von vous y voie en élat de Vappuyer, les principaux de la noblesse étant dans la dernière m^/iance des Espagnols y et ayant refusé à don Juan d'Autriche de se rendre près de luit et les peuples ayant ajouté à la haine implacable quHls avaient déjà contre cette nation^ dont ils ont donné de bonnes marques depuis un an, le désespoir et la rage de s'être laissé tromper et de voir ostensiblement que les Espagnols leur préparent des chaînes et un joug bien plus dur. — Deux cents ans plus lard, nous lisions des lettres de la même teneur.
Pastoret et Fortia ont publié de Mazarin d'autres lettres relatives à cette af faire. Il écrivait notamment à Fontenay : Je regrette fort qu*on ait imprimé les lettres oit vous traitez ce peuple de république. Heureusement ils ont souscrit la leur des mots. Votre très humble servante, la république de Napies; ce qui les a rendus ridicules, et c'est beaucoup. Ces inmginations de république seraient de tout point funestes, car on ne peut chasser les Espagnols tant que la noblesse tiendra pour eux, ou que la république pourra mettre le pouvoir aux mains du peuple. Ainsi point de république : beaucoup de promesses générais, en se gardant toujours leinoyen de profiter des événements sans contrevenir à sa parole; et puis du temps ^ du temps surtout. La patience doit finir cette affaire Qussi bien qu^elle Va commencée.
Il ressort de cette correspondance que, non-seulement la conduite du duc de Guise, mais sa capture, arrivée le l*"*^ avril, était encore i{[aorée de Mazarin le 22 de ce mois.
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d'exilés, (fui conduisaient les étrangers contre leur patrie, en leur promettant que le pays se soulèverait pour les favoriser. Cependant personne ne bongea ; repoussé par les forces royales, Thomas dut se retirer, et les Espagnols recouvrèrent Piombino et Portolongone»
Les Espagnols devinrent alors d'autant plus cruels, que la peur leur avait arraché plus de concessions ; ils décapitèrent Anese , bien qu'il eût trahi pour eux les Napolitains, et firent mourir sur le gibet les plus distingués^ de ses compagnons ; on vit de ces procès honteux qui déshonorent ordinairement toute restauration. Quiconque s'était soustrait par la fuite à la potence, fut condamné à l'exil et à la confiscation des biens; enfin , on pendit le bourreau lui-même, convaincu d'avoir reçu de l'argent pour faire souffrir davantage les malheureuses victimes. Diomède Garaffa, qui avait été le chef du parti royal , fut condamné, sous d'autres prétextes, à de fortes amendes, puis incarcéré , enfin transféré en Espagne , où il mourut. Les brigands , qui n'étaient plus soudoyés par les seigneurs , contraintâ de se tenir dans les bois , y mouraient de privations et d'inanition. Les rigueurs d'Onate parurent excès* sives à la cour elle-même , qui le remplaça par le comte de Gastrillo.'
Plusieurs peintres avaient pris part à cette révolution , ou en 1^53. furent victimes. Falcone , pour venger un parent tué par un soldat espagnol , forma la compagnie de la Mort , dans laquelle il fit entrer la plupart de ses collègues et de ses élèves, Goppola, Porpora, Micco, Spadaro, Po, Mastuzzo , les deux Fracanzano, Gadagora, Yacari père et fils. D'autres l'immortalisèrent par leurs travaux, comme Salvator Rosa , Spartaro , Julien Finelli , sculpteur de Garrare, François Fracanzano , qui essaya de faire une autre révolution; mais il fut découvert, et par grâce d'Oâate, le poison^ au lieu du gibet , termina ses jours.
Don Juan d'Autriche, dans la capitulation, outre le pardon complet de tous les crimes de lèse-majesté , et même des délits ordinaires commis durant les troubles, bien que les coupables fussent déjà dans les fers ou lés galères, et que la partie lésée ne se fût point désistée, abolissait tous les impôts; cette exagération insensée réduisait à la misère des milliers de familles qui les avaient achetés; ils furent donc rétablis, mieux réglés, et l'on assigna la part qui revenait à la caisse militaire.
Un grand nombre de nobles étaient encore fugitifs ou bannis; d'autres nourrissaient de profondes rancunes^ tournaient leurs