‹ Histoire des ItaliensChapitre 65 sur 150 · A% SOULÈVEMENT PE LA YALTELTNE · texte numérisé non relu

A% SOULÈVEMENT PE LA YALTELTNE

couronne à la main^ prodiguer les caresses, remplies de prétextes de religion et de sainte charité envers le bien-aimé prochain. »'

C'est ainsi que s'exprime ringénieux Trajan Bocci^ni^ qui dit ailleurs : «Si l'Italie voulait examiner avec soin celte paix dont peutêtre elle se vante , elle reconnaîtrait qu'elle doit s'affliger de ce lent venin qui la consume, autant qu'elle déplore, au milieu du désordre et des ravages patents des guerres étrangères^ les maux de ses amis. x> Le même écrivain fait dire par la France à l'Espagne : a Avec cette liberté qui est propre à ma nature, je veux vous dire que la tentative de subjuguer toute l'Italie n'est pas une affaire aussi aisée que vous le croyez^ comme je le vois; en effets lorsque j'ai eu le même caprice, je me suis convaincue, à mon grand dommage^ que les Italiens sont une race d'homi^s dont l'œil est toujours ouvert pour vous échapper^ etquine.s'habituent jamais au joug de Tétranger. Bien que, ingénieux comme ils s(Hit, ils adoptent facilement les usages des vainqueurs^ l'ancienne haine se conserve trè^vive dans leur cœur. Grands marchands de leur servitude, ils en trafiquent avec tant d'habileté^ qu'il leur suffit dé prendre des caleçons à la séviiiane pour vous forcer à croire qu'ils sont devenus bons Espagnols; pour nous autres^ tils n'ont qu'à se mettre un grand collier de Cambrai , et ils nous persuadent qu'ils sont de véritables Français; mais, lorsque d'autres veulent examiner la chose de près, ils montrent plus de dents que n'en ont cinquante paquets de scies (1). »

Les intérêts et les passions de tous se trouvèrent aux prises dans deux faits qui occupèrent longuement les diplomates et les guerriers ; le soulèvement de la Valteline et la succession du Montferrat.

Nous avons dit (ch. CXLVIIlj comment la réforme religieuse pénétra dans la Valteline ^ et quelles en furent les conséquences. Cette vallée^ agrandie par l'annexion' des pays de Borifnio et de Chiavenna, fit partie du duché de Milan , jusqu'à l'époque où les >ducs furent contraints de la céder aux Grisons. L'Autriche ne pouvait se consoler de cette perte ; en effet, comme la Valteline se développait du nord au midi entre la Lombardie et le Tyrol, bordée à gauche par les Grisons et, à droite, par la Vénétie, elle aurait facilité l'envoi des troupes de l'Allemagne en Italie et vice versa, tandis qu'elle devait fermer aux Français le passage sur le territoire vénitien. Pour ouvrir ces diverses communications à leUrs

{\) Pietra del paragone politUo^

SOULÈYEMENT DE LA VALTELÏNE. 443

troupes^ Venise, l'Espagne, la France et la Savoie avaient bouleversé sans cesse le pays même des Grisons , intrigant et achetant les familles des Planta et des Salis , coryphées des partis contraires.

Les Grisons avaient fait avec le Milanais une convention de bon voisinage et de libre transit des marchandises qui leur seraient adressées, en s^engageant à s'opposer au passage de toute armée ennemie qui voudrait attaquer le Milanais ; mais, lorsque les Salis, partisans de la France , eurent prévalu , ils formèrent avec Henri IV 1605. une ligue offensive et défensive, dans laquelle aucune exception n'était faite en faveur du Milanais. Les Espagnols s'en indignèrent, et le gouverneur comte de Fuentès les fit menacer; comme il ne fut point écouté, il construisit un fort au lieu même où la Valteline et la vallée de Ghravenna débouchent sur le lac de Côme ; de là, avec ses canons, il pouvait donc arrêter les armées et les marchandises de la Rhétie, mais surtout le blé que celle-ci tire de la Lombardie. Fuentès ne tint aucun compte des réclamations des Grisons, d'autant plus qu'il vit une nouvelle offense dans leur ligue avec les Vénitiens. Cette ligue expirait en i 61 5, et les Vénitiens envoyèrent à Coire pour la renouveler; mais, d'un côté, ils étaient traversés par la France , qui voulait seule tenir les Grisons dans sa dépendance, et, de l'autre, par l'Autriche, dont ils avaient encouru l'aversion à cause de la guerre des Uskoks: Mais les protestants > à la tête desquels se trouvait Hercule Salis, défendaient les intérêts vénitiens par haine contre la catholique Espagne • se lois. soulevant en tumulte, ils expulsèrent Tambassadeur français et les partisans de l'Autriche; puis, criant à la corruption , à la superstition , ils établirent un tribunal féroce (Strafgericht) qui jugea bannit, infligea des amendes, fit périr ses adversaires, parmi lesquels il comptait les fervents catholiques , et notamment Nicolas Rusca, vénérable archiprêtre dans la Valteline.

Celte vallée souffrait surtout de la mauvaise administration de ses maîtres ; en outre, sans parler de l'impudence avec laquelle les magistrats vendaient la justice , pour recouvrer le prix de leurs charges > achetées aux enchères, les esprits étaient exaspérés par les dissentiments religieux. En effet , les individus qui venaient du pays des Grisons pour la gouverner, calvinistes la plupart, favorisaient leurs coreligionnaires, inquiétaient les catholiques, et troublaient le culte sous le prétexte spécieux de la liberté. Les persécutions amenaient des réactions; aux supplices^ on répondait par dos coups de couteau, jusqu'au moment où les Valtelinais tra- 1020 mèrent et réalisèrent un massacre général des protestants. Juiueu

i4i> SOULÈVEMENT DE LA YÀLTELINS*

Le duc de Feria, gouverneur de Milan , connaissait le complot^ à ce qu'il parait^ et promettait de venir promptement au secours de l'insurrection ; mais^ lorsqu'elle eut éclaté , il hésita à pénétrer dans la vallée, prévoyant que son intervention occasionnerait un vaste incendie. En effet, les Grisons armèrenf^pour ramener à l'obéissance la vallée rebelle, et publièrent des proclamations , des accusations, des justifications, des récriminations. La résolution des insurgés encouragea les princes à les soutenir; l'empereur envoya des troupes sur les conins du Tyrol , TEspagne sur ceux du Milanais , et Ton commença une guerre qui dura plusieurs années. Les Grisons réoccupèrent la Yalteline; mais ces efforts extérieurs étaient paralysés par les luttes intérieures des catholiquesetdes protestants. Les premiers, vaincus par leurs adversaires, et^ par suite^ persécutés et bannis , recoururent aux Autrichiens , qui envahirent le pays des Grisons; cette intervention rendit la supériorité au parti catholique, qui , réagissant avec violence, comme il arrive d'ordinaire, étouffa la liberté.

Les indigènes ne tardèrent point à s'affranchir, et chassèrent les envahisseurs qu'ils ne' purent massacrer; les Autrichiens accoururent pour se venger, et s'ils étaient parvenus à se fixer dans la Rhélie et à la réunir au Tyrol, a on pouvait dire que c'en était fait de la liberté de y Italie, étranglée par ce lacet (Nani). » Peu s'en fallut qu'ils réussissent , attendu que la France , par envie contre Venise , avait donné la main à la faction autrichienne ; toutefois, cette république lui répétait combien elle nuirait à ses propres intérêts en laissant la Yalteline à l'Espagne , qui dès lors exclurait perpétuellement les armées françaises de ritalie , tandis qu'elle

1622. assurait le passage aux siennes. La raison d'État fît donc conclure une ligue entre la seigneurie vénitienne , le roi de France et le duc de Savoie; puis on fit sonner si haut ces mots pompeux, d'indépendance d'États, d'équilibre rompu ^ qu'on imagina délivrer les forteresses de la vallée aux troupes pontificales : solution dérisoire, surtout après la mort de Grégoire XV, qui peut-être songeait à faire de la Valteline un apanage pour ses neveux les Ludovisi ; quant au pape Urbain VIII, il se montrait disposé à toute

1625. espèce d'accord avec les Grisons, pourvu que la reUgion catholique fût conservée dans la Valteline.

Mécontente de ces arrangements, la France réunit en congrès, dans Avignon, les ministres de Venise, de Savoie, d'Angleterre, de Hollande, de Danemark et d'autres États, afin d'aviser aux moyens de réprimer l'Autriche. Le résultat fut que Richelieu,

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