‹ Histoire des ItaliensChapitre 70 sur 150 · WALDSTEIN · texte numérisé non relu

WALDSTEIN

par privilège impérial, sauf à glaner comme vétérans là où ils avaient laissé quelque chose comme soldats.

L'empereur Ferdinand II, qui devait ses victoires uniquement à la ligue catholique, dont le duc de Bavière était le chef, et Tiliy le bras, aurait voulu une armCe personnelle ; mais il n'avait pas les moyens de la former, lorsque Albert Waldstein , pauvre gentilhomme de Bohême, lui en offrit une. Après avoir étudié à Padoue l'astrologie sous Argoli , Waldstein combattit dans la Hongrie sous le célèbre George Basta de Mantoue, dans le Frioul, dans la guerre des Uskoks, puis encore en Hongrie sous le Napolitain Jérôme Caraffa de Monténégro; devenu puissant, il crut lire dans les étoiles le pronostic d'une grandeur suprême , vers laquelle tendaient tous, ses efforts, sans souci de l'empereur ni de l'église. Les études occultes donnaient à son existence un caractère mystérieux ; ayant levé à ses frais une grosse bande de lansquenets de toutes nations et de tous cultes^ qu'il s'attachait par le pillage de rAilemagne , et nommé duc de Friediand , il devint l'arbitre de l'empire.

Un grand nombre d'Italiens combattaient sous ses ordres, tels que Torquato Conti, Belgiojoso , Savelli , Colla tto , Aldobrandini , Ernest et Raymond Montecuccoli, Piccolomini^ Strozzi, Diodati, Serbelloni, Golloredo, Galasso, Isolani, qui furent ensuite enrichis par les domaines enlevés aux rebelles de ta Bohême. Des artistes italiens, mais surtout l'architecte Jean Pieroni et le peintre Bacciade Bianco, construisirent et ornèrent ses palais; il faisait un cas particulier des soldats et des officiers napolitains qui servaient avec lui, comme Orsini, Caraffa, d'Avalos, Caracciolo, Brancani, Toraldo, Tuttovilla, Liguori.

Les protestants lui opposèrent Gustave-Adolphe, roi de Suède, qui, après avoir relevé leur fortune en Allemagne , menaçait^ nouvel Attila, de descendre en Italie (1). Le catholicisme se trou-

(1) Gustave périt vainqueur à la bataille de Lulzen en 1632, où combattaient Borso et Foresto d'Esté, Matthias et François des •Médicis, Ernest Montecuccoli de Modène, Octave Piccolomini, ducd^Âmalfi^ Louis et Ânnibal Gonzague, un Strozzi. Lucques, les ducs de Modène et de Toscane avaient envoyé à Fempire des secours d'hommes et d'argent. L'empereur employa, pour faire tuer Waldstein, Octave Piccolomini d'Aragona,. duc d'Amalfi, poussé par Tenvie ou la fidélité. Les Italiens rendirent hommage à Waldstein, même après sa disgrâce; le comte Guaido Priorato, qui avait combattu sous lui, raconta sa vie et en parla beaucoup dans son histoire; ainsi firent Victor Siri, Bisaccioni , le Brescian père Ricci, Paganino Gaudenzio, plusieurs poètes et orateurs. Dans quelques lettres d'Octave Bolognesi au duc de Modène, qu'on a pu^lié^s récemment dans les

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vait donc dans un grand péril ; cependant, la politique l'emportait sur le sentiment religieux, on préparait la guerre contre le pape, puis la Franoe et TAutriçhe se combattaient sans pitié pour un pays qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre. Le comte duc Olivarès déclare que la dignité de la couronne espagnole est engagée dans TafTaire de Mantoue; Ferdinand II compulse les droits historiques sur Rome, veut examiner l'acquisition. d'Urbin, et, d'ailleurs, il y a cent ans qu'on n'apoint saccagé Rome, gui se trouvera plus riche gt^* alors. A Vienne, on tenait ce langage ; Nous montrerons ctux Italiens guHl y a encore un empereur; allons en^ gager la partie avec eux^

Les faits suivaient les paroles ; en effets Charles de Savoie^ dans l'espoir d'un {igrandissement, saluait du titre d'altesse Waldstein, auquel Ferdinand promit la marche de Trévise et le titre de duc de Vérone s'il déchaînait sur l'innocente Italie ces lansquenets qui, depuis trpis ans, bouleversaient la non moins innocente Allemagne. Parmi cette lie d'aventuriers, la plupart luthériens, habitués à ne vivre que de pillage, sans patrie ni honneur de drapeau, sans autre sentiment que l'avidité, excités dans leur atroce brigandage par le plaisir de faire du mal aux catholiques, on choisit les plus vaillants , c'est-à-dire les plus voleurs et les plus impitoyables! quand ils furent rassemblés à Lindau sur lé lac de Constance, l'empereur les dirigea vers l'Italie par le territoire des

ArchîTes historiques (Nouvelle série, lome III, p. 80) nous lisons : << Dieu a Youlu renverser Friedland par le moyen de Tastrologie; il avait chargé Tastrolôgue Jean-Baptiste Seni, de Gènes, d^examiner sMI pouvait compter sur Piccolohiini dans une grave alfoire où il voulait l'employer ; ayant reçu pour réponse que les .figures se rapportaient si bien, qu'ils devaient être d'accord toute leur vie, Waldstein, qui ne croyait pas à Dieu, mais à l'astrologie, communiqua sans hésitation à Piccolomini ses projets de rébellion. » Diaprés les mêmes lettres, Piccolomini disait que Waldstein songeait à renverser entièrement la maison d'Autriche, à ériger Milan en république, ou bien à le donner au duc de Savoie. Le Prioralo. se, plaint que «de tant de partisans de Waldstein, aucun ne le défendit» mais, à. peine mort, tous crurent se faire un mérite d'exagérer ses actions ; ceux qu'il avait le plus obligés, ses amis les plus intimes , ses confidents les plus chers parlaient contre lui comme les plus grands ingrats, » Octave Piccolomini raçttt ses biens de la valeur de quatre cent mille thalers, et le titre de prince de l'empire ; il s'était conduit en héros à la bataille de Lutsen, et Max est une invention de Schiller, puisqu'il ne laissa point de fils. Octave écrivit une relation de Waldstein, qu'ik accuse de tous les méfaits. Dans le manifeste publié par la cour de Vienne, il est déclaré qu'aucune législation sensée, ni les lois de l'empire n'exigent une procédure et une sentence régulières in criminibus proditàonii.perduelH^nis vel lésas majestatis n»torAiSf elque^ dans ces cas, executio instar sententiœ est.

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Grisons, tandis qu'on lui supposait le dessein de les pousser contre la France.

Leur nombre s'élevait à trente-six mille ; ils étaient commandés par Mérode, Collalto^ Corrada^ Furstemberg, Altringer^ Galasso^ Baldironi et autres capitaines, dont les mères répétaient les noms pour effrayer leurs enfants. Tandis que la France déclamait et promettait de sauver TUalie, les lansquenets traversèrent la Yalteline, ruinée déjà parles guerres de religion^ et descendirent en Lombardie^ laissant partout l'outrage etladésolation/demandantavec hauteur, exigeant avec férocité, recueillant les malédictions des amis et des ennemis. Le pape, dans la crainte qu'ils renouvelassent les scènes du connétable de Bourbon^ construisit à la hâte, entre Modène , le fort qui porta son nom, et réunit pour sa défense des troupes nombreuses. Le duc de Mantoue, qui n'aurait pas même eu de quoi manger sans les secours de Venise , se réfugia à Grispino ; les lansquenets assiégèrent sa ville , et quoiqu'ils fussent certains que le manque absolu de vivres l'obligerait à se rendre au bout de quelques jours, ils l'emportèrent d*assaut pour la mettre 18 juillet, au pillage. Les Allemands, pendant trois jours, firent à Mantoue tout ce qu'il est possible de dire ou d'imaginer de pire : les richesses accumulées durant trois siècles par lesGonzague, richesses telles qu'elles excitaient l'envie des plus grands monarques^ devinrent la proie de ces misérables ; les femmes allemandes remplaçaient leurs haillons par les vêtements les plus splendides qu'elles trouvaient;^ et, insultant aux victimes, déployaient leur faste nouveau au milieu du sang et des lamentations; on mangea même de la chair humaine rôtie. Le dommage fut estimé à douze millions d^écus ^ sans parler des merveilleux chefs-d'oeuvre (i).

(f) On croit que ce fut alors qu'on enleva ta Table isiaque, le monument égyptien réputé le plus insigne avant les dernières découvertes, et qui se trouve maintenant dans le musée de Turin ; mais on nie qu'elle soit authentique; une magnifique Sardoine représentant une panégyrie, qu'on voit aujourd'hui dans le musée de Brunswick, disparut aussi à cette époque. Les tableaux du palais de Mantoiîe furent portés à Prague, où Christine de Suède les acheta pour les transférer à Rome ; ià, ils furent achetés par le duc d'Orléans, régent de France.

La continuation du Fioretto délie cronache di Manlova de Giunta, dit, en 1630, qu'à Mantoue, pendant le siège, le froment se payait vingt-quatre écus le sac; une livre de vingt-trois onces de pain, trois livres quatre sous; un pot de vin, six livres ; une livre de fronuige, huit livres ; une livre d*huile, vingt-quatre ; de lard, six ; un œuf, cinq livres. La double d'Italie de vingt-neuf livres en valait cent cinquante, et le sequin de Venise de seize livres dix sous, monta à soixante-douze livres.

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