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ni de ce qui n'a point de prix^ les violences et les profanations. le pieux Ferdinand d'Autriche fut immensément sîfligé de ces atrocités, et plus encore la très-pieuse Éléonore Gonzague, sa femme; mais, en attendant^ le peuple, dépouillé de tout, dut payer une contribution de cent mille doubles imposée par l'inexorable Altringer, qui menaçait de la bastonnade tout retardataire.
Pour comble de maux, ces bandes ignobles et sales^ dans leur marche très-lente, laissèrent la peste. La Lombardie conservait encore le souvenir de celle de 1576^ désignée par le nom de Saint- Charles qui en fut le héros; elle fit alors beaucoup de ravages^ et parut ensuite un précurseur effrayant de plus grandes calamités. Une grave disette, produite par des neiges extraordinaires , avait disposé les corps à l'infection qui, venue de l'Allemagne par Bellinzona et Oleggio, envahit le Milanais , puis le reste de la Lombardie et de l'État de Venise. Cette république craignait d'avouer le fléau, qui aurait éloigné subitement le commerce et les étrangers. Les professeurs de Padoue, notamment les fameux Mercuriale et Capodivacca, soutinrent que le mal qui sévissait alors n'était pas contagieux^ attendu que sa diffusion eût été beaucoup plus rapide^ et qu'il n'aurait pas envahi seulement les habitations pauvres et malsaines ; à l'appui de leur témoignage , ils offraient de soigner les malades; ils recommandaient^ en conséquence , de renoncer aux précautions qui effrayaient , comme aux bai*ques blanchies à la chaux dans lesquelles on transportait les cadavres et les objets infectés.
La peste fit alors des ravages plus sensibles, et l'on prit de sages mesures^ mais trop tard : dans chaque sestier, trois personnes de haut rang furent chargées de veiller à la salubrité publique ; une patricienne , une bourgeoise^ une femme du peuple^ dans chacune des soixante-douze paroisses, durent pourvoir aux besoins des malades ; on prononça des peines très-sévères et jusqu'à celle de mort contre quiconque transporterait des effets d'une maison à l'autre; les fourniers étaient tenus de recevoir par les fenêtres le pain à cuire et de le remettre par cette voie quand il était cuit : plus d'écoles^ de chiffonniers, de gueux^ de r^eligieuses et de moines mendiants, et défense de jeter des immondices; il fallait vider^ la nuit, 4es égouts et les fosses d'aisance; on ne pouvait orner les églises qu'avec les tapisseries ordinaires; il était défendu, de donner à boire et à manger dans les tavernes ; les maisons infectées ou soupçonnées de l'être étaient soumises à diverses prescriptions. Aussitôt que les signes funestes se manifestaient sur
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quelqu'un, on le transportait^ qudle que fàt sa condition , dans File Sainte-Marie de Nazaret où, par le conseil de Bernardin de Sienne^ on avait construit, le ûècle précédent^ un hôpital pour les pestifi^ rés et le service de la quarantaine.
Le nombre des malades ayant augmenté 9. on les mettait dans de vieilles galères. La charité des prêtres, les soins des médecins et des infirmiers, Tabondanee des eaux , des remèdes , des vivres et du linge, la sollicitude des personnes qui veillaient à la salubrité publique, les sépultures et Tenlèvement des ordures coûtèrent des sommes considérables , et pourtant on ne put diminuer le ma), qui fut accompagné des désordres ordinaires. Depuis -le mois d'août 1^75, jusqu'au mois de mars de 4577, il périt cinquante mille personnes* La magnifique église {palladiana) do Rédempteur fut érigée ensuite pour acquitter le vœu de la délivrance .
La peste avait pénétré à Milan dans le mois d'août, et ne cessa que vers la fin de décembre ^ elle fit dix-sept mille victimes, qui reçurent de l'argent et des consolations de Samt-Charies; lequel disait ensuite : — Ce n'est pas notre prudence qui, au commen- « cernent de la peste, est restée surprise et confuse; ni la science <r des médecins, qui n'est pas même arrivée à comprendre les « causes de ce mal , et encore moins à trouver des remèdes sufa fisants ; ni les soins donnés aux malades, abandonnées misérablea ment : c'est la grande miséricorde de Dieu, qui a frappé et a guéri; flagellé et consolé. » Pour accomplir un v(Bu,:On éleva la rotonde de Saint-Sébastien. A cette occasion^ des livrés fdrent publiés, et l'on prit des mesures accompagnées de décrets > pour le cas où le fléau reparaîtrait ; mais tout fut mutile, lorsqu'il sévit de nouveau au bout d'un demi siècle.
Sur le passage de ces hideux lansquenets, qui avaient traversé la Valteline^ le lac de Côme, laBrianza, la Geradadda, on trouvât des cadavres couverts de bubons purulents. Le peuple était déjà effrayé par une comète apparue depuis peu, et qui, disait-on, annonçait la guerre et la peste.Les médecins démontrèrent Fimminence du danger, et les villes sollicitèrentdes mesures préservatrices ; mais des devoirs plus impérieux, la guerre, préoccupaient les gouverneurs (1) : celui de Milan répondit qu'il n'y pouvait rien, attendu que le passage de cette armée a était nécessaire au servjce
(1) Sed belli firaviores causse : réponse que rhUtorien Ripamonti met dans la bouche du gouverneur Cordova, et qu'on répète à chaque instant avec plus ÔQ moins d-impudence.