‹ Histoire des ItaliensChapitre 75 sur 150 · VICTOR- AMÉDÉE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

VICTOR- AMÉDÉE DE SAVOIE

Les princes dltalie^ Indépendants de nom, assujettis de fait^ s'attachaient à Furie ou à l'autre de ces puissances. « Le duc de Parme (dit un contemporain), celui de Modène, les Génois et les Lucqwois sont faibles. Le grand-duc, ayant épuisé son trésor dans les guerres passées de TAllemagne , médiocrement soucieux des charges de la guerre, entouré de peu de conseillers, inexpérimentés^ n'est point en état de faire une Opposition sérieuse; d'ailleurs, il est obligé de servir, au moins en apparence , les intérêts des Espagnols. Les Vénitiens, séparés du siège apostolique, que peuvent-ils faire, sinon crier à haute voix : Soyez attentifs! mais sans fruits. Les États du pape sont cernés par les Espagnols; il ne peut rien seul ; en dissidence ouverte avec Venise et le grandduc, avec qui formera-t-il une ligue, sans crainte d'être abandonné au plus fort du danger ? Ainsi les princes de l'Italie se trouvent dans l'impossibilité de résister vigoureusement. Ils pourraient demander aide au roi de France; mais, afin de prolonger leur existence de quelques heures , ils font comme ceux qui aiment mieux mourir par le poison que par le fer ; ils craignent plus répée française que là lime espagnole (i). »

Richelieu, décidé à relever la fortune française en Italie , et craignant que le duc de Savoie ne s'entendît avec les Espagnols pour recouvrer Pignerol, lui posa Talternative d'une alliance ou dé la guerre. Victor fut donc obligé de conclure à Rivoli, avec la France, un traité pour conquérir ensemble le Milanais et le par- ^,i635. tager, en faisant un remaniement de toute l'Italie : la Savoie devait aVoir le territoire alexandrin,, tout le Milanais et le lac Majeur, en cédant Crémone au duc de Mantoue, créature des Français, lequel renonceï'aitauMontferrat ; d'autres avantages étaient aissiirés à Octave Farnèse, duc de Parme, qui, mécontent du voisinage incommode des Espagnols, avait réuni ides troupes et reçu les Français dans Plaisance. Urbain VlU'favorisàit l'entreprise; cependant il cherchait toujours à ramener la paix par l'entremise de Mazarin, alors secrétaire de monseigneur Pancirolo, légat à latere , et qui ne cessait de prendre des informations et de faire des rapports ; mais la Toscane, qui ne se sentait pas exposée , s'en inquiétait médiocrement ,• et les. autres oscillaient. Venise, qui avait pins à Cœur de maintenir l'équilibre entre lia France et l'Autriche que de faire des acquisitions ou d'affranchir l'Italie , jouait le rôle de pacificatrice.

(1) Manuscrit de 1634 de Pierre Nores.

li Juillet.

i64 LES FRANÇAIS DANS LA VALT£LIN£ ET LA LOMBA&DIE.

Personne n'agissait avec bonne foi. Au moment où Victor* Amédée s'alliait avec la cour de Paris , son frère Maurice , cardinal, renonçait au protectorat de la France pour devenir le protecteur de Tempire^ et Thomas, son autre frère , passait au service de l'Espagne; on crut que le duc, dans la pensée de se ménager un accès en trois lieux, était d'accord avec ses frères. Les Français, las de tous les ennuis que Charles-Emmanuel leur avait causés, s'étaient arrêtés au projet d'occuper la Savoie (1); pour avoir un autre passage vers l'Italie, outre Pignerol^ ils songèrent à la Yalteline ^ dont le sort n'était pas encore fixé ; afin d'empêcher l'Autriche d'envoyer par là des secours au Milanais , ils fortifièrent le parti français parmi les Grisons , et dépêchèrent dans la Yalteline le duc de Rohan, gentilhomme de grand renom et chef des réformés. Sans en donner avis, le général français traverse la Rhétie, occupe la Yalteline pour en protéger la liberté, et fait la guerre de montagnes en capitaine consommé. Des Lombards accourent du lac de Gôme , des Tyroliens de Tonale , des Allemands de Braulio, afin déplumer les coqs, comme ils disaient^ sauf à traiter le pays en ennemi ; mais Rohan les met en déroute, s'établit dans la vallée qu'il gouverne en maître , et contraint les indigènes de remettre à la décision du roi leurs différends avec les Grisons , bien qu'ils sussent que la France et, par religion , son général penchaient en faveur des Grisons. Toutefois, ces derniers n'acceptèrent pas l'accord proposé. De la rive orientale du lac de Gôme, Rohan tente de faire une pointe dans le Milanais, pour donner la main aux Français que le maréchal de Créqui y amenait du Piémont. Homme de chasse, plus que de guerre, ce maréchal, aidé par Farnèse, duc de Parme, assiège Yalence avec une bonne armée, mais avec autant d'insuccès que d'incapacité. Après avoir franchi le Tésin à Buffalora, en détruisant le Naviglio^ il campe dans la bruyère, désireux au moins de saccager Milan; mais ses tentatives ont un résultat si déplorable^ qu'on l'accuse de s*étre laissé corrompre par l'or autrichien : vieille phrase.

(1) Une note de Tépoque, qui se trouve dans la Correspondance des agents toscans k l'année 1636, dit : « Le projet est que le duc de Sayoie devienne roi de Naples; que le cardinal son frère reste prince du Piémont; qu'on laisse aux Français la Savoie, Nice et Villerranche ; que le duc de Mantoue soit duc de Milan ; que le duc de Parme en ail une partie plus rapprochée de ses États , et qu'on laisse à la maison Barberini un État dans le royaume, en le constituant libre. » Viennent ensuite les moyens qu'on devra employer. Archives historiques, tome IX, p. 318.

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