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LES FRANÇAIS BANS LA VALTELINE ET LA LOHBARDIE. JQS

Si l'on songe que les troupes, même amies, recevaient une paye très-faible et souvent retardée, de manière que les soldats exigeaient impérieusement des vivres des particuliers ou des feudataires, dans les maisons desquels ils se logeaient, on comprendra quelle était la misère de populations, qui ne savaient jamais jus-^ qu'où arriveraient leurs exigences.

Victor Amédée, généralissime de la ligue, se conduit avec hésitation par mauvais vouloir, et parce qu'il jalouse Créqui; les Français sont donc obligés de se retirer, et les deux alliés s'accusent l'un l'autre du mauvais succès de l'expédition. Le duc de Parme, qui avait osé se commettre avec l'Espagne, se trouva ex* posé aux ressentiments de cette puissance et du pape son suzerain, qui se contenta de lui ordonner de déposer les armes ; le duc deModène, aidé par des troupes venues de Lombardie, envahit et ravagea ses domaines , jusqu'au moment où le pape rétablit la iwe. paix : les Espagnols obtinrent Sabionetta, et le pays fut ruiné. François de Modène reçut des Espagnols la principauté de Correggio, enlevée à Siro sous le prétexte qu'il avait altéré la monnaie.

D'autre part, grâce aux conditions que Louis Xlll avait imposées à la Valteline, l'Espagne prévalut parmi les Grisons, toujours partagés entre elle et la France , puis les excita à chasser les Français. Rohan accourut ; mais, cerné par les insurgés , et ne recevant pas de secours de Richelieu qui l'enviait, il dut rentrer en France. Il ne resta plus aux Valtelinais qu'à remettre leur sort à l'arbitrage de l'Espagne. Un conseil ecclésiastique de Madrid décida qu'on pouvait replacer sous la domination d'héréti(iues une population catholique, pourvu qu'elle fût garantie, dans l'exercice de sa religion , contre toute vexation ; et la vallée, après tant de souffrances et de sang, rentra sous le joug des Grisons.

Le Piémont excitait bien plus la convoitise de la France et de 1^37, l'Espagne, qui le troublèrent jusqu'aux entrailles. Victor- Amédée mourut à Verceil, encore dans la force de l'âge, et si subitement qu'on soupçonna Créqui de l'avoir empoisonné (1). Comme son fils, Charles-Emmanuel II, n'avait que quatre ans , l'Espagne et l'Autriche travaillent pour en donner la tutelle à ses oncles Tho-

(0 Adélaïde-Henriette, fiUe de Yictor-Amédée, épousa, en 1650, Ferdinand électeur de Bavière; il parait qu^elle attira à cette cour les familles Piossasco, Pardo, Lugo, Monasterolo, Simeoni, qui furent la souche de maisons baTa*roises. Un certain Garnérin, président du sénat de Chambéry, alla se fixer également dans ce pays, et fut Taieul du comte de Montglas, ministre du premier roi de Bavière.

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mas et Maurice, qui leur sont dévoués; d'un autre côté, les Français appuient Madanfie Royale) c'esUà<-dire sa mère Christine y fille de Henri IV et sœur du roi de France, lequel aurait dès lors tenu le Piémont sous sa dépendance. De là, de longues intrigues de la part des confesseurs, qui eurent toujours une grande influence dans cette cour. L'empereur exige que Christine fasse valoir ses droits devant lui ; comme elle refuse de souscrire à cet acte de vasselage , il se prononce en faveur des oncles qui, convoitant Théritage de leur neveu ou du n^oins la régence , se résignent au vasselage de l'empereur, reçoivent des garnisons espagnoles dans toutes les forteresses et subissent d'autres conditions fort dures; bien qu'iU compromettent l'indépendance de rÉtat, ils font courir le bruit que Madame le sacrifie aux Français. La vivacité française , la lenteur espagnole, les divisions intestines sont la source de maux et de périls incessants. Des Franco-Piémontais combattent des Hispano-Piémontais; les villes, sous des enseignes ennemies et toutes étrangères, se font la guerre Tune à Tautre ; les campagnes et les vignobles sont ravagés à l'envi ; des prêtres et des moines se mêlent aux partis et les excitent; les trahisons alternent avec la force ouverte. La mer aussi est souillée de massacres ; la flotte espagnole , qui se rendait à Finale pour débarquer des hommes destinés à la Lombardie ^ est assaillie en vue de Gênes par celle des Français, et chacune d'elles perd son général.

1639. Leganès, gouverneur de la Lombardie, tout en déclarant qu'il ne vient dans le Piémont que pour le garantir de l'oppression française , détruit Brème, au siège de laquelle avait péri Créqui , prend Yerceil après une glorieuse résistance, et ealèye Gherasco ; le prince Thomas s'empare de Turin, mais les discordes locales empêchent d'assiéger la citadelle, où Madame s'était jetée. Richelieu vole au secours de la sœur de son roi, mais dans un but inté* ressé ; profitant de sa position critique pour obtenir des concessions en faveur de la France , il essaya , même par les menace, de l'amener à lui livrer ses enfants et la forteresse de Montmélian,

1640. ce qu'elle refusa. Casale, toujours convoité par les Espagnols, voit encore de rudes batailles, où Henri de Guise, le comte d'Harcourt, et le maréchal de Turenne viennent déployer leur habileté renommée. Leganès, occupé autour de cette place, ne peut secourir

17 novembre. Thomas, qui cst Contraint, après un siège mémorable de rendre Turin au maréchal d'Harcourt (1), et la régente y revient.

(1) On prétend qu'à ce siège, pour la première fois, le Bergamâsque François

GUERRE DANS LE PIÉMONT. i67

Le conseiller^ le soutien et Fanù d^ Christine était toujours le . comte Philippe d'Aglié , odieux pour cela à Richelieu. Le gouverneur français Tin vite un jour à un bal, le fait arrêter et conduire à Yincennes; ainsi, les amis étaient non moins funestes que les ennemis. La paix était faite ; mais la France ni l'Espagne ne veulent évacuer les pays qu'elles occupent, les deux oncles demandent des places fortes pour leur sûreté, et les hostilités recommencent à chaque instant. Les nobles profitaient de cet état de choses et de la faiblesse d'une princesse belle^ légère, adulée , pour opprimer le, peuple et malverser.

L'infatigable RicheUeu suscite des ennemis à l'Espagne en Catalogne^ en Portugal, dans la petite principauté de Monaco. Dans ce lambeau de la délicieuse rivière ligurienne^ appartenant à la maison Grimaldi,.l'Espagne2 dès 1605^ avait une garnison par concession de Tinfant Honoré II; mais, comme elle ne payait point les soldats^ le prince était contraint de les entretenir, et cette charge lui faisait désirer de s'en débarrasser; dans ce but^ il s'entendit avec les Français, enivra la troupe espagnole et en fit un massacre. Les Français mirent une garnison de leurs soldats dans la principauté, dont ils ne sortirent plus , et conférèrent au prince le titre de pair de France et le duché de Valentinois.

Un traité nouveau du duc Thomas avec l'Espagne entraîna de nouvelles hostilités. Au siège d'Ivrée, d'Harcourt disait aux soldats : a Enfants, sauvez les murailles pour le roi, tout le reste est à vous. D Chaque fortin, chaque bicoque fut assailUe et défendue ; Madame se réconciUa donc avec ses beaux-frères, qui s'apercevalent trop tard qu'on n'achète pas un trône avec le bras de l'étranger. Dans le traité de Turin, elle fut reconnue tutrice ; toutefois, les édits devaient se faire a avec l'assistance des princes beaux-frères et l'avis du conseil. » Maurice, rentré dans le siècle et devenu l'époux de Louise, sœur du duc, fut nommé gouverneur de Nice, ou plutôt il régna sur cette ville; Thomas, sur Ivrée et Biella; tous les deux exigeaient du Piémont des sommes considérables pour contenter les mercenaires avec lesquels ils avaient écrasé le Piémont. Louis XIII les prenait sous sa protection et à sa solde, pour qu'ils molestassent les Espagnols ; en effet , ceux-ci furent attaqués de toutes parts, et les Piémontais comme les Français occupèrent beaucoup de villes lombardes.

Zignone imagina de lancer dans la Tille des bombes remplies de poudre et de sel, dont elle manquait entièrement. Là fut tué un capitaine allemand, lequel se trouva être une femme.

iOS MINISTÈRE DE HAZÂRTN.

1^:02 43. Richelieu mourut à celte époque , et peu après Louis XIIl, dont il avait été rame. Louis XIV, encore enfant, monta sur le trône sous la régence d'Anne , qui avait pour ministre Jules Mazarin, dont les Français n'ont dit tant de mal que parce qu'il était Italien. Cependant, nous l'avons trouvé naguère habile négociateur à Gherasco; il se montra également bon capitaine dans la Valteline , et, bien qu'il fût assez brave pour affronter une épée dans les duels et la fusillade dans une mêlée , il préféra la carrière ecclésiastique comme plus propre à conduire aux positions élevées. En effet, les grands politiques se formaient alors dans TËglise, qui développait les facultés de l'homme et le relevait par la dignité du rang. Une fois revêtu de la soutane , il devint le compilateur du cardinal Barberini aux appointements de huit cents écus, puis il fut nommé vice-légat à Avignon, enfin nonce extraordinaire en France.

De retour à Rome, les Espagnols le persécutèrent comme favorable aux Français ; ce fut alors que Richelieu , qui avait appris à l'estimer comme ennemi, l'appela en France. Louis XIII lui accorda des lettres de naturalisation et le proposa pour le chapeau rouge; il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire au duc de Savoie et comme plénipotentiaire à Hambourg, Richelieu, qui l'avait chargé spécialement des affaires d'Italie , le recommanda avant i,i'8. de mourir comme capable d'accomplir son œuvre. En effet, il parvint à conclure la paix de Westphalie, après trente ans de guerres religieuses j et lorsque cent cinquante ambassadeurs, depuis quatre ans , avait fait des efforts impuissants pour atteindre ce but; la carte de PEurope fut alors remaniée, et l'on substitua aux alliances momentanées et à la force un droit général des gens, arbitraire en partie, mais avec des garanties tirées des fondements de Tordre social.

Mazarin, après avoir conquis le cœur de la reine pour dominer son esprit , poursuivit avec persévérance le dessein de Richelieu d'affaiblir les Autrichiens au dehors , et d'abattre au dedans les petits seigneurs afin de consolider la monarchie : œuvre plus difficile ^ pour lui parce qu'il était étranger, sans racines ni appui , avec un roi pupille. Il triompha de l'élégante rébellion de Paris appelée la Fronde , et celle-ci se vengea de son vainqueur en souillant sa mémoire d'un déluge d'épigrammes consignées dans les Mazarinades. La vérité, c'est que, sans vouloir modifier le système de Richelieu , il acheva de le réaliser; il conclut les deux grandes paix de Westphalie et des Pyrénées; la moitié de la France était sou---

MINISTÈRE DE MAZARIN. i69

levée, et néanmoins^ sans faire mourir un seul honime, il fit triompher la monarchie; il sut Fempécher de tomber dans les excès y et porta ce royaume au plus haut degré de sa puissance intellectuelle et territoriale. Dissimulé, plus avide du pouvoir que de la gloire , il agissait par calcul^ non par sentiment ^ et la vanité ne faussait point son jugement; sacrifiant Famour-propre à Tambition , il entrait dans les intérêts et les vues des hommes qu'il voulait persuader, et cherchait moins à inspirer le respect pour lui que le mépris pour ses adversaires ; il recourait à des expédients souvent vulgaires, à la duplicité plus qu'à la réflexion^ et les promesses ou la moralité le trouvait sans scrupules; insensible aux sentiments afTectueux comme aux injures, il cédait sans regret, pourvu qu'il pût ensuite rentrer dans sa voie et parvenir à son but. Doué d'un jugement net et droit au milieu des jugements passionnés^ il avait un esprit prévoyant et fécond , bien que son regard, dans les vastes desseins, n'eût pas une grande portée; car il était plus actif que créateur, et faisait consister l'art de régner dans l'habileté des négociations; volonté flexible et non faible, il adopta pour devise : Le temps et moi. Richelieu immola ses ennemis sans pitié , tandis qu'il n'offensa jamais personne pour son propre compte ; il écartait les obstacles au lieu de les briser, et professait la maxime qu'il faut acheter le monde. Il rechercha sa propre grandeur^ sans doute; mais cette grandeur était celle du gouvernement , et le gouvernement était nécessaire.

Mazarin devant tout au roi , se montrait dévoué au roi ; mais sa qualité d'étranger fut sa pierre d'achoppement , la cause de son impopularité, car il comptait peu d'amis même parmi ses créatures. Moins grand que Richelieu , mais non moins habile , si sa conduite ne fut pas la plus honnête, elle fut la plus utile à la France, qui ne saurait ne pas le compter parmi ses ministres les plus éminents. Il mourut à cinquante-neuf ans^ laissant plus décent mil- i^^* lions : par son testament , il donnait au pape six cent mille francs pour la guerre contre lés Turcs; quatre cent cinquante mille à la duchesse de Modène , fille de la Martinozzi , sa sœur, qui eut dix-huit mille francs de revenu pour continuer et accroître ses aumônes ; à sa nièce Olympe Mancini , qui fut la mère du prince Eugène, trois cent mille francs, outre cent cinquante mille pour la survivance d'intendant de la maison de la reine ; à la couronne, dix-huit gros diamants et des tapisseries sur les dessins de Raphaël ; à Paris, le collège Mazarin avec deux millions et la bibliothèque; en outre, une partie de son palais devint la bibliothèque du roi.

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