PAIX DES PYRÉNÉES
Nous avons trouvé et nous trouverons Mazarin continuellement mêlé aux événements de ritalie^ où il ne cessa jamais de corn* battre l'Espagne, soit dans la maremme toscane, soit en Lombardie^
1064. notamment sur TAdda; avec la duchesse de Savoie, il conclut le traité de Valentino, par lequel il lui remettait toutes les places, excepté la citadelle de Turin. Le duc Charles- Emmanuel II put alors entrer dans sa capitale ; les troupes savoyardes prirent même Yigevano , et agirent constamment d'accord avec l'armée française. Mais rinquiet duc Thomas, qui convoitait toujours une principauté, portait en tous lieux son courage et ses intrigues. On le crut complice d'un certain moine Gandulfo et d'autres qui, accusés d'avoir tramé pour empoisonner Madame et le jeune duc, furent punis de mort; Madame parvint donc à lui enlever Ivrée. Le pied toujours dans deux étriers,ce Thomas, quand il était du parti espagnol (dit
1055, Albert Lazzari), trouvait le moyen de servir les Français , et lorsqu'il combattait avec les Français, il savaitse rendre utile aux Espagnols. Au moment où la France se trouvait absorbée par les troubles de la Fronde , les ministres de Milan et de Naples s'entendirent pour expulser les Français de Piombino et de Portolongone , acquis naguère, et réussirent dans leur tentative. Dans le* même temps, Carasena, gouverneur de Milan, tentait de les ôhasser du Piémont, et promit à la régente Marie de Montferrat de lui céder Gasale aussitôt qu'il l'aurait occupé , à la condition qu'elle romprait son alliance avec la France. Elle y oons^tit , et Carasena
1652. P^'^ Trino et Cresc^ntino, ravagea tout le pays entre le P6 et la ûoire, affirmant toujours que les acquisitions seraient faites au profit du duc de Mantoue. La force et la corruption délivrèrent Casale de la garnison française ; mais, tandis que la ville se flattait d'être rendue à un pouvoir italien, elle se trouva occupée par des Allemands et des Espagnols. De là, des luttes pr<^ngées et sans
1659. résultat définitif, jusqu'au moment où Mazarin, après avoir repris le dessus en France, rétablit les choses et conclut la paix des Pyrénées. Dans le traité, il ne fut question des Italiens qu'en tant qu'ils étaient amis ou ennemis des deux puissances : on stipula que les rapports entre la Savoie et Mantoue continueraient à être réglés par le traité de Cherasco; que le duc de Monaco rentrerait en grâce et recouvrerait ses possessions ; que le roi de France restituerait à celui d'Espagne les places de Mortara et de Valence sur le Pô; que l'Espagne accueillerait amicalement le duc de Modène , et pardonnerait aux Napolitains qui avaient porté les armes dans les guerres passées, ou qui étalât bannis.
FAIX DES PTBÉNÉES' i7i
Mais il était dans les destinées que Mantoué^ dans ce siècle , devait toujours compromettre la paix de Tltalie. Charles de Nevers laissa ses domaines à son neveu Charles II, qui eut pour successeur Charles III encore enfant. Vicieux coram^ son père , dont l'exemple Tavait corrompu , dissipant en fêtes l'argent , en débauches lO' santé, il perdit Tespérance d'avoir des enfants^ Sa suc- ^^37 cession fit donc renaître les- querelles passées ; comme il paraissait ^^^^ que la femme du duc de Lorraine , fille de l'impératrice issue des Gonzâgue , serait appelée à hériter du Montferrat , l'empereur traa/ailla pour lui assurer cette succession, même du vivant de Charles JII. Ce duc , tourmenté par les divers aspirants , préféra Louis XIV, et fit partir le comte Mattioli de Bologne , avec carte blanche , pour régler l'affaire avec le ministre Louvois , avec lequel il convint de livrer Casale à la France. Mais à son retour, Mattioli dévoila ce manège au comte de Melgar, gouverneur de Milan; Louvois, pour se venger de cette perfidie, lui tendit un piège, parvint à le faire arrêter, renferma dans Pignerol , et puis le promena de prison en prison, accompagné de Saint-Mars , chargé de le garder, jusqu'à ce qu'il mourut à la Bastille en 1703. On a cru voir dans ce comté le personnage mystérieux connu sous le aom de Masque de fer, sur lequel on a tant écrit de romans.
Le traité ne put se conclure; mais Louis, toujours avide, amena, par les caresses et les menaces, le duc de Mantoue à permettre que Catinat s'introduisît avec une garnison dans la forteresse de Casale. Ce lâche duc , souillé de tous les' vices , et qui n'aspirait qu'à jouir, au milieu de sales voluptés , des fêtes du carnaval à Venise , s^attira par ce fait le mépris général. En vain , il protesta de son innocence; en vaifa, il jura sur l'hostie consacrée qu'il n'avait reçu aucune somme d'argent : les Vénitiens , auprès desquels il s'était réfugié , le dépouillèrent de tous ses honneurs et de ses privilèges , avec défense à leurs nobles d'avoir des relations avec lui. Plus tard , lorsque laguerre éclata , le commandant français le fit arrêter, et Casale resta aux Français jusqu'en 1695.