‹ Histoire des ItaliensChapitre 82 sur 150 · LA GALT6AI ET LE MARÉCHAL D' ANCRE · texte numérisé non relu

LA GALT6AI ET LE MARÉCHAL D' ANCRE

rencontra son mari, qui lui trouva beaucoup moins de beauté que dans son portrait, de l^embonpoint, des yeux fixes, des manières disgracieuses;,, un caractère obstiné ; de son côté,, elle le trouva trop vieux, et ne sut jamais vaincre la répugnance qu'on lui avait inspirée alors qu'il était hérétique.

Ce mariage ne fut donc pas heureux. Henri, coureur de femmes, ne Taima point même après qu'elle l'eut rendu père; Marie, entraînée par la jalousie, lui faisait d'incessantes querelles, et lorsqu'il fut assassiné, elle éprouva neu de regrets. Nommée régente de Louis XUl, âgé de neuf ans, elle changea de politique, incli- i^io. nant vers TRspagne; médiocre d'esprit et de cœur, elle se laissa diriger par Éléonore Galigaï, sa sœur de lait, et par son mari, le Florentin Concino Goncini, qui acheta le maréchalat d'Ancre en Picardie, et obtint divers gouvernements ; défenseur énergique de Marie dans la lutte qu'elledevait soutenir contre les grands feudataires, les princes du sang et les protestants, dont l'opposition finit par une guerre civile, Goncini devint odieux comme quiconque résiste, et fut accusé de basse ambition; toute la cour conspira contre lui, et persuada au roi pupille de s'en débarrasser. Il fut donc assassiné, et son cadavre subit les outrages du peuple; la len. maréchale, accusée d'avoir attiré en France des juifs, des magiciens, des astrologues et fait des talismans pour subjuguer la reine, fut soumise à un procès encore plus lâche qu'imbécile. — Le philtre que j'ai employé est l'ascendant que tout esprit supérieur acquiert sur un esprit faible, répondit la Galigaï, qui supporta dignement les stnpides accusations et la mort ignominieuse (1).

Marie, objet de la compassion alors qu'elle gémit dans une prison, et abhorrée quand elle fut à la tète du gouvernement, devina les mérites de Richelieu et le fit nommer cardinal et ministre; mais elle en éprouva l'ingratitude et dut s'exiler, occupée sans cesse de brigues et de menées jusqu'à ses derniers jours : durant sa vie et même après sa mort, elle fut jugée par le côté le plus 16^2, vulgaire.

Les mauvais traitements que Louis XIII fit subir à sa mère, et l'assassinat du maréchal d'Ancre brouillèrent le grand-duc et la France. Le parlement de Paris comprit dans la confiscation des biens de Goncini deux cent mille écus qu'il avait au mont-de-piété de

(1) Goicio Bentivoglio, homme de lettres et prêtre, raconte la mort du maréchal d'Ancre^ bien qu'il ne lui soit pas hostile, avec l'indifférence de Maehiavel. Lettres diplon^atïques.

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rien, ou plutôt dix mille écus>de dettes. Dans le gouvernement, elle déploya une habileté remarquable, puisée dans ce sentiment d'une grande responsabilité qui s'élève au-dessus des considérations secondaires et des calomnies des partis; alors qu'elle avait le cœur rongé d'amertume, elle savait dire de douces paroles ; en voulant se maintenir au pouvoir, elle conserva la France, qui menaçait de tomber dans la tyrannie ou d'être morcelée, et se montra plus Française que les Français eux-mêmes. Henri IV disait au président de Gronlard : c< Pardieu 1 que pouvait faire une pauc( vre femme restée avec cinq enfants sur les bras, et devant les a deux familles de Navarre et de Guise , avides d'usurper la coua ronne? JNe devait -elle pas jouer d'étrangesrôles pour tromper les uns et les autres, et sauver néanmoins, comme elle fit, les princes « ses fils, qui régnèrent successivement grâce' à la sage conduite « d'une femme aussi habile ? Je m'étonne qu'elle n'ait pas fait « pire (1 ). » Il est vrai que la politique peut excuser des faits que la morale condamne sans rémission, et la politique de Catherine ne valait pas mieux que celle de Machiavel.

Henri IV, plusieurs fois, avait eu recours, pour de l'argent, au grand-duc Ferdinand V% qui lui prêta beaucoup en exigeant, outre l'intérêt, une garantie; à cet effet, il s*élait emparé des îles d'If et de Pomègue en face de Marseille ; pour les recouvrer, Henri envoya à Florence Arnaud d'Ossat, cardinal ensuite, qui reconnut au grand -duc, après de longs débats, une créance d'un million cent soixante quatorze mille cent quatre-vingt-sept louis d'or payable en douze ans. Henri, pour éteindre cette dette, lut demanda en mariage' sa nièce Marie, qu'il obtint avec un surplus de six cent mille écus de dot. L'épouse, en 1600, partit de Lîvourne pour Marseille sur des navires étrangers, la France n'en ayant pas, et de cette ville elle se dirigea sur Paris au milieu de fêtes continuelles qu'on lui offrait à l'envi. Dans Avignon, alors cité papale, elle entra sur un char tiré par deux éléphants, avec un cortège dedeux mille cavaliers ; il y eut sept arcs de triomphe et sept théâtres, car les Avignonnais se vantaient que leur ville avait tout cm nombre de sept, sept paroisses , sept palais, sept couvents vieux, sept monastères, sept hôpitaux, sept collèges, sept portes; outre les harangues et les vers, on lui offrit un grand nombre de médailles en or avec son effigie et celle de la ville. A Lyon, elle

(1) Mémoires de Groulard, dans le second volume de la collectioa de Petitot, p. 384.

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