LA GÂLT6AI ET LE MABÉCHAL B' ANCRE
rencontra son mari, qui lui trouva beaucoup moins de beauté que dans son portrait, de l'embonpoint, des yeux fixes, des manières disgracieuses, un caractère obstiné; de son côté, elle le trouva trop vieux, et ne sut jamais vaincre la répugnance qu'on lui avait inspirée alors qu'il était hérétique.
Ce mariage ne fut donc pas heureux. Henri, coureur de femmes, ne l'aima point même après qu'elle l'eut rendu père; Marie, entraînée par la jalousie, lui faisait d'incessantes querelles, et lorsqu'il fut assassiné, elle éprouva neu de regrets. Nommée régente de Louis Xlll, âgé de neuf ans, elle changea de politique, incli* i^io. nant vers l'Espagne ; médiocre d'esprit et de cœur, elle se laissa diriger par Éléonore Galigaï, sa sœur de lait, et par son mari, le Florentin ConciiK) Concini, qui acheta le maréchalat d'Ancre en Picardie, et obtint divers gouvernements ; défenseur énergique de Marie dans la lutte qu'elledevait soutenir contre les grands feudaiaires, les princes du sang et tes protestants, dont l'opposition finit par une guerre civile, Concini devint odieux comme quiconque résiste, et fut accusé de basse ambition ; toute la cour conspira contre lui, et persuada au roi pupille de s'en débarrasser. Il fut donc assassiné, et son cadavre subit les outrages du peuple; la len. maréchale, accusée d'avoir attiré en France des juifs, des magiciens, des astrologues et fait des talismans pour subjuguer la reine, fut soumise à un procès encore plus lâche qu'imbécile. — Le philtre que j'ai employé est l'ascendant que tout esprit supérieur acquiert sur un esprit faible, répondit la Galigaï, qui supporta dignement les stnpides accusations et la mort ignomitûeuse (1).
Marie, objet de la compassion alors qu'elle gémit dans une prison, et abhorrée quand elle fut à la tète du gouvernement, devina les mérites de Richelieu et le fit nommer cardinal et ministre; mais elle en éprouva l'ingratitude et dut s'exiler, occupée sans cesse de brigues et de menées jusqu'à ses derniers jours : durant sa vie et même après sa mort, elle fut jugée par le côté le plus xemi, vulgaire.
Les mauvais traitements que Louis XIII fit subir à sa mère, et l'assassinat du maréchal d'Ancre brouillèrent le grand-duc et la France. Le parlement de Paris comprit dans la confiscation des biens de Concini deux cent mille écus qu'il.avait au mont-de-piété de
(l)6èi<)o Bentivoglio, homme de lettres et prêtre, raconte la mort du maréchal d'Ancre^ bien qu'il ne lui soit pas hostile, avec l'indifférence de Maehiayel. Lettres diplor^atiques.
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Florence, et envoya quelqu'un pour s*en emparer. Celte saisie d^argent déposé sous la foi publique, sans un jugement rendu dans le pays même, répugnait au droit public, et la Toscane s'y opposa; mais la cour de France se tint pour offensée dans sa propre dignité, et en fit une grosse affaire.
Ferdinand II, bien qu'il vécût en mauvaise intelligence avec sa femme Victoire d'Urbin, lui abandonna l'éducation de Cosme IIÏ, qui fut élevé au milieu d'ignorants, lesquels le détournèrent des lettres et des sciences pour le nourrir de théologie ; aussi, dans son long règne de cinquante-trois ans, montra-t-il qu'il avait trop dégénéré de son père, mort en 1670. Il ne rapportait pas de connaissances de ses voyages, mais le mépris de son pays et le fasle étranger. La vive Marguerite d'Orléans, qu'il avait épousée en 1661, méprisait ce lourd dévot, les Médicis, les Rovere et la Toscane; éprisCj d'un autre, elle abhorrait d'être mère, et ses obsessions furent telles que son époux dut lui permettre de retourner en France. Renfermée dans le monastère de Montmartre, elle y «lit le feu, et, entre mille autres extravagances, elle écrivait à son mari : « Ce qui m'afflige, c'est que nous irons tous les deux dans la <K maison du diable, et que j'aurai le tourment de vous y voir a encore... Je vous jure par ce que je hais le plus, et c'est vous, « que je m'entendrai avec le diable pour vous faire enrager et a me soustraire à vos folies... A quoi vous sert la dévotion? quoi <K que vous fassiez, soyez une fleur de vertu. Dieu ne veut pas de a vous, et le diable vous repousse, o
Cosme, néanmoins, en était jaloux ; haineux, dissimulé, inexorable, il passait d'un faste excessif à de pieux exercices , à des processions, et envoyait des offrandes à de lointains sanctuaires. Il construisit des églises, mit en vénération saint Cresci , dont il rehaussa l'église à Valcava dans le Mugello, bannit un servite qui déclarait apocryphes les actes de son martyre, et suscita ainsi une controverse, dans laquelle intervinrent les beaux esprits pour se railler. Il entretenait une correspondance avec les cours des princes protestants , dans l'espoir de les convertir à la foi romaine. Le jubilé l'amena à Rome; afin de pouvoir toucher les saintes reliques , privilège des chanoines, il se fit conférer cette dignité, et, revêtu de l'habit de cet ordre, il les montra au peuple (1). Dans un voyage entrepris pouK visiter, à la suite d'un vœu, le tombeau de saint Charles à Milan^ il fut reçu splendide-
(1) Da reste Henri IV iuiHnême Youlut être et fut chanoine de Latran.
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ment par les princes ; Ranuccio n de Parme construisit exprès le théâtre Farnèse^ dont Pozzi, évéque de San-Donnino, composa les allégories, et sur lequel on donna des représentations plus dignes de souvenir que Thistoire du pays.
Les grands-ducs avaient obtenu le premier rang après la république de Venise, c'est-à-dire la préséance sur toutes les républiques et les duchés; mais, lorsque les honneurs royaux furent conférés au duc de Savoie, Cosme réclama tant et fit tant de dépenses que Tempereur lui accorda le même grade, et dès lors il prit le titre d'Altesse royale. Il prodiguait les dons, et protégeait les princes étrangers auprès de la cour romaine, ce qui le faisait paraître le premier prince de Tltalie; il savait encore gagner les ministres étrangers. Les cours de toute l'Europe faisaient le plus grand cas de ses vins; il recevait en échange des plantes pour ses jardins, des médailles et des objets rares pour ses musées; les noissionnaires d'Orient lui envoyaient des Indiens, le czar deux Kalmouks, le roi de Danemark deux Groênlandais.
Pour suffire à toutes ces magnificences, il recourait alternati-, veulent à d'absurbes mesures financières et à de mesquines économies ; en outre, les principales charges étaient vendues ou données par intrigues de prêtres et de courtisans. Cosme voulait que les procès fussent expédiés promptement ; il lui fallait encore sur les places, et dans les rues des supplices féroces ; mais les puissants trouvaient toujours le moyen de les éviter avec de largent. Il répandait partout des espions pour connaître l'état des mœurs, et frère Dominique de Volterra, par ses ordres, faisait des tournées en équipage de cour afin de prendre des informations sur les habitudes vicieuses et de les corriger. Les discordes parmi les familles, il croyait les apaiser par des mariages forcés, qui ne faisaient que multiplier le nombre des malheureux; bien plus, il défendit aux jeunes gens de fréquenter les maisons où se trouvaient des jeunes filles à marier.
A cette occasion, nous devons citer un fait dont parla toute l'Europe. Le chevalier Robert Acciaiuoli aimait Elisabeth Marmoraï, femme du capitaine Jules Berardi ; elle était modeste et vertueuse autant que son amant se distinguait par son esprit éclairé et l'élévation de ses sentiments. Devenue veuve, tout le monde crut qu'ils se marieraient ; mais le cardinal Acciaiuoli voulait faire entrer Berard i, son neveu, dans quelque famille.romaine,dont l'influenoe pût l'aider à devenir pape. La, persuasion et les menjices ayant échoué, le cardinal eut recours au grand-duc pour qu'il em-