JEAN GASTON
se distraire des misères qu'il voyait et prévoyait, il ifréquentaît les tavernes, jouait et se plongeait dans tous les vices ; il abolit les pensions sur le Credo, comme le peuple les appelait , assignées à des Turcs, des juifs, des protestants convertis au catholicisme, et qui servaient à couvrir Timposture et l'inertie. Les pénitences firent place à de? fêtes, aux galanteries, aux femmes, aux réjouissances du carnaval, et la princesse Violante encourageait cette nouvelle existence; les. nobles jouaient la comédie dans leurs maisons de campagne , allaient à la cour vêtus à la française* au lieu de porter Fbabitde gala, et causaient familièrement avec le duc.
Désespérant d'avoir des héritiers, et se considérant tout au plus comme usufruitier du pays, Jean Gaston en négligea la gloire etia prospérité ; abandonné aux capricesd'un laquais,-il ne réunit le conseil d'État que trois fois pendant les quatorze ans de son règne. Il fut d'abord économe; mais, comme on lui dit que les dépenses du souverain profitent aux sujets, il prodigua l'argent pour les joyaux, les constructions, les chefs-d'œuvre, les garçons libertins , accablant le peuple sous le poids des impôts croissants, rendus moins supportables par le terrible froid de 1709. Chacun prévoyait de pires calamités; en effet, les prétendants qui , dans leur avidité , se partageaient déjà Théritage du grand-duc encore vivant, tendaient la main à chaque douleur de tête qu'il avait, et voulaient mettre des garnisons dans le pays. Cosnie III^ afin de prévenir ces maux, avait fait reconnaître le principe que Florence recouvrait toute sa liberté à l'extinction de sa famille, à laquelle, légitimement ou non, on avait attribué ces pays par le diplôme de 4530; mais, en ressuscitant la république. Sienne se serait détachée du grand-duché, de même que les fîefs de la Euni^iane. Les Farnèse mettaient en avant leur parenté; puis, si l'Angleterre et la Hollande Tappuyaient, il rencontrait une vive opposition dans l'Autriche. Cosme chercha donc à transmettre le pouvoir à sa fille Anne, femme de Guillaume, prince palatin ; mais Charles VI déclara que la Toscane, fief impérial, lui ferait retour quand elle vaquerait, et soutint par des troupes ses prétentions contestées. Gaston proposa de réunir la Toscane à Modène, qui avait pour duchesse une descendante de Cosme P% et l'empereur ne se montrait pas éloigné de cette combinaison ; mais il survint des guerres qui firent obstacle à la réalisation de ces projets.
Ainsi, les destinées de l'Italie étaient surbordonnées à des ca*
iM JEAN GASTON»
priées^ à des ambitions^ à des prétentions d'héritage^ et ces hontes se qualifiaient de paix.