‹ Histoire des ItaliensChapitre 86 sur 150 · CHAPITRE CLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLV

Condition matérielle et morale. Opinions. Esprits extravagants.

Soixante-dix ans de paix, de 1559 à 4629^ loin de guérir les plaies, ne firent que les envenimer (1). La source des richesses fut tarie ; une oppression systématique succédait aux violences de la guerre, et la guerre finissait sans amener la tranquillité, puisque le pays était parcouru par des mercenaires rapaces^ ou des soldats étrangers qui répandaient la peste et la ruine. Partout des princes besogneux et des populations misérables : ceuxlà songeaient avant tout à prélever de grosses contributions, et ceux-ci n'étaient mus que par la crainte de mourir de faim. Les soulèvements presque annuels de Naples, ceux de Milan, de Palerme et de Fermo, les défenses d'exportation, les tarifs qui fixaient le prix des denrées, l'institution de préfets pour les subsistances donneraient à croire que l'homme était réduit à de purs instincts.

Les échanges, si fréquents d'abord, entre les divers États par le moyen des ambassadeurs, du commerce, des magistratures , des guerres, des études, une fois interrompus, chacun se renferma dans son pays, qu'il aimait par habitude, par commodité. La longanime prudence ou l'astuce diplomatique se concentra dans les cours, disposées à recourir à la perfidie, aux trames, à la tyrannie; de là, des projets immenses appuyés sur de faibles moyens, et, au Heu delà grande ambition qui édifie sur elle-même, cette petite ambition qui s'amuse à des puérilités, ou manifeste par des actes violents Tabsence de solides qualités. Aucune mesure ne paraissant excessive pour conserver la foi catholique, la peur des

(1) Frédéric Schlegel, dans le Tableau de V Histoire moderne^ ch. 9, admire Tordre introduit alors dans les afTaires d'Italie par Cliarles-Quint, « auquel 1*1talie doit Theureux repos dont elle jouit dans les temps postérieurs. » — A aucune époque, Tltalie ne fut aussi tranquille et ne jouit d'autant de sécurité que dans le seizième siècle. Au milieu d'un si doux repos, il semblait, etc. » Ainsi s^exprime Tihaboschi, Hist. de la littérature italienne. •— Saur le royaume de Naples... nous pouvons avancer que tout Tespace de temps qui s'écoula de 1559 à 1600 doit être compté parmi les plus heureux dont jouit l'Italie, et il en fut ainsi jusqu'en 1625. » Denina, Révolutions d'Italie^ XXII, 4.

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